‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 10 sur 155 · Le Grand Cyrus, t. VII, p · texte numérisé non relu

Le Grand Cyrus, t. VII, p

5. La Princesae de Paphiagonie. p. 120. — Anne-Marie-Louise d'Orléaks, duchesse de Montpensier (1(;;27-1693), connue sous le nom de Mademoiselle, la, Grande Mademoiselle, était fille de Gaston, duc d'Orléans, frère de Louis XIII. Elle est surtout connue par ses (•quipées durant la Fronde et sa passion contrariée pour Lauzun. Disgraciée par Louis XIV, elle s'était arrangé au palais du Luxembourg une existence tranquille, au milieu d'une petite cour lettrée, avec le poète bel esprit Segrais pour secrétaire de ses commandements. Très spirituelle, un peu fantasque, précieuse avec des poussées de libre humeur, elle s'amusait à écrire de très intéressants Mémoires, des Portraits, dont elle mit le genre à la mode, de petits romans allégoriques, la Relation de l'Isle imaginaire, la Princesse de

C'est entre 1610 et 1617 que l'hôtel de Rambouillet fut ainsi disposé et distribué, et les commencements de la céièbre société qui s'y réunissait peuvent être placés vers 1617 ou 1618.

Dans sa première période, jusqu'en 1629 environ, cette société se composa d'abord de quelques grands seigneurs, le marquis du Vigean, le maréchal de Souvré, père d'une illustre Précieuse, la marquise de Sablé, le duc de la TremoïUe, Richelieu, alors évêque de Luçon, le cardinal de La Valette, et de quelques hommes de lettres, Malherbe, Racan, le prédicateur Cospeau, le poète Gombauld, Chapelain, Vaugelas, Godeau, le futur évêque de Vence, Marini, le fameux « cavalier iMarin ^ » ; un peu plus tard, Voiture, Balzac, Segrais. Parmi les dames, entourées d'égards et d'hommages, la belle Mlle Paulet, surnommée la Lionne, à cause de ses cheveux d'un « blond hardi '^ », la princesse de Montmorency, Mlle du Vigean, aimée du grand Condé ; enfin, les quatre filles de la marquise de Rambouillet, entre lesquelles brillait surtout l'aînée, Julie d'Angennes, plus tard Mme de Montausier.

Vers 1630, sous le ministère de Richelieu, l'hôtel de Rambouillet est dans tout son éclat. Aux premiers hôtes sont venus se joindre le grand Condé, qui s'appelait encore le duc d'Enghien, le marquis de la Salle, depuis duc de Montausier, Saint-Évremond , la Rochefoucauld; d'autre part, Sarrazin, Costar, Patru, Conrart, George de Scudéry, Mairet, Colletet, Ménage, Benserade, Cotin, Desmarets, Rotrou, Scarron, Pierre Corneille, etc. ; Bossuet, bien jeune encore, y fait apprécier son talent naissant de sermonnaire. Parmi les dames, Mlle de Bourbon, sœur du grand Condé, plus tard duchesse de Longueville; Mlle de Coligny, la présidente Aubry, Mlle de Scudéry, qui n'a encore rien publié.

Paphlagonie, où elle peignait son propre cercle et ceux de ses amies. Voy., à son sujet, Saintk-Beuve, Causeries du Lundi, t. III, et V, Cousin, Madame de Sablé, chap. ii.

1. Gianibattista Marini (1569-1625), appelé en France le cavalier (chevalier) Mainn, était un bel esprit et poète napolitain, que Marie de Médicis fit venir en France et qu'Henri IV y retint par une pension. Son plus célèbre ouvrage est l'Adonis (l'Adone), poème mythologique en 45,000 vers, d'un style gracieux et pittoresque, mais infecté de concetli, qui furent la principale cause de son immense succès.

2. L'expression, qui est restée, fut créée parles Précieuses, et peutêtre pour Mlle Paulet,

NOTICE HISTORIQUE \o

A partir de 1040, riiotel commence à décliner. Si îMinc de la Fayette et Mme de Sévigné viennent se joindre aux anciens Ilotes de la marquise, la vieillesse et la mort font de nombreux vides autour d'elle. En 1645, Julie d'Angennes épouse le duc de Montausier, qui l'emmène en province dans son gouvernement de Saintonge. Voiture, 1 ame des réunions, meurt en 1648; le marquis de Rambouillet, en 1653; l'aîné de ses fils est tué, en 1654, à Nordlingen. Lorsque la marquise elle-même mourut, en 1665, elle s'était renfermée depuis plusieurs années dans une retraite relative, où la visitaient seulement quelques amis de choix '.

Pour définir l'esprit qui régnait à l'hôtel de Rambouillet, le plus sûr moyerTëst ehcofé' de rechercher quel était celui de la femme distinguée qui y donnait le ton et en réglait le goûl, c'est-à-dire la marquise elle-même. Les divers témoignages des contemporains, contrôlés les uns par les autres-, s'accordent à vanter en elle beaucoup d'esprit naturel, enrichi par une culture très variée; aucune pédanterie, cependant; un goût très vif pour les littératures italienne et espagnole. Elle aimait aussi beaucoup les romans, VAstrée surtout, avec sa galanterie respectueuse et délicate, son élévation de sentiments. Ce qui lui manque, c'est le naturel et la simplicité ; les quelques lettres qu'on a d'elle sont ingénieuses, mais recherchées. Elle avait horreur de la grossièreté, mais elle poussait presque jusqu'à la pruderie la répugnance pour les mots vulgaires et bas. Elle était d'une politesse achevée; un peu trop complimenteuse, peut-être.

