‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 22 sur 155 · Voy. Rœderer, Mémoire, p · texte numérisé non relu

Voy. Rœderer, Mémoire, p

4. Voy. ci-apiès, p. 116 et l'Appendice, III, p. 203 et suiv. b. Les Précieuses ridicules, scène IV.

Scudéry, Molière se joint h elle » dans ses attaques contre les fausses Précieuses'. Molière allié de Mlle de Scudéry! On a gramrpeine à se le figurer dans ce rôle. Il est Yrai que Mlle de Scudéry raille , elle all^si, en plusieurs passages, les Précieuses qui prétendent l'imiter et dont elle trouve les efforts maladroits. Mais cela n'a rien de surprenant : si mauvais original que l'on puisse être, on trouve toujours très volontiers qu'on est inimitable, et l'on n'aime guère dans autrui ce que l'on adore en soi-même.

ATTAQUES CONTRE MOLn::RE ET LES PRECIEUSES RIDICULES; SOMAIZE ET SES LIVRES. — ATTAQUES ANTÉRIEURES CONTRE LE précieux; originalité des précieuses ridicules. — LE PRÉCIEUX APRÈS MOLIÈRE.

Les Précieuses ridicules ne pouvaient manquer de soulever contre Molière, outre la colère des originaux visés, l'envie des confrères de l'auteur. Tout grand succès littéraire a ce triste privilège, surtout au théâtre. Au souvenir des trois premiers chefs-d'œuvre de nos trois grands auteurs dramatiques, Corneille, Racine et Molière, est lié celui de quelque envieux particulièrement agressif, qui a mérité d'incarner en sa personne et de résumer sous son nom toutes les jalousies enflammées par « le chef-d'œuvre nouveau >. Le Cid avait eu Scudéry, Andromaque devait avoir Subligny; les Précieuses ridicules eurent Somaize.

On ne sait que très peu de chose sur la vie d'Antoine Bandeau, sieur de Somaize, le premier en date de ces ennemis de Molière, aussi nombreux que ceux de Racine et qui pourraient, eux aussi, fournir matière à tout un livre 2. Ses ouvrages, qui ont pour nous un grand intérêt, — assez différent, à vrai dire, de celui que leur auteur espérait pour

i. La Société française au dix-septième siècle, chap. xv; voyez notamment t. II, p. 266-277.

2. M. F. Deltour a écrit ce livre pour Racine, les Ennemis de Racine au dix-septième siècle; pour Molière, M. Livet a mis une Note sur les ennemis de Molière en tête de sa réimpression de la comédie satirique de Le Boulanger de Chalussay, Elomire hypoccndre, 1878, p. I-Lxxxvi, et il fait espérer un travail complet eur ce sujet.

eux, — firent fort peu de bruit au moment où ils parurent; les contemporains n'en disent rien. C'est dans ses propres préfaces, dans ses épîtres dédicatoires, et dans la préface, en tèle du Grand Dictionnaire des Précieuses, « d'un des amis de l'auteur », qui ne paraît autre que l'auteur lui-même, enfin dans le portrait qu'il se consacre sous le nom de Susarion, que se trouvent les quelques renseignements auxquels se borne sa biographie ^ On y voit un homme d'une vanité énorme et niaise, dévoré du désir de faire quelque bruit, acharné contre Molière, l'attaquant avec la plus insigne mauvaise foi, le pillant avec une effronterie tranquille, presque inconsciente, défendant les Précieuses, mais par des arguments si singuliers et avec une tactique si louche qu'on ne sait trop s'il est leur ami ou leur ennemi. Homme du monde, à l'en croire, pédant renforcé, à n'en pas douter, et remplissant les fonctions de secrétaire auprès de Mlle Mancini, la connétable Colonna,qui l'emmena en Italie.

A partir de la représentation des Précieuses, il s'attache comme un parasite à la pièce nouvelle, il en fait sa chose, il l'exploite, il greffe sur elle sa propre littérature.

D'abord , il prétend la refaire en prose , sous le titre des Véritables Précieuses, et, dès la préface, il attaque Molière avec la dernière violence : « Depuis que la modestie et l'insolence, dit-il, sont deux contraires, on ne les a jamais vues mieux unies qu'a fait dans la préface l'auteur prétendu des Précieuses ridicules : car, si nous examinons ses paroles, il semble qu'il soit assez modeste pour craindre de faire mettre son nom sous la presse. Cependant il cache sous cette fausse vertu tout ce que l'insolence a de plus eflironté, et met sur le théâtre une satire qui, quoique sous des images crotesques^, ne laisse pas de blesser, tous ceux qu'il a voulu accuser. 11 fait plus que de critiquer, il s'érige en juge, et condamne à la berne ^ les singes, sans voir qu'il prononce un arrêt contre lui en le prononçant contre eux, puisqu'il est

1. Voy. la Préface mise par M. Livet en tête du Dictionnaire des Précieuses, notamment p. xxxiii-xxxiv et la Note citée tout à l'heure, p. xxvni à XXXV.

