‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 102 sur 155 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

mille madrigaux, sans compter les énigmes* et les portraits*.

MAGDELON

Je vous avoue que je suis furieusement ^ pour

poét., ch. Il), « qu'un bon mot de deux rimes orné ». Au dix-septième et au dix-huitième siècle^ l'épigramme fut l'arme favorite des poètes ; Racine surtout en a laissé de très piquantes.

1. L'énigme (avec ses subdivisions, la charade et le logogriphe) était un des amusements favoris de la société précieuse, et nul n'y réussit autant que l'abbé Cotin ; en 1658, il en publia dans ses Œuvres mêlées quatre-vingt-dix, précédées d'un Discours préliminaire, dans lequel il définit l'énigme « un discours obscur de choses claires et connues », fait ressortir les beautés du genre et se décerne lui-même cet-élo^e : « Quelques personnes de mérite et de condition m'en ont appelé le Père, parce que j'ai commencé à le faire revivre chez nous. » Il nous apprend aussi que a les Précieuses s'envoyoient visiter par un rondeau ou par une énigme », et que « c'est par là que commençoient toutes les conversations ». Quelques-unes de ces énigmes roulent sur des sujets fort scabreux. Boileau ne dédaigna pas ce jeu d'esprit : avec sa tendresse habituelle pour ses moindres petits vers, il a recueilli dans ses oeuvres une énigme sur la Puce, qu'il avait composée à dix-sept ans. Au dix-huitième siècle, l'énigme reprit faveur et fut très cultivée.

2. Les portraits faisaient fureur au dix-septième siècle. Ils furent mis à la mode par Mlle de Montpensier (voy. ci-dessus, p. 43, n. 5) qui un jour, à la campagne, en 1657, eut l'idée de demander à toutes les personnes de sa société de faire leur propre portrait physique et mdral ; elle-même donna l'exemple ; ce tut la Journée des Portraits. Ces portraits furent revus et publiés en 1659 par Segrais, et l'ouvrage où ils étaient réunis eut un succès prodigieux ; voj. V. Cousin, Madame de Sablé, p. 71 à 77. Déjà, dans ses romans, Mlle de ScuDÉR-ï les avait multipliés, et V. Cousin a pu tirer du seul^ Cyrus toute une galerie des principaux personnages de la société du temps (voy. la Société française au dix-septième siècle). Dès lors, quiconque tenait une plume faisait le portrait d'autrui, ou le sien propre ; on a ainsi les portraits de La Rochefoucauld et de Fléchier par eux-mêmes. On finit par se moquer de cette mode ; Tal- LEMANT DES Réaux Constatait en 1658 qu'elle commençait «à ennuyer furieusement les gens » (t. VII, p. 59), et Ch. Sorel publiait contre elle, en 1659, une plaisante allégorie, la Description de l'ile de Portraiture et de la Ville des Portraits, qu'il définit lui-même, dans un autre jde ses ouvrages, « une satire contre quantité de personnes de tous les deux sexes, qui n'étoient plus occupées qu'à faire les portraits ■par écrit des uns et des autres». Toutefois, s'il disparut comme passe-temps mondain, le portrait resta comme genre littéraire ; La Bruyère et Saint-Simon en écrivirent d'admirables. Dès les premières années du dix-huitième siècle, il reparaissait dans la société polie autour de Fontenelle et de Mme de Lambert ; d'autre part, Marivaux, dans des romans qui valent mieux que ceux de Mlle de Scudéry, peignait avec une rare finesse plusieurs grandes dames de

. ses amies.

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