I. En France
Dès que le Seigneur les frappa, ils le cherchaient,
Ils revenaient et recouraient à Dieu;
Ils se rappelaient que Dieu est leur rempart,
Que le Tout-Puissant est leur libérateur ;
Ils venaient à Lui avec, des paroles mielleuses sur les lèvres,
Et des adulations en la bouche :
Mais leurs cœurs manquaient pour lui de constance,
Et ils redevenaient infidèles à son alliance.
Dieu le vit et s'irrita.
Ps. LXXVII.
Le nouvel Iéna est donc venu. Les craintes exprimées par Bismarck au lendemain de l'établissement de l'Empire se sont réalisées. Comme la grenouille du fabuliste, l'Allemagne S'enfla si bien qu'elle creva.
Après avoir vaincu l'Autriche, après avoir vaincu la France, elle s'était préparée pendant quarante ans à se donner les moyens d'enchaîner le monde. Et Dieu dit :
Malheur à toi, Assur (Hohenzollern), verge de ma colère!
Je visiterai le fruit du cœur hautain du roi d'Assyrie (du roi Prussien) et l'arrogance de son regard altier.
Car il a dit : « C'est par la force de mon bras que j'ai fait cela (ajouté royaume à royaume), et par ma sagesse; car je suis intelligent. »
La hache se glorifie-t-elle comme la main qui la brandit ?
C'est ce qu'a fait le Hohenzollern. Et voici la revanche qu'a prise sur lui le Dieu des armées :
Ne crains rien d'Assur, ô mon peuple qui habites Sion (qui es demeuré dans mon Eglise).
Encore un peu de temps et mon courroux (contre toi) cessera, et ma colère se tournera eontre lui pour le détruire.
Et il arrivera en ce jour-là :
Le fardeau d'Assur sera ôté de ton épaule. Et son joug de dessus ton cou,
Ta vigueur fera éclater ce joug (le joug oui pesait sur toi depuis 1871).
C'est ce qu'a fait pour nous la Bonté divine.
Selon toutes les prévisions humaines, nous devions être écrasés définitivement. Nous n'avions point employé ces quarante années à rendre notre armée capable de résister à une nouvelle invasion et de reconquérir nos provinces ravies. Loin de là. Examinant en novembre 1919 les causes de ce qui était arrivé en 1914, le Journal des Débats a constaté ceci :
C'est sur des renseignements insuffisants que notre plan avait été construit : et il est presque superflu de rappeler qu'à la suite de l'affaire Dreyfus nos services de renseignements avaient été en partie supprimés et presque entièrement paralysés ; s'ils avaient pu reprendre un peu de vie dans les années qui précédèrent immédiatement la guerre, ils étaient encore loin de ce qu'ils auraient du être : un service de renseignements ne s'improvise pas en quelques mois.
Mais bien d'autres causes se sont jointes à celle-là. A l'ouverture de la campagne, l'Allemagne avait cinq cents batteries de canons lourds. La France en avait tout juste vingt-six. L'Allemagne était aussi abondamment fournie de grenades, de gaz asphyxiants, d'avions, de sous-marins, de torpilles, etc. En vue de la guerre, les Allemands avaient poussé la mécanique, la physique, la chimie, l'optique, l'hydraulique, l'électricité à leur extrême perfection en vue de les adapter à l'art d'exterminer les hommes.
Nos effectifs avaient été amoindris par la loi de deux ans de service, et, durant cette courte présence, nos soldats avaient été détournés de l'instruction et des devoirs professionnels par des distractions, des occupations et des études qui leur étaient absolument étrangères ; la discipline avait été énervée, l'autorité et le prestige des chefs amoindris et la porte des loges leur avait été toute grande ouverte. Nous n'avions pas non plus fortifié les âmes : la famille avait été livrée au divorce et la religion au mépris et à la persécution. C'est contre Dieu et contre les siens qu'avaient visé les lois et non contre l'ennemi qui se tenait tout armé à nos portes. L'Assur-Hohenzollern, voyant cela, comptait bien n'avoir que quelques enjambées à faire pour entrer triomphant à Paris, et, de la capitale, tyranniser les provinces en attendant qu'il pût se les annexer.
Les Pourquoi de la Guerre mondiale. — III 12
Le calme avec lequel l'ordre de mobilisation fut accueilli lui donna à réfléchir. Mêlés aux cinq millions de laboureurs, d'artisans, d'industriels, de professeurs, vingt-cinq mille prêtres et religieux abandonnèrent leurs presbytères et leurs couvents, décidés à maintenir dans les rangs l'âme française à sa hauteur.
Mais, au cours de la guerre, il y eut les trahisons. Non seulement les trahisons du vulgaire, mais celles de nos gouvernants. Pour ne parler que de la moins niable, celle de 1917, le maréchal Foch en a dit : « Si on avait alors laissé aller Nivelle, le territoire pouvait être libéré treize mois plus tôt. » Le ministre de la guerre était alors M. Paul Painlevé 1, élevé à cette fonction pour y être au service de M. Joseph Caillaux. Le commandant de Civrieux, dans son livre L'offensive de 1917, et M. Mermeix, dans son Nivelle et Painlevé, nous ont appris que c'est sur un ordre parvenu d'Allemagne et transmis par des voies tortueuses à M. Painlevé que les intérêts de la France ont été trahis 2.
