‹ Les prêcheurs burlesques en Espagne au 18 sìecle; étude sur le P. IslaChapitre 22 sur 103 · ISLA A SALAMA.NQUE — LA « JEUNESSE TRIOMPHANTE · texte numérisé non relu

ISLA A SALAMA.NQUE — LA « JEUNESSE TRIOMPHANTE

Dans les personnages de la Faculté des Lettres^ se cache toute une doctrine et le cultisine y est atteint de plus d'un trait. Isla décrit d'une touche fine le Bon Goût, qu'il nomme bien la saveur du savoir, et cette délicatesse exprimée par un nom intraduisible, el gustillo, qui est, dans les choses littéraires, une sorte d'arrière-goût exquis : il donne « le sel et l'assaisonnement aux plats du talent et de la raison. » Il est vrai que tout délicat qu'il est, le gustillo reste espagnol, puisqu'il porte sur un plateau, près du sucre et du sel, le piment et autres hautes épices.

De telles fêtes ne pouvaient être mieux couronnées que par une course de taureaux, course à mort, parée et masquée, où Dulcinée du Toboso, en costume de veuve, luttait à côté de don Quichotte et de Sancho Panza. Pour employer les termes de la cancion real qui termine la relation, ce spectacle « dans la coupe terrifiante de l'alarme, versa le plaisir à tous les assistants. »

En cette même année 17'27, Isla, sans quitter Salaman(|uo, passa du rang des étudiants ù celui des maitre». 11 fut nommé professeur d'Écriture .sainte, peutêtre comme auxiliaire ou suppléant de Lossada.

Je trouve ce renseignement dans une autre relation de fête, dont la platitude el l'afTcctation contrastent étrangement avec la .huncssc triomphante.

En novembre 1727, le collège de Murcie cèk'bra i)ar une grande joûlc poétique cette même canori' 'li-'i! des deux jeunes saints Jésuites.

Parmi les pièces présentées au coucours, flgurc

une poésie en octaves, signée du P. de Isla : elle ne fut point couronnée, et quoiqu'elle soit réellement détestable, elle ne vaut pas moins que celles qui obtinrent des prix (1).

Il existe une autre petite pièce d'Isla, composée au même temps et dont voici l'histoire. Poésie et anecdote sont inédites, et nous font pénétrer dans la vie intime des couvents de Salamanque.

Les fêtes magnifiques de la Jeunesse triomphante n'avaient pu manquer d'exciter de bien excusables rivalités d'école. Piqués au jeu, les Thomistes de Salamanque, c'est-à-dire les Dominicains du couvent de San Esteban et leurs partisans, organisèrent de grandes solennités en l'honneur de saint Thomas d'Aquin; il y eut donc processions, sermons, feux d'arliflce, etc. ; mais, ajoute le Jésuite dont j'analyse la note manuscrite, les prédicateurs, pas plus que les fusées, ne firent rien qui vaille (2),

Les décimas d'Isla sont une joyeuse boutade faite pour divertir ses confrères dans l'intimité. Ce jour-là, dans le jardin du Collège royal, à l'heure de la récréation, on dut rire de bon cœur aux dépens des voisins et de leurs sermons. Plusieurs de ces dizains sont jolis, et ils ont le mérite d'être, trente ans à l'avance, un prélude significatif de l'histoire du fameux Prédicateur. Ainsi se trouve confirmée la tradition recueillie

' (1) Jusia poética cclebrada en el insigne colegio de la Cjinpafiia de Jésus de esta M. N. L. y Fidelissiuia ciadad de Murcia, por D. Antonio de Rueda Marin. Murcia, 1727, in-S". — Voir f" 9i. (2) Voir cette note et la pièce d'Isla à l'appendice.

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