‹ Les prêcheurs burlesques en Espagne au 18 sìecle; étude sur le P. IslaChapitre 3 sur 103 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

L'enjouement, la vivacité d'une intelligence plus rapide que profonde, plus portée à l'action qu'à la spéculation ou à la rêverie ; la netteté, la précision, la mesure, une véritable haine de l'emphase creuse et du pédantisme; un penchant irrésistible à la plaisanterie (1) ; des affections délicates plutôt que des passions violentes et rudes ; un cœur sans rancune, une franchise absolue et parfois imprudente, qui fut, dit éloquemment un de ses biographes, « la seule passion de sa vie » : voilà des traits dont plusieurs accusent la parenté de son esprit et de son caractère avec les nôtres, et expliquent comment sa physionomie, attrayante pour tous ceux qui l'ont une fois rencontrée, sera symthique surtout aux Français qui la connaîtront.

L'étude de Fray Gerundio est donc un chapitre intéressant de l'histoire littéraire de l'Espagne et de l'histoire générale de la chaire chrétienne. Cette étude amenait en effet le tableau de la prédication espagnole au siècle dernier : sujet entièrement nouveau et fort étendu. Il fallait expliquer et justifier par les textes les

(1) Isla s amuse jusque dans les apologies qu'il adresse à l'Inquisiteur général, chose sérieuse pourtant s'il en fut. Il cite des propos burlesques de paysans, pareils aux discours qu'il faisait tenir à quelques personnages du Gerundio, et qu'on traitait d'hérétiques et de blasphématoires. « Il y a peu de jours, raconte-t-il, l'un de ces braves gens disait que dans sa jeunesse il avait volé, avec la grâce de Dieu, un panier de saucisses et de boudins, et que, bien que la justice en fût informée, personne ne lui dit rien. » Assurément, conclut Isla, ce langage contient une hérésie qualifiée ; qui voudrait en faire un crime à ce pauvre diable? — Expediente sobre el Fray Ger. Ms. £f. 56-59.

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