LE ROMAN DANS " IRAY GERUNDIO
jeter que quelques regards superficiels, milveillauts et souvent trompés : c'était le moude des couvents et des gens d église.
11 se trouva qu'au moment où allaient se transformer ou disparaître en bonne partie toutes les choses qui faisaient l'Espagne d'autrefois, un homme appartenant à ce monde réservé y arrêta, sans nulle pensée frondeuse, son regard curieux et malin. Sa robe le mettait en situation de tout voir, la droiture naïve de son intention et sa verve saliri(|ue le mettaient en passe, non seulement de tout dire, mais de tout charger. Il le fît à dessein, et crayonna, sans songer à mal, la caricature d'une partie du tableau qu'il avait sous les yeux. C'est ainsi qu'lsla nous laissa, noyé dans la longue satire lilleraire a laquelle il sert de cadre et de lien, ce qu'on peut appeler « le dernier des romans picaresques (1). »Nous avions les picaros des grandes villes et ceux des grands chemins, ceux de l'ermitage suspect et de la taverne, du théAtre ambulant et du palais : nous aurons ceux du cloitre el de la chaire. Fray Ulas et Fruy (ierundio, qui vont [larcourant !a /lerra du Cauijxts en quête de succès oratoires peu enviables, de sermons bien payés ol de joyeux dinors, prennent place, avec les réserves que je n'ai plus besoin d'expliquer, à cr'iié de Guzman d'Al-
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farache et du gran Ta.ca.ho ; ainsi se ferme celte galerie si originale et si nationale que, par une singulière destinée, un livre français, Gil Blas, complète et résume à sa manière.
CHAPITItE XIV
LA CIUTIUI E DANS - Vl{\\ GKiUNDIO . : l.E PRÉDICATEUK KT SON AUDITOIRE
Étendue et portée de la ?.itire liltt-rairc dans Fray (ierundio. — l.'f'duration ilu pn^ilirat'-nr : rhétorique et poésie, Artij^as et Heiiffifo-
— Kr.iy Tonbio, professeur de philosophie. — Décadence de la ficola^tiiiuc ; |>oli'-iiii(iiic av(>c l'- Harhadtnho s.igc atlituile d'IsU. — Pourquoi Fray Gcrundio est-il moine? — Et de quel Or Irc ? — L'auditoire : gr»t»ièr<;t<'- du goût populaire. — i a cour, action person- Ufllc de Philippe V pour la réforme. — L'école française de prédication .• Oallo, Bocanegm, etc. — Excès ; protestations d'isia : don Carlos Vafrancetailo. — Idéal oratoire d'isia : H >urdaloue ou Vicira ?
— L'éloquence drs mis<ionnaircs :1e P. Pedro de Calalayud. — Audituirc-s espagnols d'aujourd'hui.
Le bien fondé de l;i satire est sans contredit le point le plus inalta(|uablc du roman d'Isla. Parmi les nombreux dénonciateurs de Fray Gerundio^ c'est ;\ peine si uû seul essaie de mettre en doute, non pas l'existence, mais l'excès et la généralité des abus ; et encore le fait-il a'Jsez gauchement pour montrer qu'il les excuse elles approuve, au moins en partie (1).
(t) Er/jr./iVn/*' tfJ,re la ohtn tir Fray Grrundio, fol. U Déoonciatlon de Fray CnstulMl .Ximruri.
Tous les autres applaudissent au but d'Isla et proclament la justesse de ses plaintes : ils contestent seulement l'opportunité des moyens qu'il emploie.
Isla d'ailleurs s'offrait, pour peu qu'on l'y provoquât, à faire la preuve de ses dires; à publier en un volume, avec noms propres et dates, des extraits d'innombrables sermons, tous prêches par des religieux depuis le commencement du siècle dans la péninsule espagnole. Les intéressés ne furent point curieux de ces pièces justificatives (1).
