ET LES UNIVERSITÉS
bien que tous les anciens traités de dogme, de philosophie, de morale furent rejetés en bloc et remplacés par des ouvrages portant l'estampille du maître. Les évêques ouvrirent les yeux et dénoncèrent ces livres à la Congrégation de l'Index. Grégoire XVI condamna formellement les écrits d'Hermès (1835 et 1836) ; le gouvernement prussien, qui avait interdit la publication du Bref pontifical, prit fait et cause pour ceux qui résistèrent et leur promit aide et protection. Il fit arrêter l'archevêque de Cologne et l'enferma dans une forteresse du Nord. La sagesse et la fermeté de son successeur finirent par délivrer ce diocèse de l'hermésianisme et à le discréditer dans le reste de l'Allemagne. Après Hermès, Gunther essaya de construire une philosophie catholique nouvelle. Il s'était livré passionnément à l'étude des systèmes philosophiques de Kant, Fichte, Jacobi, Schelling. Lui aussi rencontra grande faveur parmi les théologiens allemands. Ses écrits furent condamnés par le Saint-Siège en 1857. Il se soumit immédiatement et sans réserves, mais le décret n'arrêta point les principaux de ses disciples sur la pente de l'apostasie. En un tel état de choses, il n'est pas étonnant que Guillaume Ier et Bismarck fussent persuadés de la victoire en inaugurant le Kulturkampf .
En regard de ce tableau, il faut en mettre un autre et montrer cette pléiade de savants catholiques qui venaient de se lever et qui ont contribué à la magnifique efflorescence de l'érudition catholique dont nous sommes encore témoins. Goerres, Moehlery etc., avaient ouvert la voie.
Aux approches du concile, tous ceux que la pure doctrine catholique trouvait résistants Ou rebelles, entrèrent en effervescence. Dœllinger, professeur à l'Université de Munich, se plaça à la tête, du mouvement. Il s'intitulait lui-même avec suffisance « le plus grand théologien catholique de l'Allemagne. » Et dès 1848 Joerg qui le connaissait à fond disait de lui : « Il n'a manqué à Dœllinger pour être un hérétique que d'avoir ses derrières assurés ».
Le 18 juillet 1870, l'infaillibilité pontificale fut définie et ceux des évêques allemands qui s'y étaient opposés se soumirent successivement. Mgr Hefelé, évêque de Rottenbourg, avait été le dernier à faire sa soumission dans une lettre pastorale émise le 10 avril 1871.
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Voyant cela, Dœllinger et ses amis firent appel aux laïques. Ils convoquèrent leurs partisans le 25 août dans une ville protestante, Nuremberg. Il avait écrit à l'Archevêque de Munich : « Dans le clergé il y a des milliers de prêtres qui pensent comme moi ». Il ne vit qu'une vingtaine de professeurs répondre à son appel. Ils firent une déclaration anti-conciliaire qu'ils remirent à M. d'Arnim ; et celui-ci l'adressa à tous les prélats qui avaient fait partie de la minorité, avec un exemplaire d'une brochure intitulée : Lettre à un évêque allemand. Les évêques répondirent par leurs pastorales, en insistant sur le devoir de se soumettre aux décisions du Concile. L'Archevêque de Cologne envoya aux professeurs rebelles un ultimatum ; les autres évêques l'imitèrent ; la plupart des professeurs se soumirent, douze refusèrent. Les partisans de Dœllinger prirent alors le nom de Vieux catholiques, prétendant qu'une Eglise nouvelle, l'Eglise romaine, portant le caractère de la nouveauté, ayant perdu celui de l'apostolicité, venait de surgir avec le dogme de l'infaillibilité pontificale. Bismarck dit à Schult : « Mon point de vue est absolument le vôtre. Je considère les vieux catholiques comme les seuls catholiques. Tout leur est dû. » Un comité d'action fut institué à Munich, et de cette capitale le mouvement s'étendit à Berlin, à Vienne, à Pesth, à Karlsruhe. La Gazette de Karlsruhe, journal officiel du gouvernement du grand-duché de Bade, applaudit à la rébellion et dit : « Tout dépend maintenant de la position que prendront les gouvernements. » Le roi de Bavière montra aussitôt ses sympathies aux prêtres révoltés.
En juin (1871), les Vieux Catholiques se réunirent en une assemblée où furent admis les Protestants, les Francs-Maçons et même les Juifs. Ils déclarèrent vouloir « opposer à la centralisation romaine un nouvel état de choses, où chaque peuple civilisé de la confession catholique, «ans préjudice de son union avec l'Eglise universelle, mais libre du joug d'une domination étrangère, ordonnera et perfectionnera sa constitution ecclésiastique selon son caractère particulier et en harmonie avec sa propre mission civilisatrice, dans l'accord et le concours du clergé et des laïques. »
M. de Hohenlohe, président du ministère en Bavière, lancé par M. de Bismarck, prit alors vis-à-vis du Saint-Siège une attitude menaçante. Ecarté du pouvoir, pour ce motif, par la