ISLA A SALAMANQUE — LA « JEUNESSE TRIOMPHANTE
de l'Université de Salamanque, dont nous avons parle plus haut.
La collection de ces opuscules a été publiée en 1788. L'éditeur avertit que ces pièces ont été trouvées imprimées dans la curieuse bibliothèque du savant comte de Pernia, contemporain d'Isla. Ces ouvrages ne sont indiqués ni par le biographe anonyme de Feijôo (1), ni par Morcjon dans son Ilistoria bibliogrôflca de la medicina espanola, bien que ces deux auteurs donnent la liste des publications au.xquelles donna lieu la controverse médicale de 17'2G.
On pourrait même élever quelques doutes au sujet de l'auteur des Papeles critico-apologéticos, qui ne portent avec eux, je l'avoue, aucune marque intrinsèque et indiscutable de leur autbenlicilé. J'ai cru cependant devoir, après de Backer, après Monlau, après llervâs surtout {'2), maintenir à Isla la paternité de ces écrits. Caballero dans ses Supplementa bibliolhecx S. J.y Tolrà dans la Vie d'Isla, la sœur d'Isla luimême dans ses préfaces aux Lettres et à la Vie de son frère (1789-1803), ont soin do prévenir leurs lecteurs contre les œuvres apocryphes que l'on publie sous le nom de notre écrivain, et qu'ils mentionnent en détail. Or, ils ne nomment point dans cette liste les Papeles crilico-npologélicos, dont pourtant deux éditions avaient paru : ce silence me parait signilicatif.
Enfin on peut dire que tout, dans ces pièces, s'accorde avec les circonstances do la vie d'Isla et u^sez
(t) Tntlro erUieo, comp* de Imprpcorci, 17C0, t. I. (2/ BiblioUca jrntUic<htrpa/iola, >ru.
bien avec sa manière. La satire y est vive, joyeuse, personnelle, souvent grossière et sans goût, mais souvent aussi spirituelle et heureuse.
Si ces pages restent pour la finesse et la richesse de la langue fort au-dessous des Cartsis de Juan de la Encina (1732), elles ne sont peut-être pas de beaucoup inférieures à la Juventud triunfante, qui fut écrite peu après les Papeles (1727).
Quant à faire un choix entre ces opuscules, je manque des données nécessaires pour m'y aventurer.
Dès lors, une amitié solide s'établit entre Isla et Feijôo. Ils se rencontreront souvent encore en face d'ennemis communs. Le Bénédictin dissertera avec clarté, abondance et vigueur; le Jésuite attaquera en se jouant et portera des coups à la fois plus redoutables et plus mesurés : l'un, impétueux et lourd, l'autre, vif et alerte. Le style de Feijôo, sans relief et énervé par le gallicisme, verra peu à peu son intérêt disparaître avec la nouveauté des choses qu'il exprime ; celui d'Isla gardera, pour les amis de l'idiome castillan, une saveur qui ne disparaîtra qu'avec la langue même. Le Bénédictin et le Jésuite sont les deux plus grands, ou pour mieux dire, les deux seuls écrivains de leur temps. Je me garderai d'ajouter avec M. Monlau, « les deux plus gigantesques figures qui se détachent du tableau historique de ce siècle (1) » : jamais épithète ne manqua plus évidemment de mesure et de vérité.
(1) Obras escogidas ciel P. Isla. Bib!. Rivadcneira, p. xxxi.
ISLA A SALAMANQUE — LA « JEUNESSE TRIOMPHANTE » i3
Les opuscules écrits contre les médecins de Salamanque pour la défense de Feijôo ne portaient point le nom d'Isla ; il en fut de même de l'ouvrage plus étendu qu'il publia l'année suivante. Il l'avait composé en collaboration avec son maitre, le P. Luis de Lossada, et sans les indications que nous donne une de ses lettres, nous ne pourrions distinguer la part do chacun des deux auteurs. Celle d'Isla est la plus considérable et la meilleure.
« Tu me demandes, écrit Isla à sa sœur le 21 octobre 1781 (dix jours avant .sa mort), quelle part j'ai eue dans le livre de la Juvcntud triunfante. Je te réponds que j'en ai écrit à peu près la moitié. Depuis l'endroit où commence la seconde partie des fêtes (et voici le début du parjgraphe : Este dia, segun el burrillo niitolôjico...) jusqu'à la fin du livre, toute la prose est de moi, comme aussi Ift dialogue ou auto de S. Louis de (Jonzague. Et voilà la curiosité satisfaite. » '1 .
La Jeunesse triomphanle (c'est le titre du livre) n'est autre cbose que la relation des fêtes célébrées à Salumanque par le collège des Jésuites à l'occasion de la canonisation do deux jeunes saints de l'Ordre : Stanislas Kostka et Louis do Gonzague.
(1) fartai famtl. A «u hnriuniia, cnrU 3l«i. — La Juwntwl Iriunfantr, Tf), /ri ta firttii •rlffjrô ri • 'i de ta l'ump. itr
Jr .itanca la • n, etc. <'l por un liijfui"»
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Durant douze jours, les cérémonies religieuses et les réjouissances populaires les plus variées tinrent en éveil la ville entière, remplie d'étrangers et qui n'avait jamais rien vu de plus splendide.
La multitude et le mauvais goût de ces relations de fêtes étaient en Espagne un véritable fléau ; obligés d'avoir de l'esprit sur commande, les malheureux auteurs se travaillent à relever par les pointes et les tours de force du style culto le détail infini et fastidieux des processions, des poésies, des sermons, des feux d'artifice et des courses de taureaux.
Lope lui-même avait écrit jadis la relation des fêtes célébrées par la ville de Madrid pour la canonisation de saint Isidore : il avait publié la Joute poétique qui eut lieu à cette occasion. Lors de la canonisation de sainte Térèse, de saint Ignace de Loyola et de saint François- Xavier, un des principaux lauréats du tournoi littéraire avait été Calderon. Mais les moindres productions de Lope et de Calderon eussent été des merveilles auprès dece qui se faisait en ce genre depuis un siècle.
On comprend l'indignation de Moralin, qui, dans un pamphlet littéraire finement imité de Cervantes, et où il dépeint l'armée des pédants attaquant le temple d'Apollon, fait écraser les assiégeants sous l'épaisse mitraille des Joutes poétiques. Entrées solennelles, Béatifications, Loas, etc. (1). Isla, sans pouvoir éviter entièrement les défauts de ce genre absurde, réussit à
nymes et des Pseiidon. de la Comp. de Jésus (t. II, col. i06) donne ces indications, mais avec des chiffres erronés. (1) MoratJu : Derrola de los pédantes.