ET LES VIEUX CATHOLIQUES
continue à étendre de plus en plus les mesures de rigueur prises par lui contre la religion de Jésus-Christ, et à nuire par là si gravement à cette religion, Votre Majesté n'arrivera-t-elle pas alors à se convaincre que ces mesures n'ont d'autre effet que de miner son propre trône.
Je parle avec franchise, car ma bannière est la vérité. Je parle pour remplir un de mes devoirs, qui consiste à dire la vérité à tous, et même à ceux qui ne sont pas catholiques, car tous ceux qui ont reçu le baptême appartiennent, à quelque point de vue ou de quelque façon, que je n'ai pas à expliquer ici, appartiennent, dis-je, au Pape.
Je suis persuadé que Votre Majesté accueillera mes observations avec sa bonté accoutumée et prendra les mesures nécessaires dans la circonstance présente. En faisant agréer à Votre Majesté l'expression de mon dévoûment et mon respect, je prie Dieu d'embrasser Votre Majesté et moi dans une même compassion. Pie IX.
Une partie de mes sujets catholiques, dit l'Empereur dans sa réponse, s'est constituée en faction politique et trouble la paix confessionnelle ; les prélats ont adhéré au mouvement et se sont opposés ouvertement à la loi. Mon devoir est de protéger la paix intérieure, et je maintiendrai l'ordre et le respect des lois tant que Dieu me laissera le pouvoir.
Comme monarque chrétien, je suis tenu de remplir ce devoir royal contre les serviteurs d'une Eglise, qui, je le pense, ne reconnaît pas moins que l'Eglise évangélique, le commandement d'obéissance envers l'autorité temporelle, considérée comme une émanation de la volonté divine révélée.
J'espère que Votre Sainteté, mieux instruite du véritable état des choses, emploiera son autorité pour terminer l'agitation fomentée par de regrettables falsifications de la vérité et par l'abus de l'influence ecclésiastique.
Cette correspondance fut publiée par le Journal officiel allemand. Guillaume Ier a donc tenu à faire connaître sa triste réponse aux observations si justes et si mesurées du Pape.
Bismarck avait rendu nécessaires les observations du Pape en introduisant dans la législation des dispositions draconiennes qui, dans «a pensée, devaient aboutir à la destruction de la hiérarchie catholique en Allemagne. Il fit voter '. 1° la loi du 4 juillet 1872 concernant les Jésuites ; 2° la loi du 11 mars 1873 relative à la préparation et à la nomination des ecclésiastiques ; 3° la loi du 12 mai relative à l'organisation du pouvoir disciplinaire dans les églises et à la création d'une cour royale pour les affaires ecclésiastiques ; 4° les lois du 13 et 14 mai, la première limitant l'emploi des moyens de punition et de correction ecclésiastique, la seconde réglementant le passage du protestantisme au catholicisme et vice-ver sa.
Ces lois devaient avoir pour effet : 1° de placer les enseignements de l'Eglise sous le contrôle exclusif et sans appel de l'Etat ; 2° de conférer à l'Etat le pouvoir de connaître des affaires religieuses par l'entremise du haut tribunal ecclésiastique insti-
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tué à cet effet ; 3° de limiter arbitrairement les droits qui appartiennent à l'autorité ecclésiastique en matière spirituelle. Comme suite de cette législation, sept archevêques et évêques furent condamnés à la prison et à l'amende, et déposés de leur siège par la cour royale. Mgr Ledochowski, archevêque de Posen, après avoir passé plusieurs années en prison, se réfugia à Rome. Pie IX lui offrit asile au Vatican, et la presse officieuse allemande demanda, au grand contentement des révolutionnaires italiens, la suppression de la loi des garanties qui déclarait le Vatican inviolable. De nombreux prêtres furent expulsés de leurs paroisses ; mais, en dépit des manœuvres du gouvernement, les populations restèrent attachées à leurs véritables pasteurs. M. de Bismarck ne parvint pas, malgré ses efforts, à recruter un clergé d'intrus pour les remplacer.
D'autre part, la secte des « Vieux catholiques » sur laquelle M. de Bismarck avait mis toutes «es espérances de succès, s'agitait dans une lamentable impuissance.
Le professeur Reinkens, qui s'était fait sacrer par l'évêque janséniste d'Utrecht, ne parvenait pas, malgré l'appui du gouvernement, à recruter des adhérents. A la fin de 1873, sa faculté de théologie ne comptait plus que cinq Allemands et sept Hollandais ou Suisses.
Au lieu de réaliser le rêve séparatiste des ennemis de Rome, le vieux catholicisme fut l'abcès sauveur qui permit à l'Eglise de rejeter hors de son organisme les éléments nuisibles à son existence et à son développement 5.
Cependant les catholiques de tous les pays s'intéressaient à leurs frères d'Allemagne. En Angleterre, une adresse à M. de Bismarck souleva l'opinion publique à ce point, que le Times lui-même se fit l'écho de la réprobation universelle. Quelques catholiques résolurent de profiter de ce mouvement d'opinion pour convoquer un meeting à Saint- James' Hall. Il eut un succès inouï, chaque ville d'Angleterre y fut représentée, et les plus grands noms de l'aristocratie figurent sur la liste des personnages qui y ont pris part.
Les membres du clergé catholique ne voulurent pas assister