XII INTRODUCTION
chez nos voisins les grandes traditions de l'éloquence sacrée; c'est de leur doctrine qu'Isla est nourri; c'est leur exemple qu'il oppose aux successeurs dégénérés de Louis de Grenade et de Thomas de Villeneuve. Ce spectacle, on peut l'espérer, n'est point pour rebuter des lecteurs français.
La carrière d'Isla fut longue et agitée. Au milieu d'une existence laborieuse de prédicateur, de professeur, d'écrivain, il se trouva tout à coup jeté, d'abord dans les polémiques' violentes suscitées par son roman, puis dans les épreuves qui atteignirent son Ordre tout entier. En racontant ces événements, au lieu d'insister sur les faits généraux auxquels fut mêlé mon héros, j'ai cru devoir invoquer le plus possible les documents importants et pour la plupart inédits, laissés par Isla sur cette période de sa vie.
Les touchantes affeclions ne manquèrent point à cette vie. Isla eut une sœur, plus jeune que lui de trente ans, née d'une autre mère, et qu'il aima d'une tendresse presque paternelle. Sa correspondance avec cette confidente de ses pensées nous livre son cœur tout entier, et c'est surtout par le cœur, disait une relation italienne contemporaine de sa mort, que cet homme d'esprit fut grand.
Quant aux œuvres, nombreuses et diverses, qui précédèrent ou qui suivirent Fray Gerundio, je les fais
IMRODDCTIOX XHI
connaître, à leur date, dans la première partie de ce travail, en racontant la vie de l'auteur.
On aurait pu sans doute consacrer à chacun de ces ouvrages secondaires une étude spéciale, et détacher cette élude de la biographie proprement dite. A y regarder de près, je n'ai pas cru devoir pousser la méthode d'analyse jusque-là. Il convenait d'abord de laisser à Frny Gerundio, dans cet essai, la place, entièrement hors de pair, qu'il occupe au milieu des autres écrits d'Isla. De ceux-ci, les plus importants sont les sermons et les lettres. Or, l'œuvre du prédicateur demandait à être rapprochée de l'œuvre du critique et du réformateur de la chaire ; quant à la correspondance, elle se mêle à tout, et c'est presque dans tous les chapitres qu'il fallait donner au lecteur l'occasion de l'apprécier.
De nombreux volumes d'Isla sont remplis par des traductions, des ouvrages de piété ou de polémique religieuse, qui ne pouvaient nous arrêter longtemps. Restent, en fait de productions originales et vraiment littéraires, de courtes satires, œuvres légères, fugitives, qu'on ne saurait isoler des circonstances qui les inspirèrent, et qui sont même, durant une longue période, les seuls événements de la vie de leur auteur. La bruyante restitution de Gil lilai à l'Espagne, qu'Isla datait, octogénaire, du fond de son exil de lio-