LES EMPEREURS PRUSSIENS ET LES CATHOLIQUES
contre l'Eglise catholique. Il avait de même écrit de sa royale main à Pie IX pour lui annoncer la création du nouvel empire ; et auparavant il avait donné cette assurance aux chevaliers de Malte des provinces rhénanes : « Je considère l'occupation de Rome par les Italiens comme un acte de violence, et je ne manquerai pas, une fois la guerre finie, de prendre en considération cette question, de concert avec d'autres princes 2. » C'est en méditant le Kulturkampf 3, comme le prouvent les paroles de Bismarck ci-dessus rapportées, que ces belles promesses étaient faites.
Que l'Empereur et son ministre se décidassent à faire aux catholiques la guerre du Kulturkampf dans ces conditions et aussi tôt, on ne se l'explique que par un engagement pris au préalable et dont l'autre partie exigeait l'exécution. Le Kulturkampf pouvait faire crouler l'Empire bien mal assis sur tant de populations diverses et ayant chacune leur histoire et leurs mœurs, cela n'empêcha point d'aller de l'avant.
Mais les catholiques ne voyaient pas et ils ne voient pas encore que, de même que le Saint Empire Romain fut, dans sa constitution, essentiellement catholique, le nouvel Empire, étant essentiellement prussien, est nécessairement protestant. Comme le dit Donoso-Cortès : « La Prusse vit dans le protestantisme, par le protestantisme et pour le protestantisme. Là est le mystère de sa gloire. Là est le n^stère de sa mort. »
2. Paroles et actes à mettre en regard des paroles et des actes de son ambassadeur à Rome, Arnim, en présence de Pie IX et des ambassadeurs des autres Puissances.
3. Le mot Kulturkampf a été inventé par Bismarck pour caractériser la guerre que lui et son Empereur méditaient contre l'Eglise et qu'ils s'empressèrent de déclarer au lendemain de leur victoire sur la France. Il pourra servir dans l'histoire à désigner toute la période comprise entre le XVIe et le XXe siècle, entre les deux civilisations, la civilisation fondée par les principes du christianisme qui avait été se développant du Ier- siècle de l'ère chrétienne au siècle de saint Louis et de saint Thomas d'Aquin, de saint François d'Assise et de saint Dominique. La Renaissance posa au XVIe siècle les principes de la civilisation « moderne » dont le dernier produit a été la guerre de 1914.