1. Nous avons essayé de marquer les différentes périodes de Thôtel de Rambouillet ; mais ces indications ne peuvent être qu'approximatives. Pour les dates et les noms propres, les deux plus sûrs historiens de la célèbre société sont Rœderer, Mémoire pour servir à l'Iiistoire de la société polie, chap. II à XI, et M. Ch.-L. Livet, Précieux et Précieuses, chap. I. Si le premier pèche par un excès de partialité pour le monde brillant dont il exalte les qualités et pallie les défauts, du moins s'efforce-t-il de bien marquer la différence des temps. V. Cousin a repris l'histoire de l'hôtel dans ses fameuses études sur la Société française au dix-sepiiéme siècle, la Jeunesse de Madame de Longueville, Madame de Sablé, etc. ; la lecture de ces livres est aussi intéressante qu'utile pour l'histoire de la société précieuse ; mais, plus encore que Rœderer, Cousin soutient une thèse que sa chaleureuse éloc[uence et son impérieuse conviction ne peuvent faire accepter tout entière.

2. Voy. ces témoignages groupés dans Rœderer, Mém. cité, chap. xi; il faut y joindre Taixemant des Réaux (t. II, p. 485-515); voy. aussi V. Cousin, la Société française au dix-septième siècle, t. I, chap. VI.

16 LES PRÊClEUSEb RJDICULES

Avec cela, d'humeur gaie, pleine de cœur et de raison, amie sûre et fidèle. Elle eût été parfaite de ce côté , sans un peu trop d'orgueil nobiliaire.

Les défauts sont peu de chose , comme on le voit, dans celte nature supérieure. Ils sont cachés par de si rares qualités qu'ils paraissent à peine. 11 en est de même de l'esprit de l'hôtel, tant que Mme de Rambouillet l'inspire et le règle. 11 remet en honneur la galanterie chevaleresque et romanesque, le respect des femmes. Selon l'expression de Mlle de Scudéry, que nous pouvons accepter ici comme un témoin fidèle, l'amour, si positif et si cru à la cour de Henri IV, devient chez la marquise de Rambouillet « une passion de nécessité et de bienséance », et, ce genre de passion, elle le définit à merveille : « Il faut que tous les hommes soient amoureux et que toutes les dames soient aimées. Nul insensible parmi nous; on reproche cette dureté de cœur comme un crime à ceux qui en sont capables; et la liberté de cette espèce est si honteuse que ceux qui ne sont point amoureux font du moins semblant de l'être. Pour les dames, la coutume ne les oblige pas nécessairement à aimer, mais à souffrir seulement d'être aimées, et toute leur gloire consiste à faire d'illustres conquêtes et à ne perdre pas les amants qu'elles ont assujettis, quoiqu'elles leur soient rigoureuses, car le principal honneur de ces belles est de retenir dans l'obéissance les esclaves qu'elles ont faits, par la seule puissance de leurs charmes et non par des laveurs; de sorte que, par cvitte coutume, il y a presque une égale nécessité d'être amant et malheureux. Il n'est pourtant pas défendu aux dames de reconnaître la persévérance de leurs amants par une affection toute pure : au contraire, Vénus Uranie l'ordonne; mais il faut quelquefois tant de temps à acquérir le cœur de la personne que l'on aime, que la peine du conquérant égale presque le prix de la conquête. 11 est toutefois permis aux belles de se servir de quelques artifices innocents pour prendre les cœurs ; le désir de plaire n'est pas un crime ; le soin de paraître belle n'est pas uîie affectation; la complaisance même est extrêmement louable, pourvu qu'elle soit sans bassesse; et, pour dire tout en peu de paroleS; tout ce qui les peut rendre aimables et ce qui les peut faire aimer leur est permis, pourvu qu'il ne choque ni la pureté ni la modestie qui , malgré la galanterie de notre île, est la vertu dominante de toutes les dames. Ainsi ayant trouvé lieu d'accorder l'innocence et l'amour, elles mènent

NOTICE MlSTORlOÛE 1^

une vie assez agréable et assez divertissaiilo '. » Il se peut qu'il y ait déjà dans cette épuration un peu de raffinement, et quelque affectation dans cette délicatesse; mais, en somme, l'excès est à peine sensible.

