‹ Les prêcheurs burlesques en Espagne au 18 sìecle; étude sur le P. IslaChapitre 51 sur 103 · LE ROMAN DANS « FRAY GERLNDIO · texte numérisé non relu

LE ROMAN DANS « FRAY GERLNDIO

les ouvrages qu'il a lus. Rencontrant le Gerundio sur son chemin, et enchanté d'ailleurs de trouver à médire des moines, il s'est arrêté à l'œuvre d'isla avec une complaisance marquée et en a fort bien indiqué le caractère :

« Le jésuite, dit-il, qui osait se moquer si hardiment de la prédication des moines, et qui ne craignait pas d'exciter le .^candale en plaisantant sur les choses saintes, était au reste un homme très religieux et qui parait môme scrupuleux et sévère dans sa doctrine. Toutes les sciences qui se lient i la prédication sont traitées épisodiquement dans son livre : il fait paraître à plusieurs reprises des supérieurs de Gerundio » qui lui donnent les conseils les plus sages et les plus religit.'ux; on trouve dans l'ouvrage" quelques traits contre la philosophie qui commençait à élre à la mode en France et en Angleterre; il ne combat pas seulement l'irréligion, mais l'abandon des anciens systèmes; il tourne en ridicule la nouvelle physique ; il veut remettre en honneur l'élude de la théologie scolaslique; enfin il se montre bien vivement, bien sincèrement attaché h son église (ij. »

Ce serait donc une très grave méprise que de chercher dans l'intention d'isla la moindre trace de l'esprit qui anime les innombrables satires anti-monastiques antérieures au (tcruudio. ('est avec la plus sincère conviction que, religieux lui-même, il proleste dans sou Prologue de sou absolue vénération, de son atta-

(I) SUinoudi : liulotrt (les UU^. du Mtdi 'te l Europe , t. n. p. MO.

chement pour tous les Ordres religieux. Sur ce point, il ne procède en aucune façon des anciens romans picaresques où les moines sont parfois mis en scène d'une façon fort peu orthodoxe. Les prêcheurs d'isla n'ont rien à voir avec le marchand d'indulgences de Lazarille. Eu cette matière, il ne faut pas songer davantage à rapprocher Isla de Quevedo, encore moins d'Érasme, en dépit des analogies extérieures qui rattachent Fray Gerundio à V Éloge de la Folie. Lui-même invoque bien l'exemple et le nom d'Érasme, mais c'est en couvrant « ce vaurien », cet ennemi des moines, « en meilleur renom chez les humanistes que chez les théologiens )),des anathèmes qu'il mérite (1) ; c'est avec cette assurance absolue que son ouvrage à lui est précisément tout l'opposé de ce modèle suspect. En un mot, il est persuadé qu'il a fait une œuvre sainte et méritoire ; peu s'en faut qu'il ne croie avoir écrit un livre d'édification : cette conviction est si profonde qu'étant tombé gravement malade durant le procès de son roman, et ayant reçu les derniers sacrements, il déclara ensuite qu'à cette heure suprême, parmi les nombreuses fautes de sa vie qu'il repassait dans sa mémoire, l'unique bonne œuvre qu'il y trouvât, l'unique source de sa confiance après la miséricorde de Dieu, c'était d'avoir écrit Fray Gerundio (2).

L'audace d'isla est donc faite en bonne partie, si l'on veut, de naïveté, mais sa naïveté vient de sa droiture. Son âme franche ne saurait admettre nulle tran-

(1) Prôlogo, B. A. E., t. XV, p. 61.

(2) Cartas, d varias, carta 100.

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