ISLA A SALAMANQUE — LA <« JEUNESSE TRIOMPHANTE
siasmaient, k'S timides s'épouvantaient et maudissaient le vent du nord ; les hommes sages et courageux, inquiets de l'avenir, se préoccupaient d'aider au progrès sans favoriser la révolte, et comprenaient que le refus systématique de toute réforme n'était pas moins dangereux que l'imprudence de ceux qui voulaient tout changer à la fois.
Tout en ohservant, Isla travaillait avec acharnement. Il parcourut, sérieusement cette fois, tout le cercle des études sacrées et profanes, qu'il avait, dit-OD, effleuré dès son enfance. « Il arriva, dit son M biographe, môme dans les sciences les plus étran- » gères à son état, le droit civil et la médecine, à une » renommée qui le fit consulter et écouter avec défé- » renée sur ces matières par les savants (1). »
Ainsi équipé, il ne tarda pas à faire ses premières armes. Ce fut dans une escarmouche où il eut l'honneur de se trouver l'allié du plus célèbre écrivain de son temps. Don Benilo Feijôo y Monténégro, bénédictin galicien du monastère d'Oviédo, commençait à so déclarer le propagateur orthodoxe de toutes les idées modernes, le philosophe et le savant do l'école française. Les nombreux volumes de son Teatro crilico et de ses Cartns eruditas allaient se succéder raiiidoment, formés de courtes dissertations où l'intrépide réformateur remue tous les problèmes : histoire, philosophie, croyances populaires, médecine, théologie, littérature, il cherche partout des préjugés à
(1) SalM : Vida drl P. de hla. p. t% «( «uiv.
déraciner, des superstitions à combattre. Parfois, dans son ardeur belliqueuse, il se forge des ennemis imaginaires, et sa critique manque ou dépasse le but (1); mais l'esprit de son œuvre était excellent. Il était heureux qu'un prêtre, qu'un moine, se fît à une telle époque le champion du progrès, et travaillât à renouer la grande tradition de science et d'érudition de l'Espagne catholique.
Le premier volume du Teatro critico parut en 1726 ; rien ne suscita plus d'adversaires à l'auteur que les pages où il osait déclarer que la médecine aristotélicienne, l'art de saigner et de purger à outrance, n'était point infaillible.
Les cris de la docte Faculté montèrent jusqu'au ciel : Molière n'avait point passé par là. Le P. de Isla, qui terminait alors ses études de théologie, évoqua l'ombre de notre grand comique, et entra en scène, plein de jeunesse et de vigueur. Il s'en prit à quelques médecins de Salamanque, « aveuglément attachés aux » opinions de nos anciens » (2) et qui avaient osé écrire contre Feijoo (3).
L'un de ces adversaires était précisément le bachelier Diego de Terres Villaroel, ce singulier vice-recteur
(1) M. Menendez Pelayo développe cette idée, tout en vengeant l'orthodoxie de Feijoo : lleterodoxos esp., t. III, chap. i et vi. Le même critique n'a que des éloges pour les idées esthétiques de Feijoo et pour le caractère éminemment national de ses principes littéraires. Ideas estéticas, t. 111, p. lyO.
(2) Molière r Le Malade imaginaire.
Ci) Papeles critico-apologéticos que en su juventud escribiô el P. de Isla contra el D' D. Pedro de Aquenza y elbachiller D. Diego de Torres, endefensa del R. P. Denito Gerùnimo Feijoo. 2 vol. in-12, Madrid, 1788.