‹ Les prêcheurs burlesques en Espagne au 18 sìecle; étude sur le P. IslaChapitre 36 sur 103 · LES SERMONS DD FUTUR AUTEUR DE FRAY GERUNDIO · texte numérisé non relu

LES SERMONS DD FUTUR AUTEUR DE FRAY GERUNDIO

L'usure est flagellée avec une énergie et une sévérité que les pauvres gens devaient bénir. Rien n'est plus mordant que le début de la troisième instruction :

a Et qu'allons-nous faire de toutes les troupes de voleurs que nous avons prises depuis deux semaines ? — Eh mais, faire leur procès, instruire leur cause et les chitier comme ils le méritent. — A merveille. Et qui va instruire leur cause et faire leur procès, et prononcer leur sentence ? — Bonne demande ! Les magistrats députés par l'État, les notaires, les procureurs, les rapporteurs, les avocats, les juges. — Tout doux! Y aura-t-il à Santiago, que dis-je, h Santiago? y aura-t-il dans le monde entier assez de magistrats capables d'informer et de siéger dans le procès de tant de voleurs? Pour que vous vous rendiez bien compte de cette question, vous devez tous savoir, comme le savent les gens instruits, que par une très juste disposition des lois, on n'admet personne ni comme témoin, ni comme notaire, ni comme juge, ni à un litre ((uelcouque dans sa propre cause. »

La science juridique du V. de Isla lui avait acquis en ces matières une compétence reconnue; aussi les détails t('clini(]ues, l'abondance des autorités spéciales, sans nuire à l'enjouement du style, donnent à ce discours un cachet à part, et nous valent de curieux portraits de juges, de procureurs, d'huissiers et d'alguazils.

Le dimanche suivant, les médecins trouvèrent leur maître comme les gens de loi. Isla se défend d'abord

malignement de n'avoir, comme on le prétendait, laissé personne sans blessure. « Jésus ! s'écrie-t-il, eh! quelle fausse accusation ! Ai-je par hasard dit un mot de ceux-ci, et de ceux-là, et de ces autres encore? »

Après avoir ainsi, en passant, mis la main sur une foule de petits voleurs oubliés, il s'arrête sur les médecins avec une complaisance mal dissimulée. Les souvenirs du docteur Carmona et les lettres de Juan de la Encina étaient encore de fraîche date. Les praticiens qui voudraient faire un examen de conscience complet, en trouveraient la matière dans ce sermon ; car, avant d'en venir aux péchés qu'ils commettent contre la justice, le prédicateur passe rapidement en revue tous les points délicats. Je ne l'imite pas, faute d'avoir la naïveté de son auditoire et de sa langue.

Même détail pour les pharmaciens, dont il décrit les quiproquos volontaires et coûteux à leurs clients. On croit lire, par instants, le mémoire de M. Fleurant, avec de très curieuses variantes.

La satire laïque vient ici à l'appui des plaintes de la chaire. On peut rapprocher des sermons d'Isla sur les médecins et les apothicaires certaines pages des Songes et Visions du docteur Diego de Torres Villaroel (1).

Je ne puis poursuivre cette analyse ; mais on le comprend, une telle prédication garde et nous rend l'empreinte exacte de son auditoire. Isla excelle à rajeunir, en quelque sorte, l'Évangile, pour les besoins spéciaux de chaque peuple.

(1) Sueûos morales, parte 1", sueào 7; parte 2», visita i'; — Barcade Acjueronte, juicio 1».

Page 1