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ET LES CATHOLIQUES D 'ANGLETERRE

à cette réunion, afin de ne pas lui enlever son caractère essentiellement laïque. La multitude de ceux qui s'y rendirent était si grande que tous ne purent trouver place dans l'immense salle de Saint-James' Hall. Un autre local voisin fut engagé à la hâte et aussitôt rempli. Mais ce second local était plein et la foule débordait encore sur les trottoirs. On se résolut à la faire entrer dans l'église catholique de Warwick. En un instant elle fut envahie. On dit que ceux qui ne purent y pénétrer allèrent tenir un autre meeting en plein vent, dans Trafalgar square.

On commença alors à comprendre en Allemagne qu'à continuer le Kulturkampf on ne recueillait que le déshonneur devant tout le monde civilisé.

La lutte avait été terrible. Pour en donner une idée, nous nous contenterons de reproduire ce que nous écrivions dans la Semaine religieuse aux derniers jours de l'année 1874, c'està-dire l'année qui suivit les fameuses lois de mai.

ce Durant l'année qui vient de finir, dix-sept cents ecclésiastiques, appartenant à l'Eglise catholique d'Allemagne, ont été condamnés à la prison ou à diverses autres peines.

» Sa Grandeur l'archevêque de Posen est depuis deux cent quatre-vingthuit jours dans la prison centrale d'Ostrovo ; il fut arrêté le 3 février 1874.

» Mgr l'évêque Mathias de Trêves est depuis deux cent cinquante-sept jours dans la maison d'arrêt de Trêves ; il fut arrêté le 6 mars 1874.

» Mgr l'évêque coadjuteur Janiscewski de Posen est depuis cent-quatorze jours dans la prison centrale de Hosmin ; incarcéré le 27 juillet 1874.

» Mgr l'évêque Conrad Martin, de Paderborn, est depuis cent six jours dans la prison de Paderborn; il fut arrêté le 1er août 1874.

» Mgr l'archevêque Paul, de Cologne, a été cent quatre-vingt-douze jours dans la prison de Cologne ; il fut arrêté le 31 mars et mis en liberté le 8 octobre 1874.

» Mille condamnations environ ont été prononcées contre des laïques.

» Les biens d'un grand nombre d'églises ont été saisis ; le service divin a été maintes fois troublé, le sanctuaire profané, et même le sang a été versé dans des églises.

» Bien des paroisses sont privées de desservants et de culte. Les saints Sacrements ne peuvent plus être administrés aux malades et aux mourants ; les morts mêmes n'ont plus de sépulture chrétienne. »

Désespéré de ne pouvoir, malgré de telles rigueurs, obtenir la soumission qu'il avait rêvée, Bismarck alla jusqu'à adresser au gouvernement italien une note diplomatique le sommant de fermer la bouche au Pape, dont les paroles soutiennent, disait-il, les courages révoltés.

Lorsque Léon XIII écrivit sa lettre à Mgr Melchers, arche-

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vêque de Cologne, tout service religieux avait cessé dans sept cent quatre-vingt-huit paroisses. Les catholiques étaient souvent obligés de faire plusieurs lieues pour assister à la messe, leurs malades et leurs mourants restaient sans secours religieux. Deux archevêques et quatre évêques avaient été déposés par le pouvoir civil et étaient en exil ; trois évêchés étaient vacants par la mort de leurs titulaires ; sept cent soixante-quatre communautés religieuses avaient été supprimées et leurs biens confisqués. Les prêtres ordonnés depuis le régime des lois de mai étaient à l'étranger, attendant des jours meilleurs. Les séminaires étaient fermés, toutes les congrégations d'hommes étaient chassées du pays. Par l'emploi de tels moyens, les auteurs du Kulturkampf s'étaient montrés si sûrs de leur succès, qu'ils avaient chanté victoire sur toute la ligne. Les protestants, libéraux aussi bien que conservateurs, avaient salué l'avènement d'une ère nouvelle et proclamé que « c'était une joie de vivre ». Leurs espérances furent trompées. Les catholiques avaient contre eux la haine du Vieux catholicisme, la bureaucratie prussienne et l'esprit protestant, la majorité du Parlement, le chancelier de fer avec sa puissance et son génie. Cette coalition ne les avait point effrayés. Us avaient tenu tête à l'orage et leur résistance héroïque avait arraché un cri d'admiration à l'Europe. Elle finit par lasser les persécuteurs. Nous avons vu qu'au début de la lutte, le prince de Bismarck avait déclaré à la Chambre qu'il n'irait jamais à Canossa. Quelques années plus tard il dut en prendre le chemin. On le vit, au grand scandale des libéraux, traiter Léon XIII de « Sire » et demander au Saint-Siège l'Ordre du Christ ! C'est que les catholiques allemands s'étaient groupés, organisés, fortifiés, et le jour vint où le Centre, qui s'était fait le point d'appui de la résistance, fut le parti le plus nombreux au Parlement. Il fallut compter avec Windthorst et son armée.