M. Malvy, aussi coupable que Caillaux, avait été introduit, le 22 mars 1917, au Comité de guerre, où il n'avait rien à voir ni à faire.
Le maréchal Foch a eu à exprimer son opinion dans le rapport de la Commission militaire d'enquête. Il y dit :
i. M. Henri Poincaré a dit de M. Painlevé qu'il connaissait bien: » Il est si brouillon qu'il mettrait le désordre dans les mathématiques. » M. Painlevé était professeur en cette matière au lycée de Lille.
2. Après avoir exposé le plan de Nivelle (ce plan avait été conçu depuis très longtemps par joffre et Nivelle, accepté par le commandement anglais) et le salut que l'exécution intégrale de ce plan minutieux et grandiose pouvait et devait apporter au pays, le commandant de Civrieux écrit ceci :
« Ainsi, du 16 au 23 avril, aucune opposition officielle ne s'était manifestée contre la poursuite de l'offensive. Cette poursuite demeurait en apparence approuver dans les conseils du gouvernement. Et, cependant, dès le 17 au matin, à l'heure même où, sur le front, le général en chef dictait ses ordres dans la pleine liberté d'une volonté sûre d'elle-même, a Paris un travail souterrain préparait la paralysie d'abord, puis l'arrêt total de l'offensive.
)> Semblable allégation, d'une gravité extrême, puisqu'elle affecte des parlementaires, secrètement dressés contre le loyal soldat dont l'unique pensée restait tendue vers le salut de la France, ne saurait être produite, sans être appuvée par d'irrécusables documents. Ces documents, on les trouvera dans les chapitres prochains. »
Le 25 avril, en pleine offensive, le général Nivelle était appelé à Paris. Le commandant de Civrieux dit à ce sujet : « Le directeur de la vaste bataille... » ne disposait même pas de son temps. A peine échappé des injonctions ou )> suggestions téléphoniques, il lui fallait sauter dans un wagon, pour obéir » à l'ordre impératif de venir renouveler dans un cabinet ministériel de » creuses et insipides discussions sur le plan en exécution. »
Du 20 avril au 12 mai, le général Nivelle a dû passer douze jours hors
Si tous les résultats espérés n'ont pas été atteints, il n1en est pas moins vrai qu'elle a constitué un réel succès pour nos armées.
Sous la menace de sa préparation, l'ennemi avait refusé le combat sur une partie de son front et avait évacué deux mille kilomètres carrés de terrain, libérant ainsi la huitième partie du territoire envahi. Quant à l'attaque elle-même, elle avait procuré : cinquante-cinq mille prisonniers, huit cents canons, mille mitrailleuses. En outre de ces résultats matériels et grâce à l'usure rapide des réserves ennemies, l'offensive avait dégagé le front italien du Trentin, débarrassé le front russe de tout danger et avait mis l'initiative des opérations dans nos mains.
L'histoire de la trahison pendant la guerre n'est pas encore
du Grand Quartier Général, centre de tous les renseignements émanant des champs de bataille. Ces absences ont été motivées par la nécessité d'obtempérer à des convocations impératives du ministre de la guerre.
20 avril : Convocation à Paris dès le matin ; conférence avec M. Lloyd George, — rentrée à Compiègne dans la nuit.
23 avril : Voyage au G. A. R., nécessité par le message téléphoné de l'Elysée du même jour.
25 avril : Convocation à l'Elysée (affaire de Brimont).
26 avril : Voyage à la Ve armée pour enquête sur l'affaire de Brimont.
27 avril : Suite de l'enquête.
28 avril : Rappel à Paris.
30 avril : Deuxième voyage pour enquête sur l'affaire de Brimont.
3 mai : Convocation à Paris.
4 mai : Conférence à Paris avec le gouvernement anglais.
10 mai : Appel à Paris chez le ministre.
11 mai : Rappel à Paris.
Une grande offensive de guerre est une réalisation, dépendant elle-même d'une conception, laquelle est dans la tête du général en chef. Pour que cette conception réussisse, il faut que cette tête soit libre de toute autre préoccupation, de tout autre souci, uniquement tendue vers son objectif.
Que d'autres généraux ont été entravés par nos gouvernants ! Le général Galliéni, ministre de la guerre, a rendu au général de Castelnau ce témoignage : (( Il a sauvé Verdun. » — « Il a sauvé Notre-Dame et notre Louvre.» Il aurait voulu en 1916 que Castelnau fût généralissime, mais il fut empêché par Malvy. Après la guerre, tout le monde jugeait de Castelnau digne du maréchalat, mais le vœu du public ne fut point écouté : Castelnau était trop catholique.
Les Allemands ont eu, pendant la guerre, et pour cause, trois bêtes noires : Foch, Castelnau et Mangin. Tous leurs agents, en France et à Paris, avaient comme consigne de faire les plus grands efforts, afin d'imposer par les politiciens socialistes, radicaux-socialistes et radicaux (fétide majorité de la Chambre de 1914) le débarquement de ces trois hommes de guerre, dont l'Allemagne redoutait la science et la sagesse.
