PRÉPARATIFS
compte des traditions antécédentes de la Maison régnante. Dès avant les victoires sur l'Autriche et sur la France, des mesures avaient été prises qui pouvaient être considérées comme préambules à la guerre à l'Eglise. D'abord avait été supprimée au Ministère des Cultes la disposition qui, depuis 1814, divisait les Affaires ecclésiastiques en deux sections. En 1864, les deux directeurs de la section catholique, les conseillers Auliki et Briïggeman, dont le dévouement à leurs frères en religion était universellement apprécié, moururent subitement l'un après l'autre. Cet événement, naturel peut-être, fit naître dans les esprits le soupçon d'un crime. Toujours est-il que les protestants zélés saisirent cette occasion pour demander que le gouvernement mît fin à la division des Affaires ecclésiastiques en deux sections. Le prince royal, d'accord avec sa Loge, remit au Roi un mémoire donnant les motifs qui devaient l'incliner à abolir la section catholique. Un protestant, M. de la Croix, fut nommé directeur de tous les cultes. Quand vint le Kulturkampf, cette mesure facilita singulièrement les opérations. On eût pu soupçonner que le Kulturkampf était dans la giberne du triumvirat Guillaume, Bismarck, Moltke. Lorsqu'ils partirent en guerre contre la France, on eût pu être informé de ce que donna à lire le journal intime de l'empereur Frédéric, publié par M. Gefken. A la date du 24 octobre 1870, Frédéric, alors Kronprinz, écrivit dans son journal : « Bismarck raconte à mon beau-frère qu'immédiatement après la guerre on entrera en campagne contre l'infaillibilité2. »
2. On sait que la levée de boucliers contre l'infaillibilité fut sonnée dès avant le concile, par le prêtre allemand Dcellinger, mort en 1890 dans sa quatre-vingt-onzième année, emporté par une attaque d'apoplexie foudroyante. Il était arrivé à soixante-dix ans, c'est-à-dire à la vieillesse, avec la réputation méritée d'un apologiste éminent et d'un incomparable professeur. Il avait publié de nombreux écrits historiques et polémiques pour la défense de l'Eglise ; il avait été le maître aimé de deux générations d'hommes dévoués à l'Eglise, devenus la plupart des notoriétés et quelques-uns des illustrations de l'Allemagne catholique. En 1838, Dcellinger avait pris hardiment fait et cause pour l'archevêque de Cologne dans la célèbre affaire des mariages mixtes. Pendant longtemps, il avait tenu haut et ferme le drapeau catholique dans les Chambres bavaroises, devant le Parlement de Francfort (1848) et dans les assemblées générales des catholiques allemands.
Scientia infiat. La science allemande particulièrement laisse à désirer sous le rapport de la modestie. Les premiers symptômes du mal qui perdit Dcellinger se manifestèrent en 1861, lorsque, dans ses conférences au Musée de Munich, il prit à partie le pouvoir temporel des Papes et publia Eglise et Eglises, Papauté et Pouvoir temporel.
En 1869, Dœllinger, blessé dans son orgueil, d'après le comte d'Arnim, de
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Ils ne doutaient pas du succès, malgré les manifestations relatées ci-dessus en faveur du Saint-Siège. Ils n'ignoraient pas l'état dans lequel le Joséphisme avait mis l'Eglise d'Allemagne. Kraus, peu suspect d'hostilité à cet égard, en fait un tableau 3 lamentable dans son histoire ecclésiastique : ce Une sorte de liquéfaction en une religion humanitaire et universelle, telle était l'idée qui s'était emparée des esprits. Dans toutes les sociétés cultivées, on se sentait mal à l'aise dès qu'il était question de dogmes, et les Heures de recueillement d'Aafau, du romancier Zschokke, étaient souvent la seule source où catholiques et protestants cherchaient l'édification et la piété ». Le clergé catholique, du moins dans un grand nombre de diocèses, était imbu des principes fébroniens. Voyant cet état de choses, le Saint-Siège attachait une importance exceptionnelle à l'éducation du jeune clergé, car le salut ne pouvait venir que d'une nouvelle race sacerdotale. Mais l'atmosphère intellectuelle des universités s'y opposait. L'agrément des gouvernants protestants était nécessaire pour la nomination des professeurs, et l'enseignement théologique se donnait en allemand avec la terminologie de Kant et de Schelling. En 1820, le gouvernement prussien avait nommé, à l'uni vérité de Bonn, Hermès, disciple de Kant et de Fichte. Le nombre des disciples d'Hermès s'accrut avec une rapidité extraordinaire en dehors même de l'université de Bonn. De son vivant, déjà plus de trente hermésiens occupaient des chaires de théologie dans les universités et autres instituts théologiques, ce qui revient à dire qu'une grande partie de l'enseignement ecclésiastique était entre leurs mains. On regarda l'hermésianisme comme le point de départ d'une autre ère de théologie, si
n'avoir pas été appelé à Rome comme théologien du Concile, engagea une violente campagne contre l'infaillibilité. Parmi les écrits de cette époque, le Janus est demeuré célèbre. A la proclamation du dogme, le professeur de Munich répondit par sa déclaration de Nuremberg (août 1870). Invité à la soumission par l'archevêque de Munich, Dœllinger s'y refusa, et, le 28 mars 1871, il fut frappé d'une sentence d'excommunication. Depuis lors, il s'était opiniâtre dans sa révolte, sans cependant consentir à entrer dans la secte des Vieux catholiques, dont il blâma publiquement la constitution. Il conjura ses amis de ne pas toucher au dépôt de la foi. Il se tint alors dans l'isolement comme Lamennais, cette autre victime de l'orgueil.
Malgré des tentatives amicales venues de divers côtés, entre autres, celle de l'archevêque de Munich Mgr de Steïchele, il ne voulut point rentrer dans le droit chemin.
3. Voir Les origines du Vieux catholicisme et les universités allemandes, par Kannengieser.