« A aucune époque de l'ère moderne, dit le Globe, les ressources de l'Etat n'avaient été employées avec plus d'énergie et d'habileté pour briser la puissance de l'Eglise. Le chancelier avait virtuellement toute l'Allemagne pour lui, tandis que son adversaire devait défendre son terrain, non seulement contre l'énorme pression de la législation pénale expressément inventée pour la circonstance, contre l'hostilité encore de la majorité protestante, mais aussi contre l'indifférence et la désertion d'un grand nombre de catholiques de nom. Malgré tout cela, c'est un fait indéniable que l'Eglise de Rome a pu si bien soutenir le combat en Allemagne, qu'elle a remporté la victoire. Le prince de Bismarck n'est

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pas allé réellement à Canossa, mais il a plié dans ce conflit, après avoir

maintes fois déclaré qu'il continuerait la lutte tant qu'il n'aurait pas

détruit à jamais une influence qu'il croyait dangereuse pour le salut de l'empire.

Quand on traduisit la Correspondance de John Lothrop Motley, diplomate et historien américain, qui fut le condisciple et l'ami intime de Bismarck à l'Université de Goettingue, on put y lire :

Bismarck me dit que, quand il était plus jeune, il se considérait comme un gaillard très malin (einen ganz klugen Burschen) ; mais depuis il s'était convaincu peu à peu que personne ne peut commander aux événements, que personne n'est donc vraiment puissant ou grand, et il rit quand il entend louer sa prévoyance, sa clairvoyance, son pouvoir sur les choses du monde, ce Si je n'ai rien appris de plus, dit-il, j'ai du moins appris à être modeste. »

Le Temps donnait en même temps cette leçon aux gouvernants français qui avaient accepté de seconder Bismarck dans sa guerre au catholicisme :

Les hommes d'Etat, les hommes de gouvernement ne doivent jamais perdre de vue l'expérience faite à deux reprises au cours de ce siècle par les deux plus impérieux génies qu'aient connus les temps modernes. Là où Napoléon Ier et où le prince de Bismarck ont échoué, l'un contre un vieux prêtre, (le Pape Pie VII), interné à Savone ou à Fontainebleau, l'autre, contre une poignée de prélats, d'abbés journalistes ou députés et de laïcs, il n'est point à supposer que des capacités moindres puissent l'emporter.

Au cours des douloureuses péripéties du Kulturkampf, de nombreux laïques se distinguèrent. Mais la campagne de résistance aurait certainement échoué si des évêques comme Droste- Vischering, de Cologne, Ketteler, de Mayence, et Vicari, de Fribourg-en-Brisgau, n'avaient pris la tête du mouvement ! Ce fut grâce à l'appel de ses évêques que le peuple catholique s'ébranla. Dans cette guerre, l'homme du petit métier, le paysan, furent les vrais auxiliaires de l'Eglise qui ressuscitait ; les masses fidèles, conduites à la bataille par leurs chefs hiérarchiques, descendirent dans l'arène et ne la quittèrent qu'après avoir fait reconnaître leurs droits. En donnant le signal de la défense, en recevant et en portant les premiers coups, puis en résistant jusqu'à la prison, jusqu'à l'exil, les évêques allemands lièrent pour tout le reste de la campagne le peuple chrétien à la cause de l'Eglise. Cette unité d'action décida de la victoire.

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98 sors n'irons pas a canossa.

Bismarck et Guillaume avaient donc fini par comprendre qu'ils n'auraienl point eu raison de L'Eglise catholique par la force, et qu'il ne suffisait point d'avoir un bras de fer pour obtenir clans l'Empire l'unité de pensées, de sentiments et d'actions nécessaires à l'achèvement de l'œuvre, que le Ilohcnzollern et la secte judéo-maçonnique s'étaient proposée : une Allemagne entièrement protestante, formant un corps compact dans la main de l'Empereur et prête à être lancée comme un boulet sur la France, pour de là s'avancer à la conquête du monde. Son ministre, homme de forte Intelligence, comprit qu'il devait changer de tactique et tendre sa voile selon le temps s'il voulait arriver à bon port.

