SCÈNE IX
canons^).— l^h bien, Mesdames, que dites-vous de Paris ?
Magdelon. — Hélas ! qu'eu pourrious-nous dire ? Il faudi'oit être l'antipode de la raison, pour ne pas confesser que Paris est le grand bureaii des^ 5^, merveilles, le centre du bon goût, du bel esprit et de la galanterie.
Mascariile. — Pour moi, je tiens qiia-^^ors de Paris, il n'y a point de salut poiU' les honnêtes gens.
Cathos. — C'est une vérité incontestable. ^<^
Mascariile.— Il y fait un peu crotté ; mais nous avons la chaise.
Magdelon. — Il est vrai que la chaise est un retranchement merveilleux contre les insultes de la boue et du mauvais temps. ^S
Mascariile. — Yous recevez beaucoup de visites : quel bel esiorit est des vôtres ?
corne, dont les dents soient fort éloignées l'une de l'autre, et de peigner doucement vos cheveux, soit qu'ils soient naturels ou empruntés . . . Pour faire l'habUe, vous nommerez ordinairement tous les savants de Paris, et direz qu'ils sont de votre connoissance, et qu'ils ne font point d'ouvrage qu'ils ne vous le communiquent, pour avoir votre approbation . . . Pour montrer le crédit que vous avez parmi les gens d'esprit, il faut toujours avoir ses pochettes pleines de sonnets, épigrammes, madrigaux, élégies et autres vers, soit qu'ils soient satiriques ou sur un sujet d'amour. Par ce moyen vous entretiendrez les compagnies aux dépens d'autrui, lorsque vous n'aurez pas de quoi payer de vous-même.'
1 Les canons étaient une pièce d'étoffe, ornée de dentelles, qu'on attachait au-dessous du genou ; la mode était alors de les avoir très longs, et durait encore deux ans après la représentation des Précieuses; dans l'École des maris (scène 1) Sganarelle rendait très bien l'effet des canons en les assimilant à des volants renversés : . . . Ces grands canons, où, comme des entraves, On met tous les matins ses deux jambes esclaves, Et par qui nous voyons ces Messieurs les galants Marcher écarquillés ainsi que des volants. Cette mode en 1659 était déjà ancienne.
Magdeion. — Hélas ! nous ne sommes pas encore coninies ; mais nous sommes en passe de l'être, et nous avons une amie iDarticulière qui nous a promis d'amener ici tous ces Messieurs du Recueil des S pièces choisies.^
Cathos. — Et certains autres qu'on nous a nommés
- aussi pour être les arbitres souA'erains des belles choses.
Mascariile. — C'est moi ciui ferai votre affaii^e mieux
lo que personne : ils me rendent tous visite ; et je puis dire que je ne me lève jamais sans une demidouzaine de beaux esprits.
Magdeion.— Eli ! mon Dieu, nous vous serons obligées de la dernière obligation, si vous nous faites
15 cette amitié ; car enfin il faut avoir la connoissance de tous ces Messieurs-là, si l'on veut être du beau monde. Ce sont eux qui donnent le branle à la réputation dans Paris, et vous savez qu'il y en a tel dont il ne faut que la seule fréquentation
20 pour vous donner bruit de connoisseuse, quand il n'y auroit rien autre chose que cela. Mais pour moi, ce que je considère particulièrement, c'est que, par le moyen de ces visites sjnrituelles, on est instruite de cent choses qu'il faut savoir de
25 nécessité, et qui sont de l'essence d'un bel esprit. Ou apprend par là chaque jour les^ petites nou-
\ Telles^ galantes, les jolis commerces de prose et de
1 Molière, par ces mots de pièces choisies fait probablement allusion au recueil intitulé ' Poésies choisies de MM. Corneille, Benserade, de Scudéry, Boisrobert . . ., et de plusieurs autres.' Les pièces dont il se compose sont signées en général de noms chers à l'hôtel de Rambouillet, parmi lesquels revient le plus souvent celui de l'abbé Cotin.