‹ Les prêcheurs burlesques en Espagne au 18 sìecle; étude sur le P. IslaChapitre 70 sur 103 · CONDAMNATION ET RKSOLTATS DE « FRAY GBRU^DIO · texte numérisé non relu

CONDAMNATION ET RKSOLTATS DE « FRAY GBRU^DIO

l'abbé de Isla laissa inédits, mais il n'est pas croyable qu'ils aient péri. Ils durent lui être enlevés lors de l'expulsion d'Espayno, comme me le furent mes propres manuscrits (1). »

Ce témoignage pourrait paraitre concluant, si nous n'avions celui d'Isla lui-mjme. Ses lettres inédites à D. Miguel de Mcdiiia nous expliquent tout le détail de cette affaire, où, sans nul dessein préconçu, Isla se laissa mener [»ar les circonstances. Son esprit mobile son imagination grossissante et aussi la bonhomie aimable de son caractère apparaissent bien dans cet éjiisode ; c'est l'écrivain eu deshabillé. Au début, dans le feu de la composition, après avoir écrit de verve sa première partie, il annonçait qu'il avait encore « de quoi remplir cent autres volumes », et il ne se rendait pas aisément sur ce point aux prévisions plus sages do ses amis de Madrid :

« Il est impossible d'achever l'ouvrage en deux parties, et il faudra se limiter beaucoup [lour le réduire à trois. L'imagination échauffée comme je l'ai, j'écrirais vingt ans de suite sur ce sujet-là (2). »

« Le second volume est [)lus d'à moitié fait, et mon Fraylccito n'est encore qu'au début de sa carrière. J'espère que l'o ivrage n'ennuiera pas, bien que les volumes se multiplient. Laisser de côte les épisodes, c'est dommage ; les insérer et faire marcher rapidement le récit, c'est impossible. Observez que, les deux premiers volumes publiés, ou même seulement le pro-

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mier, le torrent derépidémie subira aussitôt un arrêt ; . . . or, une fois le mal endigué ou diminué, le remède ne sera plus aussi urgent, et nous pourrons aller d'un pas plus tranquille (i). «

Mais le 18 septembre, ayant reçu de ses amis de Madrid des observations bien motivées, il écrit:

« Je confesse que les raisons du P. Cano pour que l'ouvrage ne dépasse pas deux volumes, sont à mes yeux d'un grand poids, et... je tâcherais de m'en tenir là, si c'était possible. Au point où nous en sommes, il n'y a pas moyen : il faudrait refondre tout le second volume... Mais après tout, le remède est facile: une fois les deux volumes publiés, si nous voyons que l'ouvrage ennuie, qui nous empêchera de le planter là ? La plus grande partie de l'antidote contre le poison qui infecte la chaire se trouvera déjà versée au malade dans les deux premiers volumes; et si cette dose ne réussit pas à le guérir, mille quintaux de contre-poison (a^exzfârmaco) n'y suffiraient pas. C'est donc le goût du public qui nous guidera pour savoir s'il faut arrêter ou continuer l'ouvrage (1). »

Ainsi, embarrassé par la nature même de son livre, par l'abondance des matériaux et l'élasticité excessive de son plan, Isla ne savait plus comment finir. Ce fut le P. Idiaquez, son supérieur et son ami, qui vint à son secours.

« Je vous annonce, écrit-il à Médina vers le milieu de novembre, que dans le courant de cette semaine la

(1) Lettre incd. ù Médina, 27 août 1737.

(2) Lettre inêd. à Médina, 18 sept. 1757.

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