INTRODUCTION IX
Cette action, qui ne devait pas tarder à devenir un péril, était au début un bienfait : elle fut puissamment aidée par l'œuvre principale du P. de Isla. Les partisans les plus tenaces de tous les vieux abus et d'un mauvais goût invraisemblable, étaient les prédicateurs. Le livre qui, en atteignant à mort leurs ridicules, réforma la cbaire espagnole, et fit de son auteur le plus célèbre écrivain de son temps, Fray Gerundio de CampsLzas, est le récit des aventures oratoires d'un moine imaginaire. Ce n'est pas seulement un roman burlesque, plein de verve et de gaieté, d'une franche saveur nationale, d'une couleur picaresque assez audacieuse : c'est une large satire, d'une sérieuse portée critique; c'est Tœuvre d'un théologien, d'un prédicateur éminent, d'un homme de savoir et de goût, d'un esprit sage et courageux, partisan de toutes les réformes compatibles avec la pureté de la doctrine et l'intégrité du caractère et de l'idiome national; — si Espagnol, que son patriotisme littéraire passe quelquefois les bornes, que nul écrivain de son siècle ne fut, au même degré, populaire, et goûté à la fois de la foule et des délicats, qu'on pourrait presque enfin l'appeler le dernier classique de l'ancienne langue ; — mais en même temps familier avec nos grands auteurs, et rapproché de nous par des qualités d'esprit et de cœur qui le rendaient éminemment apte k une œuvre de conciliation féconde .