‹ Les prêcheurs burlesques en Espagne au 18 sìecle; étude sur le P. IslaChapitre 29 sur 103 · ISLA SOUS FERDINAND VI · texte numérisé non relu

ISLA SOUS FERDINAND VI

Telle était la sœur du P. de Isla. Elle tint dans son cœur et dans sa vie une trop grande place pour que ces détails fussent inopportuns. Le mari de doua Francisca, don Nicolas de Ayala, nous est moins connu; mais l'estime et l'amitié que notre écrivain lui témoigne font son meilleur éloge. Une des lettres d'Isla, écrite au moment de la mort de son beaufrére, nous montre celui-ci « fidèle à Dieu, exemplaire aux yeux du monde, aimé de tous, imité de bien peu (1\ n

La plus grande joie fut refusée à cette famille : Dona Maria Francisca n'eut pas d'enfants.

C'est au printemps de 1755 qu'elle vit pour la première fois son frère. Celui-ci n'était point revenu à Santiago depuis l'époque où il l'avait tenue sur les fonts du baptême, vingt ans plus tôt. Ce second voyage d'Isla fut exigé à la fois par les affaires de sa famille et par sa santé. — Il passa le mois do septembre au château de Goyanes, « chez madame de Goyaues, SM'ur do la comtesse d'Ainaraiite, pour prendre les eaux de Melon. » Il ne rentra à Villagarcia qu'à la (în de l'automne {"i).

Dans lo courant de 1750, il fut invité à aller prêcher le carême suivant à l'hôpital général de Saragosse. C'était, en fait de prédication, l'œuvre la plus célèbre

(1} J'ai trouvé uDc leUrc auto/Kraphe de Nicolaa de Ayain H*i P. de Ula. i rit. Mu*., V^. 574. f" 2tU. — Kllc «M datro dr 2i aoAt fiOS. Crut une recnmmatidation en faveur d'ua a . dan* uDo querr-llc, avait tué »oii lirutniant.

(2^ Lrttrc* iiK-ditct \ M<-diii/i. VilKigarcia, 23 lots* 1735. — Santiago 24 mai. — Oojraaci, i» MptciuLre.

de toute l'Espagne, mais aussi la plus pénible, car il fallait parler tous les jours, sans rémission. Il essaya d'objecter sa sanlé délabrée, mais il fallut obéir.

« Me voilà engagé, écrit-il à sa sœur, à prêcher à l'hospice des fous de Saragosse. Beaucoup seront allés en un tel lieu qui le méritaient moins que moi. Mais à coup sûr, j'en suis moins digne que ceux qui m'ont invité. Jusqu'à l'incroyable bévue qu'ils viennent de faire, ils avaient toujours choisi les plus renommés orateurs de toute l'Espagne... Mais comme, grâce à Dieu, il y a nombre d'années que je ne me nourris point d'air, je céderais cette gloire avec le plus grand plaisir à qui la voudrait. «

Le succès fut merveilleux et, au dire de l'orateur, exorbitant. Les Aragonais voulaient à tout prix garder Isla dans leur ville ; pour leur échapper, il dut partir de nuit et aller, dès la première étape, coucher à plusieurs lieues de Saragosse.

Les instances des plus hauts personnages de la cour ne purent décider l'orateur en quittant Saragosse à passer par Madrid. Il eut des motifs pour soupçonner qu'on désirait sa venue aQn de prendre certaines mesures de gouvernement relatives au royaume d'Aragon ; et « il eût été, ajoute-t-il, souverainement inconvenant qu'on put attribuer ces mesures à mon influence ou à mes informations. « C'était là comprendre la délicate indépendance du ministère apostolique.

Il craignait aussi avec fondement qu'une fois à Madrid on n'usât de tous les prétextes pour l'y retenir, ce qu'il haïssait « plus que la mort. »

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