On le vit tout à coup prendre la résolution de renouer les rapport? diplomatiques avec le Saint-Siège. Le vieil Empereur annonça officiellement cette nouvelle le 14 novembre 1882, à l'ouverture dvs Chambres prussiennes. Vint l'incident des Iles ( larolines ; Bismarck en profita pour l'aire avancer la négociation entamée en appelant sur lui la confiance et la bienveillance du Saint-Siège. Il proposa au gouvernement espagnol de prendre le Pape pour arbitre. Cet événement produisit une vive émotion dans l'Europe, surprise de voir un persécuteur de l'Eglise comme Bismarck demander l'arbitrage du Pape. L'Espagne réclama, non l'arbitrage, mais la médiation du Souverain Pontife; sa proposition fut acceptée. La question fut ainsi résolue : La souveraineté de l'Espagne sur les Iles Carolines fut solennellement affirmée par le Pape. A la suite de cette décision, l'Allemagne reconnut la priorité des droits de l'Espagne, mais obtint la pleine et entière liberté de commerce, de navigation et de pêche dans les archipels des Carolines et du Palaos.

Le 15 février 1886, Bismarck annonça plus formellement que' Jamais son intention de cesser la persécution et de rétablir la paix religieuse. Il soumit à la Chambre des Seigneurs un projet de loi qu'il avait préalablement présenté au Saint-Siège.

En 1887, le règne du Kulturkampf, inauguré quinze ans auparavant par le puissant chancelier, n'existait plus. On ne renonça

pourtant point aux ambitions qui Taxaient fait naître, et l'on cont mua à poursuivre, mais plus astucieusement, le plan que l'on s'était tracé. On multiplia h'- actes de déférence au SaÙlt-Sîège,

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on fit les visites au Vatican et en même temps on s'efforça de s'attacher le clergé par l'augmentation du traitement et par des marques de bienveillance et même des faveurs. Le disciple de Machiavel n'avait fait que changer de tactique dans sa guerre à l'Eglise catholique dont il disait toujours : « Je la hais ». Il ne cessait de la haïr parce qu'il voyait en elle un obstacle perpétuel à l'asservissement des âmes germaines au protestantisme, et à l'hégémonie de la Prusse protestante sur le monde. Le prisonnier du Vatican était, en ce temps-là même, traqué en quelque sorte par Crispi, et on pouvait croire et on se disait en Europe que le chancelier de Berlin l'encourageait dans cette politique odieuse : tous les coups portés au Saint-Siège étaient, au sentiment de plusieurs, dirigés par lui 6.

Dans un banquet organisé à Ems, Windthorst se crut autorisé à dire : « En apparence le Kulturkampf n'a plus la même intensité, parce qu'on attaque moins à ciel ouvert. Mais la guerre sourde qu'on dirige contre nous est d'autant plus dangereuse qu'elle endort nos troupes et ne rencontre plus de résistance de notre part. » Ce qui s'est passé depuis, ce qui se passe aujourd'hui, montre de plus en plus la justesse de cette appréciation.

Dans la séance du 23 mai 1887, l'année même du retrait des lois de mai, Bismarck avait d'ailleurs dit aux libéraux de la Chambre des seigneurs : « Si vous voulez recommencer la lutte plus tard, rien ne vous en empêchera. » Le correspondant de la Défense reproduisit cette parole en 1889 et la fît suivre de ces lignes :

Cette parole du chef resta gravée clans la mémoire de tous les adversaires du Saint-Siège, et ils résolurent d'en profiter à la première occasion favorable. Il paraît que cette occasion est venue. En effet, les oiseaux sinistres qui ont annoncé la tempête après 1870, reparaissent de toutes parts, et, dans les journaux catholiques, perce le vague pressentiment d'un prochain assaut. A la veille du Kulturkampf, un certain nombre de fouilles officieuses furent chargées de sonner le tocsin en portant les accusations les pins fanatiques contre l'Eglise romaine. Aujourd'hui, la même <'o

médie commence à se jouer dans la presse gouvernementale. La Kreuz-

6. En octobre 1887, lès journaux signalèrent comme l'événemcnl '<■ pins considérable de la première semaine l'entrevue de M. Crispi, chef du cabinet italien, et <l<- M. de Bismarck. On disait que M. Crispî avait été appelé. Apn's avoir visité son souverain, il s'est rendu à Friedrichsruhe. Ce voyage a été tenu secret aussi longtemps que possible, mais enfin toute la presse l'a su et s'.n est vivement émue. Personne ne doutait qu'il ait été question dans cette rencontre, d'une part de la France, d'autre put de la question romaine, en un mot, du catholicisme.

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