‹ Les pourquoi de la guerre mondialeChapitre 33 sur 146 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le Kulturkampf.

Napoléon a eu une puissance que vous n'aurez jamais, et en a largement usé contre l'Eglise. Il a tenu le Pape lui-même, pendant cinq ans, en prison; il Va fait traîner de Rome à Fontainebleau dans une voiture qu'on fermait à clé comme les voitures cellulaires ; il a tenu son premier ministre, le cardinal Pacca, au cachot à Fénestrelle, et quand ce prélat demandait un bréviaire, on lui donnait un volume de Voltaire. Il a rempli Vincennes d'évêques prisonniers, et, pour bien montrer qu'il n'épargnait aucun ordre de la hiérarchie ecclésiastique qui avait l'audace de lui résister, le 6 avril 1813, il fit partir comme conscrits réfractaires tous les séminaristes de Gand, et les fit incorporer en masse dans je ne sais quel escadron du train de l'artillerie, à Wesel.

Eh bien, à quoi tout cela a-t-il abouti ? Mon Dieu, on l'a dit cent fois, l'Empereur est allé mourir à Sainte-Hélène, et Pie VII est mort à Rome, en donnant l'hospitalité à la famille de son persécuteur.

Charles de Montalembert.

Guillaume Ier et Bismarck ne mettent point en doute cette autre victoire. — Grâce à l'esprit des Universités. — Le professeur Hermès. — La Prusse le soutient contre le Saint-Siège et l'archevêque de Cologne. — Les ce vieux catholiques » soutenus par Bismarck en Bavière puis en Prusse. — « Nous n'irons pas à Canossa ». — Lettre de Pie IX à Guillaume et réponse de celui-ci. — Les lois de Mai. — Persécution implacable. — Déclin de la secte « vieux catholiques », premier élément de défaite. — Manifestations bismarckiennes en Angleterre. — Windthorst entre en scène. — Bismarck apprend à être « modeste ». — Il fait des avances au Saint-Siège. — Il fait la paix avec l'Eglise tout en disant « Je la hais », et en lui faisant une guerre désormais sourde. — Annonce d'un nouveau Kulturkampf. — Sans doute au lendemain de la guerre actuelle, si...

L'unité de l'Allemagne était fondée grâce au génie diplomatique de Bismarck et au talent militaire du général de Moltke ;

86 LE KULTURKAMPF

Guillaume Ier était devenu le souverain le plus puissant de l'Europe, pensaient Bismarck et son souverain. Mais une chose restait à faire pour consolider l'édifice germanique, c'était d'unifier l'Allemagne au point de vue religieux comme elle venait de l'être sur le terrain politique. Et comme la Prusse, berceau et foyer du protestantisme, était devenue la tête de la nation allemande, il était tout indiqué, pensait-on, que l'unification religieuse devait se faire au profit du protestantisme et par la Prusse.

Le grand obstacle était l'Eglise catholique, qui, en Allemagne et même en Prusse, comptait de nombreux, très nombreux fidèles. Aussi dès le lendemain de la proclamation de l'Empire, le Kulturkampf, la guerre pour la civilisation moderne contre la civilisation créée et maintenue par l'Eglise catholique, futelle déclarée, commencée et poursuivie.

En faisant ces machiavéliques calculs, Guillaume et son ministre se trompaient. Ils pensaient donner la pérennité à leur œuvre, mais la secte dont ils avaient accepté les services se proposait bien autre chose. En 1872, le général Hetzel, qui représentait la Prusse à un conciliabule de sociétés secrètes tenue à Locano, y dit :

ce M. de Bismarck est intéressé plus qu'on ne pense à travailler dans le sens de la démocratie. Pour le moment, l'Allemagne demeure forcément en dehors du mouvement républicain, mais la raison en est très simple, elle n'a pas achevé son unité. Le grand chancelier a fait une grosse besogne, et quelque pressé qu'il soit, il faut du temps. Le dernier coup porté à l'Autriche, on verra VA llew.agne entière acclamer la République et envoyer promener son Empereur 1. »

N'est-ce pas ce qui vient de s'accomplir? Tant que la Synagogue voit le monarque se prêter par ambition à l'exécution de ses desseins, elle lui donne un pouvoir absolu concentré dans la bureaucratie et ayant en mains une grande puissance militaire. Mais elle le congédie dès qu'elle n'en a plus besoin. « M. de Bismarck est à nous entièrement, disait encore le général Hetzel, mais le jour où nous le verrons titubant, nous lui retirerons notre confiance. Il le sait très bien. » Et Bismarck, le premier, fut mis de côté. Bientôt ce fut le tour de Guillaume IL

Le Kulturkampf avait eu des actes préparatoires qui auraient dû éclairer les catholiques sur ce qui les attendait, alors même qu'ils eussent pensé que Guillaume Ier ne voulait point tenir

Les sociétés secrètes, II, 427.

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