Nous trouvons, toujours dans les Mémoires de Galliéni, qu'alors que les Allemands approchaient de Paris, Hennion, préfet de police, couvrit de sa protection les Allemands naturalisés ou non, financiers, correspondants de journaux, etc. Après le désastre de Charleroi, Hennion, saisi de crainte, fit brûler pendant la nuit tous les dossiers des Allemands suspects, installés à Paris depuis vingt ans. Il rendit ainsi impossible, quant à l'espionnage, la tâche de protection du gouvernement militaire et de son service de renseignements. Vingt mille sommiers furent ainsi anéantis. Cela fut découvert et dénoncé par un agent secret de Galliéni ; Hennion fut débarqué en deux heures et remplacé à la préfecture de police.
Rien de tout cela n'empêcha le gouvernement de la République de s'attribuer le mérite de la victoire et de s'en glorifier devant les Français et devant les étrangers.
écrite, dit Barres à Y Echo de Paris. Des chapitres en ont paru au jour le jour, mais il y a encore des ténèbres profondes qui couvrent l'ensemble.
Dans ces ténèbres un fait éclate, c'est que chaque fois que des lueurs de paix ont apparu au long de ces cinquante-deux mois de la guerre la plus horrible qu'ait vue l'humanité, elles ont été éteintes. Comment? par qui? Aujourd'hui par celui-ci, et de cette façon, le lendemain par cet autre et par d'autres moyens. Il n'est pas bien téméraire de penser qu'un agent mystérieux, ayant intérêt à notre perte, présidait à ces troublantes vicissitudes et les ordonnançait.
Mais Dieu s'est toujours montré en temps opportun, non seulement pour nous préserver d'une irrémédiable défaite, mais pour nous dire : Voyez, je suis au milieu de vous, prêt à vous faire tenir un définitif triomphe si vous le voulez.
Alors que notre armée battait en retraite depuis quinze jours, serrée par un ennemi victorieux et supérieur en nombre et en matériel, on la vit tout d'un coup, du 5 au 10 septembre 1914, par la volonté de son chef, le général Jofïre, faire face à l'ennemi, lui résister, le vaincre et le rejeter à plusieurs journées de marche en arrière. C'est un fait à peu près unique dans les annales militaires. L'ordre du jour qui arrêta la retraite déclarait que nul ne devait plus désormais tourner la tête en arrière et que le devoir de chacun était de se faire tuer en place plutôt que de reculer d'un seul pas.
Deux jours après, le 12 septembre, la première victoire de la Marne conditionnait toute la guerre, sauvait la France et la civilisation.
A l'époque où se produisit cet événement qu'on eut bien raison de dire miraculeux 3, peu de Français pouvaient se rendre compte des conditions d'infériorité inouïes où nos gouvernants, Parlement et ministres, mettaient notre armée, secondée par le génie du haut commandement et la valeur du soldat.
3. Le caractère providentiel de ce que l'on appelle si justement « le miracle de la Marne », a dit M. Léon Daudet, se montre jusqu'à l'évidence. La seconde victoire de la Marne, celle de juillet 1918, s'explique, humainement, militairement, psychologiquement. La première, celle de septembre 1914, toutes les bonnes raisons une fois données, conserve quelque chose de divin. Il ne faut pas craindre de lf dire, puisque cela est. Nous savons d'ailleurs que von Kluck lui-même, le vaincu (experto cfede'...) n'y a rien compris.
Après la victoire de la Marne, nous n'avons plus douté de nous. Nous disons : nous, l'armée et la France avec elle.
Quelques jours auparavant, alors que les armées de von Kluck marchaient sur Paris à grandes enjambées, un conseil des ministres avait été tenu où quelques-uns — dont on sait les noms — furent d'avis de déclarer la Capitale ville ouverte et de traiter sans combat avec l'envahisseur.
Telle était l'attitude du gouvernement de la République — moins le président Poincaré — du parlement fraîchement élu et d'une partie -de la presse prétendue française, tandis que, du 5 au 12 septembre 1914, la France militaire opérait le prodigieux redressement qui vient d'être rappelé.
On dit volontiers que les miracles ne se répètent point au même lieu et à si courte distance. Cependant du 18 au 22 juillet 1918, la victoire de Foch sauvait à nouveau la France, en utilisant une faute du commandement allemand analogue à celle de 1914.
On raconte qu'après la première Marne, Moltke, entrant en tempête dans le cabinet de Guillaume II, se serait écrié, comme dans Shakespeare : ce Votre Majesté, la guerre est perdue ! » Sur quoi, Guillaume II, frissonnant, retira son commandement à Moltke, neveu du Moltke de 1870, qui n'en avait pas moins dit la vérité 4.
On comprend que Guillaume II se soit violemment irrité contre ceux qui lui disaient : « Dieu n'est pas avec vous », lui qui s'était tant de fois prévalu devant ses soldats, d'être, eux et lui, les ouvriers de Dieu, mais de celui qu'il appelait le Dieu de la Germanie.
