LA CRITIQUE : LE PRÉDICATEUR ET L'AIIDITOIRE
point eux-mêmes; l'austère sim[)licité de leur parole était la plus éloquente condamnation de l'intérêt, de la vanité, de la légfrelé des autres. Aussi, Fray Gerundio et Fray Blasn'oiit-ils [las assez de mépris et de colères pour ces sermons « qui ne parlent que de la mort et du jugement, et pour ces Théatins qui ne prêchent que le crucifix en main et l'enfer ouvert devant eux(l). »
A ses compatriotes, l'auteur du Gerundio n'avait pas besoin (rexpli(juer longuement la distinction que nous venons d'établir. Faute de l'avoir bien présente, un lecteur français courrait le risque de généraliser beaucou[) trop le triste tableau tracé par Isla de la prédication espagnole au dix-huitième siècle.
En gênerai, les sermons moraux, (jui se rapiiiochaieiiL davantage du ton des missionnaires, étaient moins mauvais que les discours d'éloge et d'apparat, l'armi les sermons d'isla lui-même, on trouve souvent côte ù c«'»te deux discours prêches à quelques jours seulement d'intervalle : l'un est un panégyrique détestable et digne de figurer dans le Gerundio : l'autre est une de ces instructions morales .solides, vigoureuses, éloquentes, qui remuaient profondément, nous lu savons, les chrétiennes populations de Ségovie ou de Compostell-
Pour se faire un<> idée vraie d uu auditoire espagnol,
(I) Le peuple rapcirool donna loii^truipii «ui Ji'suUe* l** uoin do ni^nUn». 'i r.i'i • de rotlumr ralrr c«'i di*iii Ordre»
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il faut avoir vu de près ces scènes émouvantes qui, de nos jours encore, font revivre, de l'autre côté des Pyrénées, les spectacles des âges de foi.
Le lecteur me pardonnera un souvenir personnel. C'était durant la semaine sainte de 1881, dans un village delà Haute-Manche, dont le nom est célèbre dans l'histoire d'Espagne, à Uclès. Des successeurs d'Isla et de Calatayud prêchaient la mission, à laquelle accouraient des foules nombreuses. Déjà bien des cœurs avaient été changés, bien des triomphes obtenus sur le vice. Un soir, après une plus longue préparation de prières et de larmes, dans la vaste église du vieux monastère, toute remplie de peuple, le missionnaire monta en chaire. Il s'agissait de remporter une victoire malaisée et décisive : c'était le sermon du pardon.
Dans les cœurs virils des Castillans, les haines sont profondes et tenaces; le sang n'est pas rare entre les familles.
L'apôtre parla longtemps, et de l'abondance d'un cœur plein de Dieu ; il rappela la parole du Seigneur : « Pardonnez et il vous sera pardonné. » Il montra le grand Juge inexorable au dernier jour pour les vindicatifs ; surtout il fit valoir l'exemple de Celui qui, offensé et méprisé par sa créature, est descendu en terre pour sauver son orgueilleux ennemi ; qui a tendu sa joue aux soufflets, qui est mort en priant pour ses bourreaux. . .
On sentait remuer les âmes sous cette forte et simple parole, et l'auditoire était déjà vivement ému, quand