‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 144 sur 155 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

MASCARILLE

Voila le marquisat et la vicomte à bas.

DU CROISY

Ah ah, coquins, vous avez l'audace d'aller sur nos brisées*. Vous irez diercher autre part de quoy vous rendre agréables aux yeux de vos belles, je vous en asseure.

LA GRANGE

C'est trop que de nous supplanter, et de nous supplanter avec nos propres habits'.

0 fortune, quelle est ton inconstance!

DU CROISY

Vlste qu'on leur oste jusqu'à la moindre choso . ,

LA GRANGE

Qu'on emporte toutes ces hardes, dépêchez. Main-

de France en braverie. Pour un deuil de six semaines, on lui a vu six habits. » Brave s'emploie encore au sens de paré, dans plusieurs provinces de France, en Provence notamment et dans le Nord.

1. Les brisées sont proprement les branches rompues par le veneur pour reconnaître l'endroit où est la bête, d'où aller sur les brisées de quelqu'un signifiant entrer en rivalité, en concurrence avec lui. De même Molière (Av., IV, 3) : « Tuas l'audace d'aller sur mes brisées ! »

2. Il y a ici, à la représentation, un jeu de scène de très mauvais goût. Pour dissimuler sa maigreur, Jodelet s'est couvert d'un grand nombre de justaucorps superposés qu'on lui enlève successivement; il se trouve enfin vêtu, en chef de cuisine, de simple toile blanche, et, après avoir tiré de sa ceinture un long bonnet de coton dont il se coiffe, il s'agenouille devant Cathos, qui le repousse avec horreur. Autrefois même, on ne s'en tenait pas là : Jodelet, dépouillé et grelottant, venait se chauffer les mains à la rampe. On trouve ces deux jeux de scène signalés dans les Etudes sur Molière (1802, p. 40) de Cailhava et dans l'édition d'AuGER, qui les blâment avec raison, mais il n'en est pas question dans le Journal des spectacles de 1777 (voy. ci-dessus, p. 65, n. 1.)

188 LES PRECIEUSES lUDICULES

tenant, mes dames, en Testât qu'ils * sont, vous pouvez continuer vos amours avec eux, tant qu'il vous plaira, nous vous laissons ^ toute sorte de liberté pour cela, et nous vous protestons, monsieur, et moy, que nous n'en serons* aucunement* jaloux^.

Ah quelle confusion !

MAGDELON

Je crevé ^ de dépit.

VIOLONS. Au marquis^.

Qu'est-ce donc que cecy? qui nous payera nous autres?

MASCARILLE

Demandez à monsieur le vicomte.

1. Que pour où est très fréquent dans la langue du dix-septième siècle. Molière dit de même [lÈt., II, 4) :

Las I en l'état qu'il est, comment vous contenter.

Et encore (Crit. Ec. Fera., I. 1) : «Je regarde les choses du côté qu'on me les montre. » C'est un souvenir de la syntaxe latine, l'ablatif du </ia relatif ; et toujours, comme en latin, que sert encore à rendre auquel, dans lequel, par qui, par où. Voy. Génin, Lex. de Molière, p. 335-336 et Chassang, Gr. fr., par. 419.

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