Le vrai Dieu, le Dieu des chrétiens, le Dieu de la France catholique, le Dieu du Tabernacle et de l'Autel auquel les Français n'ont pas cessé de vouer leur culte, leur adoration et leur amour ; c'est avec eux et pour eux qu'il s'est montré. Il -semble avoir voulu faire sentir sa présence et sa satisfaction
4. Sur le même point le Berliner Tageblatt sl dit: « Il n'est pas besoin d'être grand critique militaire pour reconnaître toute l'importance de l'oeuvre accomplie par le vainqueur de la bataille de la Marne. La guerre a été décidée dès son commencement. Elle a été perdue et gagnée en 191 4 sur la Marne. Le général français qui a réussi à arrêter l'ennemi a sauvé véritablement la France. Loin d'être appuyé par une vingtaine d'alliés, il était alors seuj contre l'assaut furieux de tout un peuple. »
même aux plus humbles par des faits bien à portée de leur compréhension. C'est aux jours où ils fêtaient nos saints, qu'il intervint pour notre salut ; ce fut à la fête de saint Martin qui, de Clovis à Charlemagne, fut reconnu et honoré par les princes et par le peuple pour le Patron de la France, et qui, de fait, se montra tel particulièrement pendant les guerres normandes et sous les premiers rois Capétiens 5 ; ce fut à la fête de saint Michel, Patron de l'Eglise et de la France que, répondant aux prières que nous lui adressions chaque jour au pied de l'autel, il nous envoya les joies de la ratification de l'armistice; c'est le Sacré-Cœur qui est venu, durant l'octave des solennités qui lui sont consacrées, mettre son sceau à l'acceptation des conditions de la paix. Déjà, le 9 juin 1918, au jour même de sa fête, alors qu'une nouvelle attaque menaçait notre front de Compiègne, une contre-offensive merveilleuse du général Mangin rejeta l'assaillant et lui signifia que désormais il ne passerait plus. Vint alors la grande supplication sacerdotale du 29 juin, ordonnée par Sa Sainteté Benoît XV. Les prêtres du monde entier célébrèrent en la fête des saints Apôtres Pierre et Paul, les saints mystères pour obtenir la paix, et le traité fut signé aux premières vêpres de cette même fête.
Le P. Perroy, du haut de la chaire de la cathédrale de Châlons, révéla qu'une consécration des armées alliées au Sacré-Cœur avait été faite par le généralissime qui les commandait toutes, le 18 juillet, dans la petite église du Grand Quartier Général.
« A genoux devant le Sacré-Cœur, s'est écrié l'orateur, le maréchal Foch a demandé au Sacré-Cœur, en lui consacrant les armées dont il avait la charge : premièrement, une victoire prompte et définitive ; — et deuxièmement, une paix glorieuse pour la France. » Dès ce moment les étapes victorieuses de la
5. L'émirterit écrivain, à qui nous devons une belle Histoire de la Fin du Paganisme, Gaston Boissier, n'hésite point à le proclamer le plus français de tous les Saints. Mgr Pie, évêque de Poitiers, a déclaré, du haut de la chaire de ia cathédrale de Tours, que les destinées de la France étaient intimement liées au culte de saint Martin. « La FYance, ajoutait-il, ne retrouvera sa place dans le monde que le jour où elle aura fait à saint Martin et à son culte la place qui leur est due. » Les déclarations du grand évéque i'iuminèreni l'esprit et le cœur d'un admirable chrétien, M. Dupont, surnommé depuis le saint homme de Tours ; il avait conçu le dessein d'une restauration nationale de la basilique de l'illustre Thaumaturge, que les héritiers de la Révolution avaient démolie au commencement du XIXe siècle. Sa pensée ne fut point réalisée comme il l'avait conçue et comme le voulaient les bons Français.
marche triomphale se sont succédé avec une allure qu'on peut dire vertigineuse. Parmi ces jours, celui du 17 octobre, jour marqué par la fête de sainte Marguerite-Marie, la confidente et l'apôtre du Sacré-Cœur, est particulièrement lumineux, ce Voici une date que nous n'oublierons pas, ce 17 octobre 1918 », ont écrit dès le lendemain en termes équivalents, presque tous nos grands journaux : le Matin et le Journal, la Victoire et le Petit Parisien, sans parler des journaux catholiques. Lille reconquise et, avec Lille, Douai et les autres cités de la Flandre française, c'est-à-dire près de six cent mille Français libérés — et en même temps, la reprise d'Ostende, et avec Ostende toute la côte de Belgique rendue, après quatre ans, aux admirables Belges.
Visiblement Dieu et ses saints étaient avec nous et voulaient être avec nous pour nous ménager une paix qui mettrait fin au trouble dans lequel le monde avait été jeté par l'orgueil insensé des Allemands.
Malheureusement nos chefs civils, ceux que nous avions chargés de parler et d'agir au nom de la France, ne voulurent ni voir, ni entendre ; ni voir la main qui redressait leurs voies, ni entendre les prières du peuple fidèle qui les suppliait de porter leurs regards vers Lui, et de Lui rendre grâces. Avec une obstination aussi imperturbable que déraisonnable, ils se refusèrent à assister aux offices qui furent célébrés par le clergé avec le concours du peuple pour dire au Souverain Maître de nos destinées notre reconnaissance et nos espérances et, par leurs actes, ils professèrent ceci devant les peuples attentifs, en cette heure solennelle : Nous ne connaissons point Dieu ! Parole satanique qui éclata plus haute, plus méprisante que jamais en la veillée funèbre sous l'arc de triomphe.