Il s'agit de suppléer à ce déficit, d'exposer à l'aide des textes les théories et la pratique de ces étranges orateurs contemporains de Massillon, et, en regard, les principes de bon sens et de bon goût que notre auteur leur oppose sous les formes variées de la satire; en un mot, de mettre sous les yeux du lecteur le tableau de cette prédication que nous pouvons bien appeler du nom qu'Isla lui a infligé et qu'elle garde dans l'histoire comme dans le vocabulaire espagnol, le gérondianisme.
Les traits qui composent ce tableau semblent se grouper assez naturellement en deux chapitres : il faut faire connaître d'abord le prédicateur et son auditoire ; puis analyser les divers éléments d'un sermon gérondien.
Je crains ici un double écueil. Les moins heureuses époques de l'éloquence sacrée parmi nous ofl'rent encore à l'historien de sûrs éléments d'intérêt. A défaut
(1) B. A. E,, t. XV, p. 338.
LA CIllTIQUE : LE PhEDlCATEUl; ET LAODITOIRE 803
(le grands modèles, ou de circonstances historiques spécialement attachantes, à défaut d'éloquence ou même d'esprit, il peut être certain de rencontrer, dans les auteurs qu'il exhume, des qualités qui n'abandonnent jamais entièrement la race : la clarté, la mesure, et, ce qui est la base de tout, le bon sens.
Or, c'est précisément cette base qui manque le plus dans les œuvres que je dois maintenant étudier. L'élrangeté des choses ne sera-t-elle pas capable de déconcerter parfois ép:tlfni.Mif ).« <.iw lif.Tiire et le sens chrétien?
J'espère néanmoins que si ce tableau étonne quelque peu les délicats, il n'aura pas le temps de les ennuyer; et à ceux qui, scandalises de certains exemples, se demanderaient ce que devenait, dans cette incroyable déchéance de la parole sacrée, la foi et la relii^ion espagnoles, je rappellerais, en citant tout le moyen âge que les plus étonnants écarts de goût sont compatibles avec l'orthodoxie et la piété [)opulaires.
« Cette barbarie do la chaire espagnole, écrit M. Hart/enbuscli en réjjondant précisément h cette objection, puuvait être une pierre de scandale pour les ennemis de ri*]glis«^, et un sujet de tristesse pour les lideles éclairés; mais le grain do la bonne doctrine, quoique bien rare et mêlé de beaucoup d'ivraie, ne tombait pas en terre stérile (1 .
L'explication historique do {<• i.in .-^fuiDir <■( h.hijm i au critique : elle sera développée à la fin du présent
(l) Ditrurto en ta rtrrycion dr h. AnI . h'- ^-/ Uio tn la Academia
ripatiola, Ih:.3, p. 43,
chapitre, quand nous définirons les limites dans lesquelles s'étendait la contagion du gérondianisme.
Le religieux augastin, Manuel de Pinillos, prieur du couvent de San Phclipe el Real de Madrid, en dénonçant Fray Gerundio à l'Inquisition, formulait, entre autres reproches ; le suivant : Des cinq parties dont se compose le livre, il y en a une à peine qui aille au but prétendu de l'auteur, de détruire les abus de la prédication. Les quatre autres ne sont qu'un mélange d'historiettes ridicules et impertinentes. Que viennent faire le maître d'école boiteux de Villaornate, et le Ddr)iine Zancas-Largas el le naïf maître des novices, et l'extravagant professeur de philosophie de Fray Gerundio, et ces longues digressions sur toutes les sciences sacrées et profanes? Il est évident que l'auteur n'a voulu par là que décréditer les Ordres religieux dans l'opinion publique (1).
Nous avons eu la bonne fortune de rencontrer au British Muséum une apologie inédite, écrite par Isla lui-même, et qui réfute, une à une, les accusations du P. Manuel de Pinillos. Sa réponse sur ce point est excellente et des plus précieuses, parce qu'elle nous livre le secret de son plan et nous découvre quelle intention sérieuse cachaient ses bouffonneries.
