ORIGINES ET APPARITION DE « PRAY GERUNDIO
à rinlentioQ et renoncer à voir traduire eu espagnol, comme il le demandait, le sermon burlesque de la Madeleine ou l'oraison funèbre de Michel Morin. On me permettra à ce propos une petite digression bibliographique. Les curieux connaissent le « sermon prononcé par le R. P. Esprit de Tinchebray, capucin, dans l'église des Dames religieuses de Haute-Bruyère, le 2'2juillet 1094, fête desainte Madeleine. » Cette facétie, assez inconvenante, qui fit partie de la littérature de colportage 1), a été attribuée par quelques-uns à Fléchier, en raison sans doute du prénom de l'auteur supposé. M. Chassant, par les soins de qui le texte du Sicut luigueiituui a été réimprimé ('2), admet cette attribution, dont le peu de vraisemblance a été montre par un éditeur postérieur du fameux sermon (3 .
Il est intéressant de noter que M. Chassant appuie son opinion sur un article de ïl'^sprit des journaux (mai 177G). Or, cet article, extrait de V Espagne litté' raire de Nie. Hricaire, se trouve n'être autre chose qu'un comj)te rendu du premier volume de Fr.-jy (îernndio, elle passage allègue reproduit textuellement le prologue du 1'. de Isla, qui lui-même, en cet endroit, citait seulement l'opuscule dont nous parlons ici : La Sabidurin y lu Locuva. Il se rencontre donc que c'est l'autorité du F. I*anel «ju'invoque, sans le savoir, M. Chassant, pour attribuer à Fléchier le Sicul un- (juenlum.
(() et. Cil. .NiMnl, lltttoire de* titres populaires, t. I, p. 323.
{2) Pari*, Ollriiilurff, IH6H.
(3) Ci«a. Lebluic-IUrdcl, UM, Uré k 123 eiemplurc*.
Isla, d'ailleurs, dans une des apologies qu'il adresse à l'Inquisiteur Général, se couvre de l'exemple de ce même sermon de la Madeleine, qu'il croit, lui aussi, de Fléchier (1).
Quant à « l'oraison funèbre de Michel Morin, bedeau du lieu et village de Beauséjour en Picardie, décédé le !«'' mai 1731 », Ch. Nisard (2) attribue cette pièce, non moins célèbre que le Sicut unguentum, à l'avocat Grosley, le joyeux fondateur de l'Académie de Troyes. On peut voir, dans le même ouvrage, à quel riche ensemble de compositions semblables se" rattachent ces facéties, qui n'étaient point inspirées, comme le croit naïvement l'auteur de Fray Gerundio, par un zèle aussi pur que le sien.
Quoi qu'il en soit, l'opuscule du P. Panel, analysé et vanté par le Journal encyclopédique et par le Journal étranger, ne fut pas absolument sans influence. Isla constate lui-même que, toute pauvre qu'elle est, cette tentative a produit quelques « conversions « parmi les prédicateurs; « que sera-ce, ajoute-t-il, quand va paraître le grand remède ? (3) »
L'exemple du P. Panel n'était pas non plus un fait entièrement isolé. Lui-même fait allusion aux sermons burlesques du curé de Cumbr es- Allas, composés récemment, dit-il, par un homme zélé; et il ajoute, avec raison :
(1) Expediente sobre la olra de Fray Gerundio, fol. 5S-60. Re?puesta del aiitor de Fray Gerundio, à los reparos que se han puesto al primer tomo, Rcparo 5».
(2) Histoire des livres populaires, 1. 1.
(3) Lettre inéd, à Médina, 23 oct. 1737.
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« Si le goût s'iulrodait de ridiculiser, non les prédicateurs, mais leurs sermons, ou verra bientôt une réforme générale dans nos chaires '{). »
Malgré tout, il ne nous déplaît pas, à nous, de voir un Français prendre les devants, non sans mérite ni sans esprit, dans une œuvre dont le P. de Isla g.irdera très justement toute la gloire, et en tout cas il importait de constater avec soin ces préludes significatifs de Fray Gerundio, et combien l'opinion était mùro pour son apparition et pour son triomphe.
Vers le milieu du mois de janvier 1758, l'impression du premier volume était achevée. Les supérieurs d'Isla avaient, selon l'usage, fait examiner son manuscrit dans la province. Le principal reviseur avait été le P. Fr.-X. Idiaquez, recteur de Villagarcia, protecteur décidé du livre, et sans l'influence duquel, écrit Isla, « jamais l'Ordre ne penneltrail qu'il fiU publié, sous un nom soit véritable, soit supposé. »
Tous les censeurs avaient été d'avis que l'ouvrage méritait d'être imprimé, sauf quelques corrections auxquelles l'auteur s'était soumis sans mot dire. Il avait profité aussi des remarques et des critiques du triumvirat de Madrid, tout en les soumettant au contrôle do ses deux meilleurs amis do Villagarcia, le P. Idiaquez, son sufiérieur, et le P. José Pctisco, dont il estimait « inflnitnont le goût et la sagesse. »
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Cependant, par surcroît de précautions, le Provincial avait envoyé toutes les pièces à Rome, et il avait attendu pour faire cet envoi que la revision du second volume fût terminée. Cette mesure, qu'Isla ignorait, créa au dernier moment un malentendu.
Tout était prêt pour l'apparilion de la première partie, et l'on attendait de Rome le dernier imprimatur, qui n'était d'ailleurs, écrit l'auteur, nullement douteux. Isla eût voulu profiter de ce délai pour publier en même temps les deux volumes. Mais les amis de Madrid, qui semblent avoir retardé à dessein (peut-être par prudence) l'impression du second, étaient impatients de lancer le premier, et obéissaient mal sur ce point aux injonctions de l'auteur.
Aiguisée par les bruits contradictoires qui couraient sur cet ouvrage mystérieux, la curiosité du public était extrême. Enfin, le 22 ou le 23 février, des ordres venus « du plus baut ministère (1) «, coupèrent court à tout, et, chez le libraire Gabriel Ramirez, dans la rued'Atocha, en face du couvent des Trinitaires chaussés, de ce couvent où avait vécu, où était mort entouré de gloire, le premier et le plus célèbre des prédicateurs gérondiens, Paravicino, parut le premier volume de Fray Gerundio de Campazas.
Laissons l'auteur nous raconter lui-même les détails de cette mémorable journée :
« Lorsque j'y pensais le moins, écrit-il le 3 mars, malgré moi et en dépit des instances réitérées que
(i) « Del mas alto ministerio. »