LES SERMONS DD FDTCR AUTEUR DE FRAY GERU^DIO
dimes que les curés, et plus de tributs et de gabelles que le roi ; car le curé ne prend qu'un sur dix et eux prennent sur chaque unité. Le roi n'impose pas toutes les denrées ; eux mettent leur gabelle sur tout, vrais fermiers des alcabalas du diable. »
De tous les détails du ménage, Isla n'omet rien, pas même la viande qui se perd, parce que la servante a négligé de la saler ou de la mettre au frais, et qui doit être prise » ou sur son salaire en cette vie, ou dans sa peau en l'autre » ; pas même les lavandières, qui comptent en savon « ce qu'elles ont dépensé en coups de battoir, et qui savent le maudit secret d'amincir le linge fort ». Il n'oublie ni « les larrons de temps, les valets dormeurs, ni les servantes « qui font de la fontaine publique salon et boudoir, y convoquant leurs bonnes amies et parfois leurs bons amis, et qui, tout à leur aise, remplissent d'eau leurs jarres, et leurs oreilles de médisances, de contes méchants, d'inutilités et de malpropretés, semblables à la Samaritaine de l'Évangile en tout, excei)tù en la conversion (1)».
A celte troupe de voleurs appartiennent aussi les étudiants qui dépensent leur pension ^ tout autre chose qu';\ acheter des livres.
Quand vient le chapitre des maîtres, le ton change
ol rev<H par in.^tants un accent d'indignation éloquente.
^'•"^i, parlant des fnjrtlcurs qui font signer par sur-
■ à des malheureux un engagement à un travail
trop peu rétribué : « Consolez-vous, pauvres gens
t\) Il faut mrttrr rn nnt» et UUsrr nn ptpjifrnol ri« innt à l'aHr*»***
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{pobrecitos) ; consolez-vous: ces billets, qui prouvent contre vous devant les tribunaux de la terre, seront les meilleurs titres que vous pourrez présenter pour soutenir vos justes revendications au tribunal du ciel. «
Mais cette première battue n'avait fait lever que du menu gibier. Nous arrivons aux grosses pièces : voici le tour des commerçants et des usuriers.
L'orateur dévoile toutes les ruses du métier : les fausses mesures, l'obscurité calculée de la boutique qui permet de mêler la terre au tabac, l'eau au vin, le cacao de Caracas à celui des Indes ; — ^ les calomnies répandues contre les confrères; l'embauchage des naïfs paysans galiciens qui passent par la ville à l'époque de la moisson, et qu'on adresse à de méchantes auberges où ils paient cher tous les rebuts. — Il détruit par un joli conte l'excuse des marchands qui trompent leurs clients sous prétexte qu'ils ont été trompés eux-mêmes : « Une bande de voleurs entra un jour chez un homme riche et lui prit tout ce qu'il avait. Lui, se voyant dépouillé de tout, dit avec un grand flegme aux voleurs : Mes seigneurs, puisque Vos Grâces ne m'ont point laissé de quoi manger, et qu'il faut pourtant vivre, enseignez-moi le métier, et admettez-moi dans la confrérie. Aussitôt fait que dit, il s'en fut avec eux. A quelques jours de là, on les prit tous, et on les condamna à la potence. Le pauvre larron novice se désolait, et disait au juge : Seigneur, si j'ai volé, c'est que ceux-ci m'ont volé tout le premier. — Eh bien, mon fils, répondit le magistrat, moi aussi, si je te pends, c'est que je les pends eux-mêmes les premiers. »