SCENE XI n
JODELET
MASCARILLE
• Nous mènerions promener ces dames hors des portes ^ et leur donnerions un cadeau -.
voitures à quatre roues, suspendues, couvertes, et fermées par des rideaux de cuir. La France les emprunta à l'Italie ; le premier fut celui dans lequel Isabeau de Bavière fit son entrée à Paris en 1403. On les perfectionna peu à peu; les glaces remplacèrent les rideaux de cuir. Employés d'abord par les plus grands personnages, ils étaient devenus, vers 1660, d'un usage général, de même que la chaise. Voy. ci-dessus, p. 130, n. 3. — « De quelque condition que soit un calant, nous lui enjoignons d'avoir un carrosse s'il en a le moyen, d'autant que lorsqu'on parle aujourd'hui de quelqu'un qui fréquente les bonnes compagnies, l'on demande incontinent : A-t-il carrosse? et si l'on répond que oui, l'on en fait beaucoup plus d'estime. » (Les Lois de la galanterie, VII, p. 8^) Le même ouvrage recommande (ibid.) d'en entretenir « un, voire deux », « quand ce ne seroit que pour faire plaisir à quelques dames qui n'en ont point, et leur en prêter quelquefois pour leurs promenades et leurs visites, ce qui les oblige de telle sorte qu'on est après beaucoup mieux venu chez elles. »
1. Paris avait encore à cette époque ses anciens remparts : sur la rive droite une enceinte bastionnée, construite en 1626 et qui allait bientôt disparaître, sur la rive gauche les vieilles murailles de Philippe-Auguste. Les promenades hors des portes étaient très à la mode, depuis que la marquise de Rambouillet les avait mises en honneur. Voy. V. Cousin, la Société française au dix-septième siècle, t. II. p. 284 et suiv.
2. « Le ^oût des collations à l'italienne et à l'espagnole s'était introduit en France avec Marie de Médicis et l'infante d'Espagne Anne d'Autriche. On n'était pas un peu honnête homme, au "sens bien connu de ce mot, si. même dans la bourgeoisie, on ne donnait de temps en temps collation aux dames avec les violons, une petite sérénade dans un jardin ou sur l'eau, un concert plus ou moins considérable. Le fin de ces sortes de divertissements était d'être ou de paraître improvisés : cela s'appelait un cadeau, cest-à-dire une surprise, un accident galant et inattendu. » (V. Cousin, op. cit., t. II,
S. 296.) — Molière dit encore (Am. magn., I, 1) : « Elles y ont reçu es cadeaux merveilleux de musique et de danse. » Et encore (Afar. fore, se. IV) : « J'aime le jeu, les visites, les assemblées, les cadeaux et les promenades, en un mot toutes les choses de plaisir. » Comme description de cadeau magnifique, on peut voir celui qu'imagine Dorante dans le Menteur (I, 5) de Corneille.
Cadeau vient de catellus , diminutif de catena, chaîne. Catelli étaient, proprement, les traits de plume entrelacés dont les maîtres d'écriture ornaient leurs exemples; de là le sens de futilités, puis celui de passe-temps agréable; enfin de présent, que câdeau a main-* tenant.
ne LES PRECIEUSES RIDICULES
MAGDELON
Nous ne sçaurions sortir aujourdliiiy
MASCARILLE
Ayons donc les violons ' pour danccr ^
JODELET
Ma foy c'est bien avisé.
MAGDELON
Pour cela nous y consentons; mais il faut donc quelque surcroist de compagnie.
MASCARILLE
Hola Champagne, Picard, Bourguignon, Casquaret, Basque, la Verdure, Lorrain, Provençal, la Violette 3.
1 . Depuis la fin du seizième siècle, vmgt-quatre violons étaient attachés à la Cour ; sous le nom de violons de la chambre du Roi, ils jouaient dans l'antichambre pendant le dîner du Roi et faisaient danser aux bals de la Cour. Les particuliers obtenaient quelquefois que ces violons du Roi vinssent jouer chez eux. On lit dans le Journal de la Fy^onde de DuBUissoN-AuBENAY (manuscr. de la biblioth. Mazarine, cité par M. Chéruel), à la date du 4 août 1649 : «Tous les soirs, en quelque maison de la ville, des violons. Aucune comédie, collation ou assemblée n'est faite sans eux. » Voy. Chéruel, Dict. des institut., t. II, p. 1261.) Il y avait aussi des « bandes » de violons, qui allaient jouer chez les particuliers. Les Lois de la galanterie (XIII, p. 22) recommandent aux galants d'entretenir des relations avec eux, quoique « basses gens », a à raison de leur emploi ».
2. De l'italien dansare, venu lui-même de l'ancien haut allemand dansôn, tirer, étendre ; notre orthographe, danser, est donc plus régulière.
3. C'était une habitude, au dix-septième et au dix-huitième siècle, de donner aux laquais un nom tiré de celui de la province d'où ils étaient originaires, ou quelque sobriquet, dans le genre de LaVerdure, La Violette, etc. Cascaret ou casquaret était un terme populaire, désignant un homme d'apparence mince et chétive.