SCÈNE IX
travaille à mettre en madrigaux toute l'histoire
romaine»!- — -
Magdeion. — Ail ! certes, cela sera du dernier beau. J'en retiens un exemplaire au moins, si vous le faites imprimer. S
Mascarille. — Je vous en jjromets à chacune un, et des mieux reliés. Cela est au-dessous de ma condition ; mais je le fais seulement pour donner à gagner aux libraires qui me persécutent.
Magdeion. — Je m'imagine que le plaisir est grand lo de se voir imprimé.
Mascarille. — Sans doute. Mais à propos, il faut que je vous die un impromptu que je fis hier chez une duchesse de mes amies que je fus visiter ; car je suis diablement fort sur les impromptus. 15
Cathos. — L'impromptu est justement la pierre de touche de l'esprit.
Mascarille. — Écoutez donc.
Magdeion. — Nous y sommes de toutes nos oreilles.
Mascarille. — •
Oh, oh ! je n'y %>^"enois pas garde : 20
Tandis que, sans songer à mal, je vous regarde,
Votre œil en ta2:>inois me dérobe mon cœur.
Au voleur, au voleur, au voleur, au voleur!
Cathos. — Ah ! mon Dieu ! voilà qui est poussé dans le dernier galant. 25
1 On a dit par erreur que ce trait de toute une histoire mise en madrigaux était à l'adresse de Benserade, qui mit en rondeaux les Métamorjjfioses d'Ovide. Cet ouvrage ne parut qu'en 1676. Benserade l'annonce à Bussy Rabutin dans une lettre du 22 juin 1671 et dans une autre du 2 septembre, même année. Les madrigaux étaient fort à la mode ; c'était même le talent particulier de quelques autres contemporains de Mascarille.
Mascariiie. — Tout ce que je fais a l'air cavalier ; cela ue sent point le pédant.
Magdelon. — Il en est éloigné de plus de deux mille lieues. 5 Mascariiie. — Avez -vous remarqué ce comiuencement : Oh, ohl Voilà qui est extraordinaire: oh, oh! Comme un homme qui s'avise tout d'un coup : oh, oh! La surprise : oh, oh!
Magdelon. — Oui, je trouve ce ôh, oh! admirable. lo Mascariiie. — Il semble que celâTué^soit rien.
Cathos. — Ah ! mon Dieu, que dites-vous ? Ce sont là de ces sortes de choses qui ne se peuvent payer.
Magdelon. — Sans doute ; et j'aimerois mieux avoir fait ce oli, oli ! qu'un poème épique. 15 Mascariiie. — Tudieu ! vous avez le goilt bon.
Magdelon. — Eh ! je ne l'ai pas tout à fait mauvais.
Mascariiie. — Mais n'admirez-vous pas aussi je n'y prenois pas garde î Je ny prenois pas garde, je ne m'apercevois pas de cela: façon de parler 20 naturelle : je n'y pre)iois j^cis garde. Tandis que sans songer à mal, tandis ciu'innocemmeut, sans malice, comme un pauvre mouton ; je vous regarde, c'est-à-dire, je m'amuse à vous considérer, je vous observe, je vous contemple ; Votre œil en 2$ tapinois. . . . Que vous semble de ce mot fctp^tois? n'est-il pas bien choisi ?
Cathos. — Tout à fait bien.
Mascariiie. — Tapinois, en cachette: il semble que ce soit un chat qui vienne de prendre une souris : 30 tapinois.
Magdelon. — Il ne se peut rien de mieux.
Mascariiie. — Me dérobe mon cœur, me l'emiîorte,