Il analyse lui-même son œuvre, en montrant que ces longueurs et ces digressions apparentes vont droit au but, car « tous les abus de la prédication viennent de l'éducation w et il fallait montrer les vices de Fen-
(I) Ëxpediente sobre Fray Gerundio, ms f" 114-1^4.
LA CKITIULE : LE PhÉDICATEUR ET L'aLUITOIRE 305
seignement à tous les degrés pour mettre à nu la racine du mal (1).
Celte larg-eur de vues augmente la porlée et l'intérêt de la satire d'Isla. Il ne prend point son sujet par les petits côlés. La décadence de la chaire n'est pas à ses yeux une question de forme ou de menus détails. Il va droit aux sources. La formation du prédicateur pèche par la base : il la décrira tout entière, telle qu'elle a lieu, pour montrer comment il ne faut pas faire. L'enseignement réservé du cloilre, pas plus que l'école de village, ne trouveront gr«lce à ses yeux. Il poursuivra le mauvais goût et la routine depuis l'alphabet jusqu'au sommet de la théologie. Les écrivains, les poètes, les trop faciles approbateurs de méchants ouvrages, les régents de collège et les docteurs scolasliques s'entendront dire leur fait non moins que les prédicateurs. La mode nai.^sante et dangereuse du français à outrance ne sera pas épargnée ; les défauts les plus intimes deTesprit public seront visés, un peu à l'étourdie, avec justesse et audace. Comme il le dit lui-même, outre son sujet principal, Isla louche en se jouant une foule de points .secondaires : il attaque «« de nombreuses extravagances engentlrees par un mauvais usage, et encouragées par une tolérance pire encore : les abus introduits dans les processions, les confréries, les images saintes, certains habillements des dévoles el cent autres matières de grande importance (2). »
(I) htifMietla a lut in$ rrparot. Hril. .Mut., tni. £'7. <!>'. f* 37 et •uiv. ~ H«paro •rguodo, rctpuctUi, f* 37 v*. 2; Lil». V». r.ip. ir. u« 35.
Ainsi, des digressions en apparence inopportunes, souvent mal rattachées au récit, ont un sérieux intérêt historique et doctrinal, et mériteront d'arrêter notre attention. On verra que, reflétant à sa manière le dixhuitième siècle espagnol, avec sa physionomie indécise et troublée, sa décadence profonde et ses tentatives de renaissance, Fray Gerundio travaille à dégager de ce chaos la doctrine qui pouvait le rendre fécond, le respect des traditions et le progrès courageux vers les réformes.
Au reste, cette voie du progrès, Isla en déblaie les abords plutôt qu'il ne la trace elle-même d'une main assurée. Il signale et flagelle les défauts, ce qui est beaucoup, mais il est incapable de dessiner un idéal net et complet. Homme d'esprit et de goût, il n'apas l'intuition souveraine du génie. Parfois même son imagination mobile, son patriotisme impressionnable, son érudition plus étendue que profonde, les exagérations amusantes de son style sembleront le faire osciller entre deux extrêmes, plutôt que s'en tenir fermement au droit chemin, et donneront à ses jugements quelque chose d'indécis. Pour lui. Corneille sera le plus grand de tous les poètes dramatiques, mais il traitera le très médiocre Montiano y Luyando de Sophocle espagnol (1) ; il veut guérir les prédicateurs de son pays de l'amour des subtilités et des pointes, et il leur propose, quoique avec précaution, Vieira comme modèle (2) ;
(1) Prôlogo con morion, n" 28. — Afiocristiano, toin. II, 1753, Prôlogo del <iue traduce, n» 21.
(2; Lib. II, cap. x, n» 13 et suiv.
LA CRlTlyUF. : LE PRÉDICATEIR KT L'AL'DITOIRK 307
il disiribuera tour à tour à ses compatriotes des éloges et des blâmes inconciliables et quelque peu conlradictoireSil). Sa doctrine oratoire, sage et puisée aux sources classiques, n'aura rien de très personnel ni même toujours d'assez arrêté. Il faudra parfois se demander s'il ne so grise pas un peu lui-même de ses c/ia?*gex entraînantes, et pourquoi appoint l'hyperbole méridionale entre dans sa critique, à côté de l'austère histoire. Heureusement les sources seront là pour nous aider.
