‹ Les prêcheurs burlesques en Espagne au 18 sìecle; étude sur le P. IslaChapitre 21 sur 103 · ISLA A SALAMANQLE — LA <« JEUNESSE TRIOMPHANTE · texte numérisé non relu

ISLA A SALAMANQLE — LA <« JEUNESSE TRIOMPHANTE

le ridiculiser. Il le transforma en une fine parodie : le Irait louangeur, outré à dessein, devient une satire. L'écrivain enfle, comme les autres, Thyperbole castillane, mais il ne dissimule jamais qu'à demi la pointe d'aiguille qui, au moment voulu, perce l'outre et la crève avec le bruit d'un éclat de rire. Ainsi, dans l'éloge obligé qu'il fait des prédicateurs, ses complimonts à double entente applaudissent l'heureux à propos des conceptos, la finesse des agudezas, « les mots chargés d'idées jusqu'h en éclater. » Le futur auteur du Gerundio faisait cueillette de matériaux.

Cette discrète et constante ironie caractérisa dès lors le style d'Isla, et le rendit presque aussitôt célèbre par toute l'Espagne.

Au point de vue historique, la Jeimesse triomphante offre des pages curieuses et qui nous montrent en plein dix-huiticme siècle toute la vie ècolière et religieuse du moyen âge.

On y trouve un sermon en vers prêché dans l'église des Jésuites par un gentilhomme do dix ans, vêtu en grand d'Espagne, et qui monte en chaire précédé par une procession de douze Pères des plus graves,

(Jn y voit deux autos ou mystères, suivis chacun de leur saynète et joués dans la grande nef de l'église. La scène représente une université céleste où des an- ;^os, affublés de mosetles et coiffés de bonnets blancs ou rouges, argumentent en baroco et en appellent à « l'acier do l'yramo et de Thisbé. »

Dans l'intermède, deux y racio«o.s, vêtus en ermites, Uébiteul des lazzis qui mettent on grosse joie l'audi-

toire, et le décor offre aux yeux « une course de taureaux infernaux », à laquelle assistent « du haut de balcons de cristal », les anges et les saints du Paradis.

La seconde moitié de l'ouvrage, souvent réimprimée à part, décrit longuement la cavalcade ou mogiganga qui termina la fête.

Une foule de personnages allégoriques, sérieux ou grotesques, vêtus avec magnificence et bizarrerie, servaient de cortège au char triomphal où trônait l'Ecole de la. Compagnie de Jésus. Toutes les branches de l'enseignement sont représentées dans le défilé par les types les plus variés.

Isia, qui sans doute avait lui-même composé, de concert avec Lossada, ce divertissement, en détaille complaisamment le symbolisme souvent malicieux.

Après les diverses sciences théologiques, vêtues en amazones et l'épée au côté, marchaient sous la forme de monstres infernaux, les hérésies et les sectes : le mahométisme, le judaïsme en caban vert et en bonnet jaune, le jansénisme, le quiétisme et la morale relâchée.

Remarquons au passage la Métaphysique, « dame singulièrement capricieuse. Elle voulut se montrer, non avec les insignes dus à la pure noblesse de son sang, mais sous les traits qu'elle revêt dans la tête de certains scolastiques, plus pointilleux que des jaloux, plus contournés qu'un vrai Méandre, et à qui convient parfaitement la définition de Buchanan :

Gens ralione furcns et rnentem pasta chimœris. »

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