Elle était belle la pensée de commémorer sous les voûtes de cet arc ceux qui, par le sacrifice de leur personne, avaient été les artisans de la victoire. Mais au lieu de la croix, au lieu de la représentation de la divine Victime qui avait été leur modèle, c'était l'image d'une Egyptienne ou d'une Assyrienne qui dominait le monument comme le symbole de l'immortalité! Il fut cependant permis aux communes de placer la croix sur les monuments qu'elles élevaient à la mémoire de leurs morts, mais avec cette restriction que la croix et les monuments qui la portent ne pouvaient être dressés sur la voie publique.
Le même mépris se montra, — et ce sera un scandale aux générations futures, dans toute la suite des siècles, — au Traité de paix. Le nom de Dieu en a été écarté, en violation de la tradition transmise de peuple à peuple depuis le commencement du monde-
Dieu, pour se venger, n'avait qu'à dire : Allez et faites ce que votre orgueilleuse sagesse vous inspirera. On sait quelle paix ils ont faite 6.
6. M. Clemenceau parut comprendre. En plusieurs occasions, il manifestas des pensées opposées à celles qu'il avait exprimées autrefois de façon si pittoresque et si virulente. Lorsque M. Monsservin, sénateur de l'Aveyron, se rendit chez M. Clemenceau pour lui remettre le livre d'or aveyronnais, celui-ci déclara qu'il aurait désiré une paix plus avantageuse pour la France... « Mais nous ne fûmes pas seuls à faire la guerre... », dit-il.
Après avoir rendu hommage à l'attitude du clergé pendant la guerre, M. Clemenceau fit appel à l'union des républicains, dans le sens le plus large du mot : « Il faut en arriver à considérer comme un bon serviteur de la démocratie celui dont les actes sont utiles et bienfaisants. »
Il dit encore :
<( J'ai eu une grande méfiance pour le clergé, je lui reprochais d'entraver la liberté de notre pensée, de nous persécuter, et au début, lorsque j'allais aux tranchées, je demandais aux poilus, en "désignant l'aumônier: « Est-ce qu'il ne vous embête pas ? — Nous embêter? Mais tout au contraire, c'est un brave, un chic type, il nous donne l'exemple, se dévoue sans cesse et nous l'aimons bien. » Telle était la réponse uniforme. Et j'ai vu des régiments qui me demandaient de décorer leurs aumôniers pour des faits de bravoure magnifiques. Ces prêtres, je les faisais venir, je les décorais et je les embrassais de tout cœur. »
Dans son voyage à travers les pays envahis, M. Clemenceau, à Vigneulles (Meuse), dit:
« J'entends dire de temps à autre : « Nous n'aurons plus de guerre, n'estce pas? »
» Quand je regarde mes petits-enfants, je n'ose pas leur dire que nous n'aurons plus de guerre. Il est venu, il y a environ deux mille ans, « un- Etre divin » — votre curé vous l'annonce aussi — qui dit aux hommes : « Aimez-vous les uns les autres. » Et le lendemain de cette parole, les peuples se sont rués les uns sur les autres avec une barbarie inconcevable.
» Ah! certes, si nous réalisions cette parole, je vous affirmerais qu'il n'y aura plus de guerre, mais!... »
Dans un dîner avec les plus grands officiers de l'armée, il sembla abonder dans la pensée qui avait fait éclater sur toutes les lèvres le mot « miracle ! »
Rappelons encore qu'à la séance historique du 8 décembre 1919, M. Clemenceau dit :
« Alsaciens et Lorrains, vous dont la présence parmi nous suscite tant de joie après tant de misères,soyez nos témoins, nos garants qu'à travers la naturelle et salutaire divergence des esprits la permanente sauvegarde de la France ne peut être assurée sans le développement continu d'une grande amitié nationale entre tous les Français. »
Ces pensées, ces sentiments, comme aussi et surtout les services rendus à la France, ne permettent plus de parler de M. Clemenceau qu'avec respect et gratitude. Ce qui n'empêche les actes et les paroles d'autrefois de rester inscrits dans l'histoire du temps.
Note complémentaire,
La persistance, après la guerre, de l'hostilité contre le catholicisme se montra même en Alsace-Lorraine, On voulut y introduire la laïcité scolaire. On désigna pour les postes supérieurs de l'Instruction publique des fonctionnaires français dont aucun ne partageait les croyances qui sont celles de la grande majorité de cette population ; et en même temps furent envoyés comme instituteurs dans des villages entièrement catholiques, des protestants. Les manuels d'histoire et de morale condamnés par l'épiscopat furent désormais admis 7. Les prêtres qui avaient jusqu'ici leur entrée libre dans les écoles n'eurent plus accès dans celles-ci qu'un jour par semaine. On tenta d'éliminer les religieuses des écoles de filles ; et on appela tout cela un régime de transition. Autant dire « ensemble de mesures destinées à faire accepter aussitôt que possible toute la législation française, à faire subir l'épreuve de la déchristianisation par l'école. »
A la première réunion du conseil supérieur d'Alsace-Lorraine, M. Millerand a reconnu que ce système allait se heurter à trop de difficultés pratiques pour qu'il eût chance d'être appliqué avec succès. Ce qui n'empêcha point le F.". Debierre de déclarer dans
7. « Odieuse manœuvre ». C'est l'expression que M. Wetterlé employa dans le Rhin français, pour apprécier certaines circulaires des autorités scolaires en Alsace, excluant des allocations de l'Etat les institutrices congréganistes qui ont été maintenues dans les écoles publiques pour ne point soulever les populations.
