‹ Les prêcheurs burlesques en Espagne au 18 sìecle; étude sur le P. IslaChapitre 33 sur 103 · LES SERMOÎÏS DD FUTUR AUTEUR DE FRAY GERUNDIO · texte numérisé non relu

LES SERMOÎÏS DD FUTUR AUTEUR DE FRAY GERUNDIO

la clarté limpide, l'allure aisée et populaire, l'esprit surtout, la fiuesse d'observation morale et les portraits piquants.

« Plusieurs, dit-il, seront condamnés pour avoir trop bien vu, chez les autres s'entend, des défauts et des intentions souvent imaginaires ; sortes de presbytes spirituels, lynx envers leurs pareils et taupes envers soi {topos ù, lo cerca y linces à lo largo). Tels ces chanoines, qui de leurs stalles au chœur voient fort bien les bévues du célébrant à l'autel ou les ridicules des chantres, et s'en moquent avec leurs voisins, mais qui ne voient pas l'irrévérence qui se commet dans leur propre stalle. Tels ces cavaliers qui, de leurs fenêtres, examinent tout ce qui passe dans la maison voisine, et s'occupent à peine de ce qui se passe chez eux. Sur ce point, si nous en venions à la délicate, mais toujours respectable catégorie des dames (sefioras mugeres), que n'aurions-nous pas à dire ? Mais je m'arrête, car je deviens à charge. »

Un véritable souci de l' instruction et de la conversion fait jaillir d'utiles leçons et des exhortations éloquentes de prémisses «jui paraissiiient seulement ingénieuses. La dogmatique est détestable et le sera longtemps ; la morale est bonne et deviendra excellente.

Ce premier sermon est intéressant à un autre titre : c'est le seul dont nous ayons une seconde rédaction, préchfo juste dix ans plus lard à Santiago, en 1738. Bien qu'écrite, cx)mmo lu première, au courant do la plume, et jamais corrigée, elle marque un progrès

immense. Le sermon, plus plein, est cependant plus court : les textes mal entendus, les difficultés en l'air, les jeux de mots, les tigres et leurs miroirs, et le chapeau du roi d'Espagne, tout ce bagage a disparu, et c'est à peine si un goût sévère trouverait à reprendre quelques lignes trop scolastiques.

Pensée, logique, style, tout s'est affermi. Les applications morales sont plus autorisées et plus pratiques; une mise en scène animée met en dialogue l'examen de conscience des deux catégories de l'auditoire, hommes et femmes : on sent que la maturité des trente-cinq ans, l'expérience des âmes et la lecture de Bourdaloue ont passé par là.

Où se déploient le mieux les qualités maîtresses de la prédication du P. de Isla, c'est dans les deux carêmes successifs prêches à Santiago en 1736 et 1737, et répétés plus tard à Ségovie. Chaque sermon est composé, selon l'usage, de deux discours prononcés bout à bout et qui n'ont rien de commun. Le premier est la doC' trina, l'explication familière et pratique du catéchisme; l'autre est une exhortation morale d'un ton plus haut et plus véhément. Or, c'est aux doctrines que je veux arrêter un instant le lecteur. Dans ces huit instructions, l'orateur a poursuivi un même sujet, à la fois très nécessaire et très délicat, le septième commandement de Dieu. C'est un véritable traité moral de la justice, sous la forme attrayante d'une revue de toutes les professions exercées dans la société. Quiconque a étudié la chaire du moyen-âge retrouve là les véritables sermones ad status, avec les menus et pittoresques détails de la

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