Ces sources, Isla les trouvait tout autour de lui, dans la littérature contemporaine. Tous les livres qu'il a lus, espagnols, latins et français, seront mis à contribution; tous les sermons burlesques, toutes les pièces curieuses que Lossada et lui ont collectionnées ou que ses amis lui envoient de tous les points de l'Espagne, trouveront leur place dans le cadre facile de son roman, et le rempliront de citations et d'allusions malignes, dont beaucoup aujourd'hui nous échappent ou nous intéressent peu.
L'important est de tirer de là le tableau de la prédication gérondienne, autour du(iuel, dans la pensée de l'auteur, tout le rest(; se groupe. C'est ce que nous allons essayer de faire.
Donc Gerundio enfant a l'esprit très vif et très ouvert ; il apprend en moins de rien tout ce qu'on lui enseigne. M Mais son mauvais sort lui départ toujours les raailres les plus extravagants et les plus fous, qui,
(I) l.ili. V. cap. Mil. Il* 12.
dans toutes les branches de l'enseignement, ne lui apprennent que des sottises, et lui donnent, dès son enfance, un goût passionné et inguérissable pour tout ce qu'il y a au monde de ridicule, d'impertinent et de saugrenu. Il n'y eut jamais moyen de le tirer de là (1). »
Fray Gerundio est bien ici la personnification de son époque. Une nouvelle preuve en est cet aveu confidentiel d'Isla, exprimé presque dans les mêmes termes : « Notre nation a toujours eu, .elle a encore une grande abondance de talents, et capables de s'égaler, dans tous les genres, aux plus fameux de l'Europe ; ce qui fait défaut, c'est le bon goût, parce qu'il nous manque l'application et une saine culture (2). ))
C'était là aussi une des idées familières de Feijôo, qui redisait de ses compatriotes : « Optimo ingenio infeliciter discunt. »
Le maître d'école de Fray Gerundio épuise sa science à lui enseigner tout au long la leçon de prononciation que M. Jourdain reçoit de son professeur de philosophie. Le viagister espagnol l'a trouvée dans une mauvaise traduction du Bourgeois Ge7itilhom7ne, et l'a prise fort au sérieux. Avec cela, une orthographe fantastique, qui écrit comme on prononce, et qui distribue aux mots des minuscules ou des majuscules suivant
(1) Fray Ger., lib. I, cap. vi, n° 1.
(2) Cartas à varios 133. — « Ce u'est pas qu'il ne se rencontre dans ce Roïaume de très bous esprits, mais ils manquent de maîtres et de guides. » Mayans y Siscar, cité par les Mémoires de Trévoux, juin 1734, p. 1119.
LA CRITIQUE : LE PRÉDICATEDR ET LAUDITOIRE 3(>9
la taille des objets quils signifient ; une réforme non moins étrange de la langue, bouleversant le genre des noms, et bannissant, comme les Précieuses ridicules, certaines syllabes grossières : tel est le bagage que Gerundio rapporte de l'école. Rentré chez lui, l'enfant enseigne à son tour à ses parents et amis la leçon des voyelles, et la leur fait répéter en a.^signant à chacun le son qu'il doit émetlre : celui-ci a, celui-là e, un autre o, etc. Tous se mettent à crier à la fois d'une façon si efTrayante que tout le village s'assemble. Le curé, (|ui joue son rôle dans celte scène bouffonne, tombe en extase devant la science de Gerundio et déclare qu'il sera un jour évêque.
Le maître de latin, le latinissiuie dominé Zancas- Largas, est un type plus extravagant encore.