M. Wetterlé ajoutait : « Un régime d'union sacrée existe en Alsace. Son maintien est indispensable : sinon les conséquences seraient de la plus haute gravité. Nous nous étonnons que certains fonctionnaires l'oublient déjà. »
On a prêté à M. Millerand ce mot : « La France est une nation catholique... » Voilà une parole nationale. On peut soi-même être ou n'être pas catholique, ami ou ennemi du catholicisme, favorable ou non à l'Eglise et au Pape. Le fait est cependant que, par position, par histoire, par habitude héréditaire, par réputation universelle, la France est ce qu'a dit M. Millerand; et que le Président du Conseil doit s'en souvenir. De là dérivent une orientation, une notion de points d'appui déterminés, la probabilité de certaines alliances, l'appréhension de certains périls.
Paris-Midi et dans le Pays que les lois scolaires doivent être immédiatement appliquées dans les provinces reconquises, avec la laïcisation de tout le personnel enseignant. La Ligue de Venseignement ne se contenta pas de parler, elle déploya une activité de plus en plus grande pour pousser à 1' « adaptation ». Au 30 décembre 1918 cette Ligue maçonnique décida que son trentecinquième congrès se tiendrait à Strasbourg avec une journée à Metz et une journée à Biblanheim, et que là un monument serait élevé sur la tombe de Jean Macé. Ce qui fut fait.
A la suite de ces faits, les parents catholiques ont signé en masse la déclaration suivante :
Le peuple de Lorraine, confiant dans la loyauté du gouvernement français pour le maintien, dans nos provinces si heureusement reconquises, de l'école confessionnelle et de ses libertés religieuses concordataires, répudie, entre autres, l'école neutre et tout ce qui peut porter atteinte à l'éducation morale de la jeunesse. Heureux d'être redevenu Français pour toujours, sa fidélité se doublera de celle du gouvernement à tenir ses promesses.
Le soussigné père de famille; la soussignée mère de famille, se déclarent formellement pour le maintien de l'école confessionnelle, telle qu'elle existe en Alsace, comme institution traditionnelle et en vertu des lois françaises: la loi Guizôt (1833) et la loi Falloux (1850).
La Conférence de la Paix se conduisit de même à l'égard des Missions. L'article 122 du Traité de Versailles prescrit l'expulsion hors des colonies des résidents allemands. Cet article atteignait par le fait les missionnaires catholiques. L'article 438, constituant un Conseil pour l'administration des propriétés des missions, déclare que ce Conseil doit être composé de « chrétiens ». Il pouvait par conséquent comprendre des protestants, des schismatiques, des Francs-Maçons. De plus, à ce Conseil n'était imposée qu'une seule obligation : garder à ces propriétés une affectation de îtiissions, ce qui donnait à craindre que les biens ries missions catholiques seraient transférés à des missions protestantes.
Ces articles préoccupèrent vivement le Saint-Siège. Il envoya à Versailles Mgr Cerretti, secrétaire des Affaires ecclésiastiques extraordinaires.il obtint certaines modifications aux ('eux articles qui avaient soulevé des inquiétudes. Les Débats présentèrent cette observation aux journaux italiens qui relevèrent le succès de cette négociai ion : « Il esl piquant de les voir célébrer ainsi l'admission du Saint-Siège au traité de paix, alors que, par Par-
ticle 15 du traité du 6 avril 1915, l'Italie avait exigé de ses alliés qu'il en fût exclu formellement. »
Quoi d'étonnant en cela et en une multitude d'autres choses qui pourraient être relevées dans les faits et gestes de nos gouvernants et ceux de la Conférence de la Paix? Celui qui y eut la part prépondérante, le Président des Etats-Unis, n'avait-il pas dit : « Le christianisme a échoué dans son œuvre. J'espère réussir a sa place par la Société des Nations. »
Si M. Wilson exprimait ainsi les pensées et les vœux des peuples qui avaient envoyé leurs représentants à Versailles pour leur procurer la paix, à quoi bon avoir dépensé tant d'hommes pour empêcher l'Allemagne de rénover le monde à sa manière, à y faire régner son idéal?
