LES SERMONS DU FOTDR AUTEUR DE FRAY GERUNDIO Î
un peu diffus, mais entraînant, et dont la simplicité attendrissante n'est point dépourvue de grandeur. Ces pages ne sont pas rares. Il faudrait indiquer dans le même genre l'exhortation adressée au peuple de Saint- Sébastien devant le cadavre d'un raalhoureux assassin qu'Isla venait d'assister dans son supplice, et qui était mort dans les plus beaux sentiments de repentir; ou, dans un ton moins lugubre, le sermon patriotique en l'honneur de Notre-Dame de Covadonga, la protectrice de Pelage et de sa troupe héroïque, l'habitante mystérieuse de cette grotte des monts asturiens, « qui avait menacé d'être le tombeau de l'Espagne, mais qui fut le sein maternel où elle trouva une nouvelle vie. »
Dans un discours sur les œuvres de miséricorde, le cœur de notre orateur trouve en faveur des pauvres abandonnes des accents dignes de Thomas de Villeneuve et de Vincent de Paul.
Mais impossible de noter tous les aperçus dont chacun nous révèle comme un nouveau côté do cette âme si riche, de ce lalent si varié. Ainsi, rien de plus curieux que certaine instruction sur le carême où Galien, Hippocrate, l'école de Salerne et les médecins modernes Louis Lémery et Pierre liecquet sont invoqués pour montrer que le jeûne et l'abstinence sont favorables à la santé, voire même à la fraîcheur du leint et à la beauté du visage.
Le jour de la fête de l'Ascension, l'orateur ne s'aviset il pas do nous faire monter avec Jésus-Christ de la terre au ci(?l, en nous docrivanl, d'après le système de Ptoiéméc, toutes les sphères et toutes les régions que
nous traversons? Au milieu de cette météorologie et de cette astronomie antiques circule un souffle de poésie étrange, et ce hardi voyage éveille presque, par instants, l'idéale impression d'un chant de Dante, ou de certains épisodes de la Messiade.
Sans doute, il faut choisir beaucoup dans l'œuvre d'Isla. Sur une centaine de sermons, quinze au moins sont franchement mauvais ; le double environ est excellent ; et, dans le reste, qui est fort mêlé, le bien l'emporte souvent sur le mal. Mais il est peu de discours où quelques traits inattendus ne fassent pardonner bien des fautes. M. Menendez Pelayo venait donc de tomber sans doute sur les plus malheureux endroits, lorsque, louant la doctrine oratoire de Fray Gerundio, il la déclare beaucoup meilleure que les exemples que le P. de Isla a voulu donner « dans ses insignifiants sermons (1) ».
J'hésite à m'inscrire en faux contre une telle autorité, mais il me semble qu'à des lecteurs français l'insignifiance paraîtra précisément le caractère le plus éloigné des sermons d'Isla, et des plus détestables comme des meilleurs. Hervàs y Panduro, témoin authentique et contemporain, a peut-être apprécié le talent oratoire d'Isla. « Il fut prédicateur, écrit-il, dans plusieurs maisons de son Ordre, et principalement dans celle de Valladolid. C'est là que, grâce à la maturité de l'âge, il corrigea certaines vivacités, certains
(1) Historia de las ideas esléticas, tomo III, p. 416. M. Vicente la Fuente [Historia de las Universidades en Espafia, tomo III, p. 378) dit, avec plus de mesure et de vérité, que le P. de Isla ne sut pas toujours éviter dans ses sermons ce qu'il raillait dans ceux des autres.