0 Parmi tout le fatras d'auteurs que ce terrible homme avait lus, il n'aimait que les plus empliatiques et les plus inintelligibles. Il préférait la pompeuse affectation d'Ammien et de Pline le Jeune à la simple majesté de (Jicéron ; lobscurilé et la dureté de Valére Maxime à la douce élégance de TilcLive ; le désordre <le Slace h la sublime et sage élévation do Virgile. Pour lui, Martial était fade auprès de Catulle, et toutes les grAces inimitables d'Horace na valaient pas la moindre saillie do Plaute. Le style coupé de Sônéque le ravissait; mais, ce dont ilraiïol.iit, c'était la cadence, les échos, le cliquetis continuel du style de Cassiodore. D'ailleurs, il ne l'avait jamais lu que dans les approbations des livres, dont il ét^iit insatiable, persuadé qu'il on trouverait bien peu qui ne fussent éniaillôes
de ces précieux morceaux ; car une approbation sans Cassiodore, c'est comme un sermon sans saint Augustin ou une olla sans jambon (1). »
Comme exemple du latin qu'enseignent le domine Zancas-Largas ou le fameux Taranilla, son rival, Isla cite une curieuse dédidace en style macaronique, qu'il a copiée (il le dit d'ailleurs) dans le Menngiana (2). Pour prouver que l'auteur du Gerundio est resté ici dans la vraisemblance, il suffit de rappeler une autre dédicace citée par D. Vicente la Fuente (b), et copiée dans un livre imprimé à Saragosse en 1644 ; ce latin ne le cède en rien à celui du maître de Gerundio (4).
(1) F7-ay Ger , lib. 1, cap. v, vi et vu. -— « Le latiu, écrit Torres dan? ses Songes (primera parte, visita 4*, las librerias y libros nuevos) sera dans peu d'années plus rare que le grec... Pour la rhétorique, on n'en parle pa-, parce qu'il n'y a plus que l'argent, dit-on, qui ait la puissance de persuader. Qumt au métier d'écrivain, de nos jours, il est plus facile même que celui de médecin. » Au j'eux de Torres, qui avait appris la médecine à Madrid en quinze jours, cette comparaison en disait plus que tout le reste.
(2; Fray Ger., lib. J, cap. ir, n° 2. — Menagiana, Aruhcm, 1754, tom. m, p. 79. « Hactenusme intra vurgam animi litescentis inipitum tua herctudo instar mihi luminis... » etc. Ce n'est pas d'ailleurs le seul emprunt qu'Isla ait fait aux anas. (Cf. lib. V, cap. iv, n° 20.)
{'3)Hist. de las Universidades en Espana,t. III, cap. lxvii, p. 377.
(4) Dcdicatoria al Sr. Arzobispo Cebrian : « Effractis repagulis (Illustri>s. Praesul) referam synthomata, ncxus haud infitiari crépitât concxasfibr is, laxataque pcrorare supercilia, bcnivolum corribari factitat assertorem ; vereor enim ne anxia pn^'cipitet absque obseqiiii gaza mens errabunda nuda colhurno, focio cxuborauli... » (Vie. la Fuente 1. 1.) — Voici un autre exemple, moins extraordinaire, mais emprunté au jésuite Diego de Baeza, dont le P. de Isla nou^ présentera les ouvrages comme l'une des sources où Fray Blas et Fray Gerundio vont puiser leurs sermons : « Florentissimo adolescenti dom. Ant. Fimentel et Quinones... Ivit per avitas tibi stylus noster curules, cateuatas stcmmatis tui coronas, perpetesque gloriarum volatus non siluit ; et quamvis posset triumphalibus adoreis familife tufe defatigari, non adeo explicandis antiquorum radiis infirmaretur. . . etc. {R. P. Didaci de
LA CRITigiE : LE PRÉDICATEL'R LT L'AUDITOIRE 311
J'imagine qu'un tel maître devait faire étudiera ses élèves une Rhétorique en vers, que l'on réimprima plusieurs fois durant la première moitié de ce siècle. C'est un « cpitome d'éloquence espagnole ou art de discourir et de parler avec finesse et élégance sur toute espèce de sujets; de haranguer, prêcher, argumenter, converser, composer des messages, des lettres, des billets, etc. (1 >. »
Les censeurs du livre, deux théologiens des plus graves, appellent l'auteur l'Hercule de l'éloquence espagnole, le Jupiter dont le cerveau a enfanté une nouvelle Pallas.