Le choix de M. Millerand comme chef du ministère au lendemain de l'entrée des nouveaux députés nommés par les élections de 1920, a été présenté par plusieurs comme une espérance. Ils étaient généreux. Ce ministère choisit comme ministre de l'Intérieur M. Steeg, fils d'un pasteur allemand qui n'a jamais pu fournir la preuve de sa naturalisation française. Nous avons eu occasion de parler de lui lorsqu'il fut nommé Inspecteur général de l'Instruction publique, et qu'il dit en prenant possession de ces fonctions : « Il paraît douteux que nous puissions jamais espérer de voir la France entrer dans les cadres de notre Eglise (calviniste) ; mais nous avons quelque chose de mieux à souhaiter, c'est de voir se répandre autour de nous l'esprit protestant. »
Pourquoi M. Millerand a-t-il fait choix d'un tel personnage, et pour le Ministère de l'Intérieur? Car il est évident qu'il prévoyait, qu'il ne pouvait ne pas prévoir les réactions des patriotes et de la majorité patriotique de la Chambre. Et pourquoi l'a-t-il maintenu à ce poste, malgré les réclamations de cette Chambre et de celles de la presse? La réponse qui se présente à l'esprit est qu'il lui a été imposé. Par qui? La réponse peut toujours être la même : la secte.
Dans sa déclaration ministérielle, M. Millerand a dit : « Fondée sur la liberté, la République ne connaît que des citoyens égaux en droits, sous le règne de la loi, sans acception de croyances ni de conditions. » Puissions-nous le voir fidèle à ce
programme dans ses nouvelles fonctions de Président de la République.
Tandis que le traité de paix accordait à l'Angleterre et aux Etats-Unis tout ce que ces Etats demandaient pour accroître leur puissance, presque tout ce qu'exigeait l'avenir de la France lui était enlevé ou refusé.
Inutile de rappeler nos droits séculaires sur cette terre : la France du Levant. La Conférence paraît s'être laissé persuader que si le Protectorat des chrétiens, et en particulier la garde des Lieux Saints, du sanctuaire du Saint-Sépulcre et de celui de la Nativité avait sa raison d'être sous le régime de la domination ottomane, il devenait superflu du moment où la Palestine serait placée sous la tutelle d'un grand Etat tenant son mandat de la Société des Nations. Ce mandat, l'Angleterre et même les Etats- Unis ont espéré qu'il leur serait donné, et aussitôt ils se mirent en mesure de pouvoir l'exercer. Ils ont pris d'étonnantes extensions en ce pays. Les Etats-Unis ont manifesté l'intention de s'installer sur le Bosphore, et les Anglais veulent prélever pour leur usage personnel les deux ports de la côte Sud de Syrie : Jafïa et Caïffa. Voit-on Gibraltar, Malte, Chypre, l'Egypte, Suez, la Palestine, la Babylonie,la Mésopotamie et Mossoul sous la même domination? C'est ce qui veut être et paraît encouragé.
D'autre part, la frontière du Rhin qui a été le souci principal de vingt de nos rois, de cent de nos hommes d'Etat ou de guerre, nous est-elle assez complètement attribuée, assez solidement constituée? « Sans le Rhin, a-t-on dit, pas de France, sans la France, pas d'Europe, et sans l'Europe, pas de planète.» Or, de ce côté, la Conférence ne nous a même point fait recouvrer toute la frontière que la Révolution avait héritée de la monarchie. Dans un projet d'armistice qu'il soumit le 1er novembre 1918 aux autorités compétentes, M. G. Hanotaux leur représentait, avec autant de force que de raison, que les Alliés ayant combat t u la Prusse et le militarisme, devaient occuper l'Allemagne jusqu'à l'Elbe qui est la vraie frontière de la Prusse. Ce n'est pas la faute du maréchal Foch si ces propositions n'ont pas été écoutées. Loin de là. La huitième et la dixième armées formant
le corps d'occupation de la rive gauche du Rhin, ont été dissoutes dès le 12 octobre et leurs chefs, les généraux Gérard et Mangin, appelés à d'autres fonctions. C'était beaucoup de précipitation et c'était donner crédit aux bruits qui affirmaient l'existence d'influences s'exerçant en faveur des désirs de l'Allemagne. Beaucoup de troupes allemandes étaient déjà placées parallèlement à la ligne du Rhin, à une dizaine de kilomètres de la limite qu'elles n'ont pas le droit de franchir. Le maréchal Foch, dans un rapport adressé au Conseil suprême, lui apprenait que l'effectif de l'armée allemande s'élevait alors à un million deux cent mille hommes au lieu de deux cent mille.
On vit, on entendit des étrangers protester contre cette malveillance dont notre pays est victime. Dans un banquet offert, aux Etats-Unis, à M. Schneider à qui fut décernée une médaille d'or en présence d'un millier d'ingénieurs et hommes d'affaires, un industriel américain prit la parole au nom de tous et prononça un discours plein de sens et de vérité :
« Pour que la France soit en mesure de briser la prochaine attaque allemande, il lui faut le commandement absolu de la rive gauche du Rhin. C'est elle qui doit avoir la « garde au Rhin ». On a parlé des prétentions de cette région à disposer d'elle-même en faveur de l'Etat brigand, elles cessent de valoir du fait même de ce brigandage. La bête féroce ne peut être autorisée à conserver ses griffes sous prétexte que c'est Dieu qui les lui a données... La France, par sa position historique et géographique, est obligée de surveiller le péril allemand plus qu'aucun autre pays. C'est dans nos bonnes relations avec elle que nous devons trouver le moyen efficace de nous préparer pour le conflit inévitable. Notre intimité avec elle, notre sympathie, notre compréhension de son caractère, de sa pensée et de son action, aussi bien que de la position de sentinelle avancée de la démocratie qui lui est imposée, devraient être telles que l'une et l'autre nation attendent toujours le signal de la première et soient prêtes à y répondre promptement. Ce devrait être un sentiment familier à chacun de nous que notre salut dépend de la vigilance française lorsque viendront les prochaines attaques allemandes. »
Ce n'est point ce qu'a voulu la Conférence de la paix, du moins si l'on en juge par ses actes.