L'hôtel de Rambouillet travaille aussi à épurer le langage, à l'enrichir de tournures élégantes et d'ingénieuses aUiances de mots, à lui donner pour but un idéal de délicatesse et de politesse. L'influence italienne et l'influence espagnole s'y unissent et s'y fondent, se corrigeant l'une par l'autre; la première inspirant le goût du grandiose et du solennel, de la haute galanterie respectueuse et platonique, de l'héroïsme romanesque; la seconde, celui du bel espril et du raffinement 2. A l'hôtel de Rambouillet, les hommes de lettres sont reçus presque sur un pied d'égalité dans la société des grands seigneurs, pour le plus grand profit des uns et des autres. Un art nouveau, celui de la conversation, y prend naissance et arrive rapidement à la perfection. A vrai dire, cette assemblée de beaux esprits, cherchant en toute chose le délicat et le fin, ne pouvait éviter l'aiféterie et la subtilité. Mais si, dès le premier jour, ces deux défauts se laissent surprendre à l'hôtel de Rambouillet, du moins sont-ils amplement compensés par les qualités qui en sont la contre-partie. L'esprit précieux existe déjà, et Sainte- Beuve le définit très justement « une résolution et une gageure d'être distingué, comme on aurait dit soixante ans plus tard; d'être supérieur, comme on dirait aujourd'hui : on disait alors précieux ^. »

1. Le Grand Cyrus, t. VI, liv. i, p. 113. Mlle de Scudéry dit encore (t. V, p. 55) : « Nul ne peut être honnête homme achevé qui n'a point aimé, c'est-à-dire cherché à plaire.... Le soin de plaire polit l'esprit... et l'amour inspire plus la libéralité en un quart d'heure que rétude de la philosophie ne pourroit faire en dix ans. »

2. Voy. "V. Cousin, la Jeunesse de Madame de Longueville, p. 123.

3. Portraits de femmes, p. 325. — C'est à propos de Mme de Longueville, vers 1642, que Sainte-Beuve définit ainsi le mot jjrecieux. A vrai dire, la chose existait à cette époque, mais non encore le mot; Rœderer établit, par une longue discussion, que ce mot précieuw d'abord pris en bonne part, n'entra guère dans l'usage que vers 1650 ; voy. Mémoire pour servir à l'histoire de la société polie, chap. XIV, p. 135-139; voy. encore ci-après, p. 43. — Sainte-Beuve remarque encore avec justesse {Portraits de femmes, p. 293) que l'essence du précieux, c'est le goût, et, comme dit Molière {Misanth., II, 5) Ventétement de la qualité : « Le goût naturel de Mme de Longueville, dit-il, était celui qu'on a appelé de l'hôtel de Rambouillet : elle n'aimait rien tant que les conversations galantes et enjouées, les distinctions sur les sentiments, les délicatesses qui témoignaient de la qua-

iMais, peu à peu, une autre influence avait grandi à côté de celle de la marquise, celle de sa fille, Julie d'Angenncs; elle finit par devenir prépondérante et, dès lors, l'esprit de l'hôtel commence à se gâter; les qualités diminuent -et les défauts augmentent. Mlle de Rambouillet, en effet, avait les qualités et les défauts de sa mère, mais les défauts plus saillants et les qualités à un degré moindre. Pleine d'esprit, elle aussi, d'un esprit fin et délicat, elle exagère ce goût de la ce distinction » qui, chez sa mère, n'était que l'aversion du grossier; elle ne veut penser ni parler comme le vulgaire, c'est-à-dire tout le monde, et elle achemine insensiblement son cercle de beaux esprits vers la singularité, qui n'est déjà plus la distinction, jusqu'à ce qu'il arrive à l'affectation, qui en est le contraire. De plus, elle tourne un peu à la femme de lettres, tandis que sa mère ne l'était à aucun degré; elle échange des lettres avec Voiture, quelques-unes en vieux style, elle écrit même un petit roman; elle exagère la délicatesse de sentiments et de langage , elle va jusqu'à la pruderie ; elle affecte le plus grand éloignement pour le mariage et impose à son futur mari, M. de Montausier, un stage amoureux de treize ans'.

Le type de la Précieuse à cette époque est Mme de Sablé, regardée comme un modèle rue Saint-Thomas-du-Louvre, et « qui y donne le ton presqu'à l'égal de la maîtresse de la maison et de sa fille ^ ». Elle pousse l'esprit précieux dans l'excès de la galanterie platonique et du raffinement; l'amour devient avec elle toute une casuistique, et l'amitié un sentiment aussi exigeant et aussi jaloux que l'amour ^. Lorsque, à la mort de Catherine de Vivonne, l'hôtel de Rambouillet se disperse, elle en recueille les débris dans son hôtel de la place Royale et, imprimant de plus en plus son cachet personnel à l'esprit précieux, elle le gâte de plus en plus *.

lité de l'esprit. Elle tenait sur toute chose à faire paraître ce c[u'elle en avait de plus fin, à se détacher du commun, à briller dans l'élite. » En joignant au goût de la qualité de l'esprit celui de la galanterie platonique, on a tout le précieux. Voy. encore, sur le précieux, V. Cousin, Madame de Longueville, p."l22-123.

d.Voy., outre Tallemant, t. II, p. 516-547, V. Cousin, laSociêté française au dix-septième siècle, t. I, chap. vi, p. 263-281. — L'une des sœurs de Julie, Angélique, était encore plus délicate et plus franchement précieuse; voy. Cousin, op. cit., t. I, p. 276-277.

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