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GLORIFICATION DE LUTHER

accueillir l'évangile de Luther. Les convoitises des princes sur les biens de l'Eglise et les passions charnelles de ceux qui y trouvèrent un prétexte pour secouer le joug de leurs vœux ont bien suffi. Il n'est pas vrai non plus que le protestantisme ait apporté à l'Allemagne des bienfaits. Il lui a apporté des guerres civiles et des guerres étrangères qui durèrent plus d'un siècle, avec toutes les misères physiques et morales qui en sont la suite. Seule, la Prusse y gagna : son domaine s'est largement étendu. Observons encore que, jusqu'à ces derniers temps, jusqu'à l'évolution du protestantisme dans le libéralisme sans frein, les protestants reconnaissaient comme nous que la vérité chrétienne n'est plus à trouver, qu'elle a été révélée tout entière par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ajouter à tout cela que si Luther a fait reposer le protestantisme sur la lettre de la Bible, il a ainsi mis en question la révélation elle-même et ruiné tout l'édifice chrétien et ouvert toutes grandes les portes au nihilisme religieux. C'est bien la mission que la Prusse a reçue dès ses premiers jours de l'ennemi du genre humain et à laquelle elle a été fidèle de siècle en siècle jusqu'à nos jours.

L'empereur actuel, Guillaume II, n'a abandonné ni les traditions de ses pères ni la poursuite de l'objet de leur ambition. Fin décembre 1889, il s'était rendu à Worms — cette ville où se tint, en 1521, une diète qui mit Luther au ban de l'empire — pour présider à l'inauguration d'un théâtre populaire, principalement destiné à des représentations glorifiant Luther. L'Empereur, répondant à une harangue du maire de la ville, a dit : « Je me réjouis d'être venu à Worms, ville indissolublement liée aux légendes et à l'histoire de l'Allemagne, où la réformation religieuse et morale du peuple allemand a pris racine. Oui, la vue du monument de Luther m'a profondément touché. »

Les catholiques et même les protestants instruits, surtout depuis la publication de l'ouvrage monumental de Jean Janssen, complété par Louis Pastor 2 et de celui d'Henri Denifle 3, ont toutes les raisons du monde de croire que le moine apostat qui

2. L'Allemagne à la fin du moyen âge. Cet ouvrage a été traduit en français et publié chez Pion. Le huitième volume in-8° qui compte 8oo pages a paru peu de jours avant la guerre.

3. Luther et le luthéranisme. Egalement traduit en français et publié chez Picard. Le Ve volume devait paraître en octobre 1914. La guerre est survenue.

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