Tout en frustrant la France de ses droits, la Conférence des nations et le Traité de Paix n'ont pas seulement protégé l'Allemagne, ils ont aussi avantagé l'Angleterre, l'Amérique et les autres pays protestants ; le tout au détriment de la France et des autres pays catholiques.
Ce qui se fit à Versailles rappelle ce qui s'était passé au Congrès de Westphalie et au Congrès de Vienne.
Grâce à nos rois et à leur diplomatie, qui aujourd'hui nous manque, le traité de Westphalie procura des avantages considérables à notre patrie par l'extension de son territoire et par l'accroissement de son rôle politique en Europe ; mais il marque une date décisive dans l'histoire de la désorganisation du droit politique et l'abandon des traditions qui avaient été l'âme de la chrétienté au moyen âge. Le Souverain Pontife se trouva dès lors placé en dehors du droit international qui fut laïcisé. Les évêques n'eurent plus à jouer de grands rôles politiques. De là leur moins grande influence sur les peuples. Le principe Cujus regio ejus rcligio, déjà en vigueur parmi les luthériens, fut étendu aux calvinistes : droit contraire au droit divin de la Vérité. Le traité de Westphalie consacra le monopole du culte public en faveur de la religion du prince, parce qu'elle est la religion du prince. De plus, il sécularisa un grand nombre d'évêchés et d'abbayes en faveur des souverains luthériens ou calvinistes.
Au Congrès de Vienne, la Prusse demanda avec instance que la France fût partagée comme l'avait été la Pologne. Elle ne fut point écoutée, mais il fut convenu de la réduire aux limites de 1792 et de procéder au partage, des territoires ainsi devenus vacants. C'est cette pensée qui présida aux délimitations de la nouvelle carte politique des Etats européens et qui livra systématiquement les petits Etats catholiques aux grandes Puissances protestantes : la Belgique fut livrée à la Hollande, la Prusse fut placée en sentinelle armée contre la France sur les deux rives du Rhin. Grâce aux principes exposés et défendus par Louis XVIII et son ministre Talleyrand et à l'habileté diplomatique de Consalvi, les choses n'allèrent point aussi loin qu'elles eussent pu se porter. On ne fit point de la France ce que la Prusse aurait voulu et le Pape rentra dans l'intégrité de ses Etats, du moins ceux placés au centre de la Péninsule. Mais le roi de France et son ministre ne purent empêcher que par le
développement de ses frontières, la Prusse n'obtînt cet accroissement d'influence en Allemagne, qui lui permit plus tard de la soumettre toute entière à son joug et de se livrer à l'ambition de dominer le monde.
On peut donc- croire sans témérité que le souffle qui s'était fait sentir en Westphalie et à Vienne fut le même qui inclina les volontés à Versailles et que, ici comme là, il sortait d'une même caverne.
Son impulsion directrice, poussant toujours dans le même sens, se fit également sentir en 1830, en 1847, en 1876 pour ne rappeler que les dates les plus importantes. En 1830, la Belgique demanda solennellement sa réunion à la France; l'Europe s'y opposa. En 1847, elle n'opposa point une volonté contraire et fît détruire l'autonomie des cantons suisses; en 1876, elle porta un coup mortel à l'antique constitution des Pays-Basques. Par le Congrès de Prague qui suivit la bataille de Sadowa, l'Autriche fut exclue de l'Allemagne du Nord et placée plus ou moins directement sous la direction de la Prusse, devenue la tête d'une nouvelle Confédération, et le Hanovre fut annexé à la même Puissance.
C'est à cette époque que M. de Cassagnac fit cette observation: « Il existe une société européenne générale dont toutes les parties sont liées par une étroite solidarité. » Dans cette solidarité qui ne liait alors que l'Europe, M. de Cassagnac verrait aujourd'hui les Etats-Unis, le Japon, la Chine, etc. De quelle nature est le lien qui les enchaîne? qui en tient les bouts? M. de Cassagnac ne le dit pas. Il ne le voyait pas dans la lumière qu'ont fait éclater les événements qui se succèdent, de plus en plus révélateurs, depuis la guerre que Napoléon III et Victor-Emmanuel ont faite aux souverains de l'Italie et au Pape.
Ayant ces souvenirs dans l'esprit, qui pourrait s'étonner de voir aujourd'hui, après la victoire, due principalement à la supériorité de nos chefs militaires, à la vaillance et aux souffrances exceptionnelles de nos troupes, la dite solidarité ne point en tenir compte? Aussi tout le monde sent bien que tout n'est pas fini. Suivant Paris, le 8 juin 1920, un musulman, Mohamed Ali, président de la délégation musulmane de l'Inde, a posé" cette question : « On avait affirmé que cette guerre mettrait fin à la guerre. Cette paix va-t-elle mettre fin à la paix? »