‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 19 sur 155 · Mémoire, etc., p. lU · texte numérisé non relu

Mémoire, etc., p. lU

pies, ses grands prêtres, un cérémonial puéril ^ Il est temps de l'arrêter, sinon elle peut compromettre le succès de la vraie littérature. Des gens trop occupés de madrigaux cl d'énigmes, de billets et d'impromptus, qui parlent un jargon de plus en plus inintelligible et dénaturent tous les sentiments naturels et vrais, sont le plus mauvais des publics pour de grands écrivains. Précieux et Précieuses doivent, sinon disparaître, du moins, être réduits à l'état de coterie impuissante, ils ont eu leur utilité; ils ont, dans une certaine mesure, épuré le goût, poli et même enrichi la langue -; mais ils sont en train de défaire eux-mêmes ce qu'ils ont fait : « Si les puristes comme Vaugelas, dit Sainte-Beuve, et les Précieuses formées autour de l'hôtel de Piambouillet avaient été utiles, cette utilité depuis longtemps avait eu son effet, et l'excès seul se faisait désormais sentir. Molière, le premier, voyant que les prétentions de tous ces grammairiens et instituteurs de beau langage se prolongeaient ou Ire mesure et quand le résultat était déjà plus qu'obtenu, s'impatienta et tira sur eux à poudre et à sel. 11 mit en déroule l'arrière-garde des Précieux et des Précieuses, et nettoya le

1. Nous n'en parlons pas davantage ici, ses principales particularités devant être relevées au cours du commentaire des Précieuses ridicules.

2. Le jargon des Précieuses, en effet, n'a pas été tout à fait inutile à l'enrichissement de notre langue; plusieurs de leurs expressions y sont restées comme justes et pittoresques. Elles sont métaphoriques pour la plupart. Voy. le relevé que M . Livet donne d'un certain nombre dans son édition du Diclionnaire des Précieuses, t. I, Préface, p. xxvui-xxx. Châtier son style, dépenser une heure, être brouillé avec le bon sens, des cheveux d'un blond hardi, avoir le sens droit, tour d'esprit, prendre ses mesures, s'embarquer en une mauvaise affaire, briller dans la conversation, faille des avances, faire figure, etc., appartiennent au langage précieux. Il faut même tenir compte dans la lecture des Précieuses ridicules de cette adoption de certaines locutions précieuses par le langage usuel; M. Moland {Œuvres de Molière, t. II, p. 150) dit très justement à ce sujet : « De ce travail lentement accompli par l'usage, il s'ensuit que « le haut » style » que Molière prête aux filles de Gorgibus ne ressort plus tout à fait aujourd'hui comme au moment où il les introduisit sur son théâtre. Certains tours de phrase nous semblent plus exagérément ridicules qu'ils ne devaient le paraître aux contemporains D'autres, au contraire, nous semblent plus simples et plus naturels, parce qu'ils sont à présent reçus et consacrés. »

Les Précieuses s'occupèrent aussi de l'orthographe et, en cela, ell eurent plus de succès; voy. Somaize, édit. Livet, t. I, p. 178-184. Avec le concours de l'académicien Le Clerc, celui-là même qui, avec «on ami Coras, donna lieu à une si mordante épigramme de Racine

terrain. Dans toute sa carrière, des Précieuses ridicules aux Femmes savantes, il ne cessa de les harceler, de les poursuivre comme un fiéau K Encore une fois, l'utile do ce côté était conquis et gagné, il ne restait que le traînant et le faux; il y donna le coup de balai par la main de ses servantes, de ses Martines, en même temps qu'il faisait parler la raison par la bouciie de ses Henriettes ^. » Non quil dût être donné à Molière de chasser pour toujours le précieux; nous avons vu ^ qu'il tient trop à l'essence même du génie national et nous verrons* qu'il lui survécut longtemps, qu'il reprit faveur, qu'il dure encore après des éclipses passagères. Mais le terrain est dès lors déblayé pour la saine littérature,, et les premières satires de Boileau (1660-1665) achèveront la déroute du faux goût s.

Les défenseurs de la société précieuse en ses beaux jours, Rœderer et Victor Cousin, se sont efforcés de prouver que la pièce de Molière ne visait pas l'hôtel de Rambouillet luimême^; on ne peut qu'être de leur avis. D'abord, on n'attaque que ce qui existe et, en 1659, Thôlcl de Rambouillet proprement dit n'exislait plus. En outre, s'il avait été donné à Molière de connaître Catherine de Vivonne et ses premiers hôtes, peut-être, avec son génie franc, primesautier, tout gaulois, n'aurait-il guère goûté le raffinement de la noble compagnie; mais on peut être certain qu'il n'aurait éprouvé

Mmes Roger et Le Roy, Mlles Saint-Maurice et de la Duraudière recherchèrent « ce qu'il falloit ajouter ou diminuer dans les mots pour en rendre l'usage plus facile et l'orthographe plus commode >; i! fut décidé «que Ton diminueroit tous les mots et qu'on en ôteroit toutes les lettres superflues ». On voit, par la longue liste que donne Somaize d'un certain nombre de mots ainsi corrigés, que l'orthographe des Précieuses est devenue en partie la nôtre. Comme nous, au lieu de teste, autheur, hostel, meschant, etc., elles écrivaient tête, auteur, hôtel, méchant. Cependant, il ne faut pas, même en cela, exagérer leur influence. M.LiVExfait remarquer (Introduction de son édition des Précieuses ridicules, p. xlviii-xlix) qu'il y avait eu avant elles bien des tentatives isolées de réforme orthographique, que plusieurs de leurs jnétendues innovations avaient déjà été proposées, que d'autres ne furent pas sanctionnées par l'usage, enfin qu'on retrouve aujourd'hui encore nombre de formes condamnées par elle.

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