Ce Jupiter, qui l•^L un pKiio.sfur du mathématujurs nommé Francisco de Artigas, s'inspire, dit-il, de liamon Lull. « A elle seule, écrit M. Francisco Fernandcz y Conzalo/, Fon (puvre montre à nu le terrible et déchirant spectacle de l'abimc où étaient tombées les lettres espagnoles (2). »
Dn avait fait du chemin depuis dracian; par un progrès fatal, du jeu d'esprit on était descendu au pur
ÎUtcza,. (.'omnié'ntana alUf/onea rt moraliadr Chritto figurato in Veteri Trslamrntu. i.iiUt. i'ariH. WIA, iti*fuL) (I) Eptt'Mn^ df ta eloeumria etpaAola, arte df discurrir y habtar eon
n'/it'lr:ii y rlrrjfiwui. . «'.un j)ii»olo itoti rmuci-tco Jo«cph Artigan, oliui Arlp.l.i. lui 111/ .11. . m 1.1 I ii'i <|«» la Vcncedora ciiidail ilc lliicsca. profp«or «le iii.-iti iii.'ilira-> y |(i r<>|i|or de la l'iilriTniiJail. Quaria iiiipri*«ion. Madrid. Viiida •!•• AI|)ljon»o Vindi-l, nn. — Otlo <jualriî:iiic idilioii reproduit !<•« appr<d>.itioii« de nllc de M'I', qin- Tirkiior (tomo IV, p 32) croit A Inrt la piriuii-rc, rt qui ii'int que Li •ecoiide, au tt^iuui- ^Mint,'-' fonit'l dc« revincuni. Voir l« flu do l'apprubatiou du 1*. Currcil'T 1, ; -ui!«*.
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AcAdrmia. Ma<tiid, intil. inx*. rap. i, p. H.
jeu de mots. La vulgaire et matérielle équivoque était devenue l'âme du style, et la pensée même avait disparu. Artigasest le théoricien attitré de l'école des equivoquistas : le calembour est érigé en loi suprême du style. Dans ce manuel, un panégyrique du martyr saint Laurent (toujours en vers) roule tout entier sur le laurier de Laurent, et les points du sermon sont : les quatre éléments du monde et les quatre saisons de l'année.
Après la rhétorique, la poésie : le maître de Gerundio la met tout entière dans un bruit de mots sonores, dans l'art des vers figuratifs ou en échos, dans la divine science de l'équivoque, et surtout de l'anagramme, qu'il appelle la pierre de touche des esprits délicats (1).
On ne croirait jamais, en effet, combien cette fureur d'une versification saus idée régnait en Espagne, si l'on ne voyait, par exemple, les dernières éditions de Varie poetica espahola de Rengifo, où le métier de poète est transformé en un invraisemblable jeu de patience (2).
Telle est l'éducation littéraire de Gerundio. L'auteur
(1) Fray Ger., b. I, cap. ix.
(2) Rengifo : Arte poetica espaûola. Barcelona, Maria Marti, in-8», s. d. (1726). Voir en particulier la Vandera déJiée au comte d'Aspeitia, p. 183, et le Labyrinthe cubique, en l'honneur de saint Thomas d'Aquiu, p. 184. — Ce serait une grave erreur que de mettre ces sottises au compte du jésuite Diego Garcia Rengifo, a iteur du premier Arte poetica, publié en 1392 sous le nom de son frère, Juan Diaz Rengifo. Les additions extravagantes, qui ont plus que doublé le volume, datent du commencement du dix-huitième siècle et sont l'œuvre du Barcelonais José Vicens. Torres dit aussi des poètes de sou temps : « Ils s'endorment avec Rengifo dans les mains. » (Visiones, 1» parte, vis. 11«).