SCENE IX
me le ravit. A^t voleur, au voleur, au voleur, au voleur! Ne diriez-vous i^as que c'est un homme qui crie et court après un voleur pour le faire arrêter? Au voleur, au voleur, au voleur, au voleur !
Magdelon.— Il faut avouer que cela a un tour spirituel et galant.
Mascariiie. — Je veux vous dire l'air que j'ai fait dessus.
Cathos. — Vous avez appris la musique ? i
Mascariiie. — Moi ? Point du tout.
Cathos.— Et comment doue cela se peut-il ?
Mascariiie. — Les^^gensjle qualité savent tout sans avoir jainais rien appris. ^~ '
Magdelon. — Assurément, ma chère. i
Mascariiie. — Écoutez si vous trouverez l'air à votre goût. Hem, hem. La, la, la, la, la. La brutalité/ de la saison a furieusement outragé la délicatesse) de ma voix ; mais il n'importe, c'est à la cavalière.
(Il chante :)
Oh, oh! je ni) pre}iois 2oas. ... =
Cathos. — Ali ! que voilà un air qui est passionné ! Est-ce qu'on n'en meurt point ? ^
^ Cette expression, soiis forme interrogative, ne fait que reproduire, en l'exagérant, une des façons ridicules de parler qui étaient le plus à la mode au commencement du siècle. En parlant d'un fat, Régnier dit (Satire viii., vers 39 et 10) :
. . . Laissons-le discourir.
Dire cent et cent fois : Il en faudrait, mourir. Et Fœneste.'contant les moj-ens de pai-oîti-e, donnant un exemple des jolies phrases avec lesquelles on s'aborde dans la cour du Louvre, réserve ce mot pour le dernier: "Frère, que tu es brave {bien inia), épanoui comme une rose ! . . . Cette cruelle, cette rebelle (maîti'esse), rend-elle pas les armes à ce beau front, à cette moustache bien troussée? et puis cette belle grève (jambe) . . ., c'est pour en mourir !' ' (D'Aubigné, les Aventures du baron de Fœneste, livre i., chap. ii.)
Magdeion. — Il y a de la chromatique ^ là dedans.
Mascariiie. — Ne trouvez-vous pas la j^ensée bien
exprimée dans le cliant? Au voleur! ... Et
puis, comme si l'on crioit bien fort : au, au, au,
S au, au, au voleur! Et tout d'un coup, comme
une personne essoufflée : au voleur!
Magdelon. —C'est là savoir le fin des choses, le grand fin, le fin du fin. Tout est merveilleux, je vous assure ; je suis enthousiasmée de l'air et des lo paroles.
Cathos. — .le n'ai encore rien vu de cette force-là.
Mascariiie. —Tout ce que je fais me vient naturellement, c'est sans étude.
Magdelon. — La nature vous a traité en vraie mère 15 passionnée, et vous en êtes l'enfant gâté.
Mascariiie. — A quoi donc passez- vous le temps?
Cathos. — A rien du tout.
Magdelon. — Nous avons été jiisqu'ici dans un jevine effroyable de divertissements.
20 Mascariiie. — Je m'ofi^re à vous mener l'un de ces
jours à la comédie, si vous voulez; aussi bien on /^^''^ en doit jouer iine nouvelle que je serai bien aise que nous voyions ensemble.
1 Chromatique, adj. m. et f., et subst. Terme de musique, qui est composé dune suite de demi-tons. On dissertait beaucoup au dix-septième siècle sur le genre cliromatique ; les maîtres en donnaient des définitions plus ou moins sentimentales, et il est à croire que le mot était devenu un de ces termes à la mode que bien des personnes employaient sans en comprendre le sens. Suivant Rousseau: "Le genre chromatique est admirable pour exprimer la douleur et l'atHiction ; ses sons renforcés en montant arrachent 1 ame. Il n'est pas moins énergique en descendant ; on croit alors entendre de vrais gémissements." Chromatique, emploj'é substantivement pour le genre chromatique, est ?jiascMZ(« : Molière l'a fait ici féminin, en sous-entendant le mot mélodie^