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lait jusqu'à midi et demi ; après le diuer et la .sies/e, il sortait dans la campagne. Au retour, il trouvait encore moyen d'étudier plusieurs heures, et souvent, après le souper, il prolongeait sa veille assez avant dans la nuit.
Parfois sa promenade était plus longue, et il emportait son fusil dans la montagne. C'était son meilleur remède contre l'humeur noire et les autres infirmités qui le tourmentaient déjà.
« Quand cette dame (la mélancolie) vient me rendre visite, ècrit-il à sa sœur (et elle le fait plus souvent que je ne voudrais;, je ne puis que la supporter jusqu'à ce qu'elle prenne congé, et en attendant, me rendre insupportable à tous ceuv qui me voient. Pourtant cette semaine, j'ai pris mes mesures pour la faire déloger : j'ai été deux jours à la montagne et j'en ai rapporté mes treize lièvres, que nous sommes encore en train de manger en compagnie du Père Vice-Provincial (1). »
Peu après son arrivée à Villagarcia, le P. de Isla fut attristé par la chute inattendue de son grarid marquis^ comme il l'appelle. La disgrâce d'Ensenada fut une victoire, non seulement du parti anglais et portugais sur l'inJUience française, mais aussi des ennoiiiis cachés de la Compagnie de Jésus.
Ensenada fut remplacé par l'Irlandais Richard Wall, ami de Pumbal, adversaire acharné do la France et des Jésuites. Grâce au ministre portugais et à l'ambassa-
(t) C«itu, a lu hermana, carU 50.
deur anglais Keene, on réussit encore à éloigner de la cour le confesseur du roi, le P. Râvago, qui fut accusé d'avoir trempé dans la rébellion des Indiens. Ainsi se préparaient des événements qu'on était encore loin de prévoir.
A partir de 1755, nous pouvons suivre, pour ainsi dire jour par jour, la vie du P. de Isla, à l'aidf^ de sa correspondance régulière avec sa famille. Dofia Maria Francisca de Isla, âgée de 19 ans, venait d'épouser à Santiago de Compostelle, don Nicolas de Avala, nommé, grâce aux amis influents d'Isla, Trésorier des Rentes Générales et des Tabacs de la province de Galice (1).
Par cbaque courrier, c'est-à-dire au moins une fois par semaine, Isla écrit à chacun des deux époux. Jusqu'à la fin de sa vie, ce sera là « sa plus douce occupation. » Ces lettres, jointes à celles qu'il adresse à ses amis (2), à ses supérieurs et à ses collègues, ne sont pas seulement la plus précieuse source de sa biographie : elles sont encore, après Fray Gerundio, son meilleur titre littéraire.
On y trouve fréquemment autant d'esprit et une langue aussi pittoresque que dans le roman, souvent plus de goût, de naturel et de variété. Isla dans ce genre, au dire des critiques espagnols, est un modèle.
On me permettra de voir là une preuve de plus de
(1) Lettre inédite ù Médina, 10 septembre 1754. {Brit. Mus., Eg. 574, fo 63.;
(2) L'édition Monlau (B.A.E., t. XY), la plus complète, contient 503 lettres d'Isla. Voir la notice sur ses lettres inédites, infra.
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ce caractère et de cet esprit français, que j'ai signalé dans notre écrivain. Ce que nous accordent sans conteste les étrangers qui nous jugent le plus sévèrement (la remarque est de Sainte-Beuve) c'est « l'esprit de conversation et de société, l'entente du monde et des hommes, l'intelligence vive et déliée des convenances et des ridicules, l'ingénieuse délicatesse des sentiments, la grâce, le piquant, la politesse achevée du langage (1). »
C'est le don de la causerie et aussi celui de la lettre. Ce dernier, nul en Espagne ne l'avait possédé depuis sainte Térèse. Là en effet, comme en France, c'est une femme qui reste sans rivale dans cet art délicat. Mais autour de Sévigné, nous avons, nous, jusqu'à "Voltaire, toute une pléiade charmante d'épistoliers sans le savoir; en Espagne, l'emphase et les pointes gâtaient tout, si hien qu'un seul nom est demeuré célèbre, celui d'Antonio Perez : on sait à quel titre.
Quelqu'un ayant interrogé notre écrivain au sujet des fameuses lettres d'Antonio, il répond avec un dédain significatif: « Les épilres d'Antonio Ferez sont fort applaudies des esprits obscurs et mystérieux; le mieu ue l'est point, aussi do m'ont-elles jamais plu Ci). »
Puisque j'ai nommé Voltaire, remarquons que sa longue vie coïncida presque exactement avec celle du P. de Isla, et si nous avions toutes les lettres de celuici, sa correspondance ne lu céderait peut-être guère en
(1) Saiiitr-llruTc : Portraits tU femmet — Sévigaé. (i\ Carl.i». — Avarx'ii, r.itt.i<it\.
étendue à celle de Voltaire. Je constate ces dates et ce rapprochement tout extérieur entre deux esprits dont l'un s'était consacré par état à défendre tout ce que l'autre travaillait à ébranler; mais, pour rester sur le terrain de la prose épistolaire, celui où Voltaire est peut-être le plus inimitable, il fallait noter qu'Isla fut comme lui, en ce genre, l'écrivain le plus accompli de sa patrie et de son temps.
Du vivant d'Isla, ses amis recueillaient ses lettres en vue d'une publication future. Il l'apprit par hasard, et il écrivit aussitôt tout effrayé : « J'ai vu le discours sur... Mais attention, je ne regarde nullement comme un gain pour moi la visible, l'excessive, l'aveugle passion avec laquelle vous lisez mes lettres là-bas, ni l'opinion extravagante que cette même passion vous en fait concevoir, ni la pensée beaucoup plus extravagante encore de les rassembler pour le cas où le temps, dites-vous, pourrait leur faire la justice de les imprimer. Je me rends bien compte que ce n'a été là qu'un mot jeté au hasard dans la conversation, sans que votre amitié échauffée laissât à votre entendement et à votre bon goût le temps de la réflexion. Si je croyais autre chose, je vivrais dans une inquiétude continuelle, et d'ores et déjà je prendrais congé de votre correspondance ; car en vérité mon plus grand ennemi ne pourrait me vouloir plus de mal. Imprimer des lettres écrites sans soin, au grand galop, sans la moindre érudition, la plupart intimes, presque toutes confidentielles, et toutes très légères ! Imprimer des lettres d'un style enjoué, pleines d'allusions plaisantes, "de