2. Comme grotesque; cette orthographe, usitée au seizième siècle et jusqu'au milieu du dix-septième, s'explique par l'étymologie du mot, qui vient de l'italien grottesca, de grotta, grotte, « à cause des peintures trouvées dans des cryptes ou grottes anciennes, particulièrement lors de l'exhumation des thermes de Titus à Rome >. (LiTTRÉ.) Grotte s'écrivait anciennement croie (baslat. crupta).

3. C'est-à-dire à être bernés, proprement lancés en l'air dans unç

certain qu'il est singe en tout ce qu'il fait, et que non seulement il a copié les Précieuses de M. l'abbé de Pure, jouées par les Italiens, mais encore qu'il a imité , par une singerie dont il est seul capable, le Médecin volant et plusieurs autres pièces des mêmes Italiens, qu'il n'imite pas seulement en ce qu'ils ont joué sur leur théâtre, mais encore en leurs postures, controlaisant sans cesse Trivelin et Scaramouche'. Mais qu'attendre d'un homme qui tire toute sa gloire des mémoires de Guillot Gorgeu ^, qu'il a achetés de sa veuve, et dont il s'adapte tous les ouvrages? » Nous verrons tout à l'heure ce que vaut cette accusation de plagiat. Quant à la pièce des Fraies Précieuses, qui ne fut pas représentée, mais où Somaize se proposait de a parler véritablement le langage qu'on attribue aux Précieuses », c'est la platitude même; il n'y a ni invention, ni esprit, ni intérêt. La donnée n'est qu'une maladroite imitation de celle des Précieuses ridicules : un faux baron et un faux poète s'introduisent chez des Précieuses, entament avec elles une conversation littéraire et galante , et sont bientôt démasqués. Molière avait su, tout en faisant parler à ses personnages le précieux le plus pur, les rendre intelligibles et intéressants; Somaize leur met à la bouche un jargon aussi obscur que fastidieux.

couverture, et, au figuré, tournés en ridicule; étym. espagnol bernia, étoffe de laine grossière. On aimait beaucoup cette métaphore au dix-septième siècle; voy. une spirituelle letttre de Voiture sur ce sujet, Œuvres, édit. Ubicini, t. I, p. 40.

1. Pour Trivelin, voy. ci-après, p. 94, n. 2. Comme Trivelin, Scaramouehe était un personnage bouffon de la comédie italienne. Son nom signifie petit batailleur (scaramuccio, escarmouche) ; à l'origine, en effet, c'était une sorte de capitan, vantard et poltron; ce fut ensuite le valet vicieux et prompt à la fuite, sous le nom de Pasquariello, puis le valet intrigant et bel esprit, sous celui de Pasq-iino, devenu le Crispin français. Voy,, sur ce type, L. Moland, Molière et la comédie italienne, chap. X, p. 162 et suiv. Le frontispice gravé (VElomire hypocondre représente Scaramouche enseignant, Elomire étudiant.

2. Bertrand Hardoin de Saint-Jacques, dit Guillot Gorju, était un célèbre bouffon du temps, né en 1600 et mort en 1648. Fils de médecin, il étudia d'abord la médecine, s'en dégoûta et alla courir la province à la suite de charlatans, dont il égayait les parades avec ses facéties ; en 1634 il entra à l'Hôtel de Bourgogne et y joua surtout les médecins. Revenu, vers 1642, à l'étude et à la pratique de la médecine, il en serait mort d'ennui. Grand, maigre, avec un très long nez et une large bouche, improvisateur spirituel mais fort peu délicat, il plaisait par un comique à froid d'un effet irrésistible. Voy., à son sujet, A. Jal, Dictionnaire crit. debiogr. et d'hist. Esi-il

L'imitalion ne suffit pas à l'auteur des Vraies Précieuses; il y joint le plagiat. Lui qui traitait Molière avec tant de mépris, comme copiste de l'abbé de Pure, il confisque à son ])rofit les Précieuses ridicules, les met en vers, et fait vendre à son profit cette très médiocre version rimée*, avec une préface dans laquelle, au milieu de gaillardises k la Scudéry et d'affectations de bel air dignes des a turlupins > que Molière ne tardera pas à mettre en scène, il invective de nouveau en ces termes celui qu'il affecte de ne désigner que par le nom de Mascarille : « Je dirai d'abord qu'il semblera extraordinaire qu'après avoir loué ^ Mascarille comme je l'ai fait dans les Véritables Précieuses , je me sois donné la peine do mettre en vers un ouvrage dont il se dit auteur, et qui sans doute ne lui doit quelque chose, si ce n'est parce qu'il y a ajouté de son estoc, au vol qu'il en a fait aux Italiens, à qui M. Fabbé de Pure les avait donnés, du moins pour y avoir ajouté beaucoup sur son jeu, qui a plu à assez de gens pour lui donner la vanité d'êlre le premier farceur de France. C'est toujours quelque chose d'exceller en quelque métier que ce soit, et, pour parler selon lé vulgaire, il vaut mieux être le premier d'un village que le dernier d'une ville, bon farceur que méchant comédien. >

Bientôt après , Somaize lance le Grand Dictionnaire des Précieuses, ou la Clef du langage des ruelles, sorte de vocabulaire des principales locutions précieuses. Ce petit livre n'est pas, comme on l'a dit par erreur, la source où Molière aurait puisé la plupart des expressions qu'il met dans la bouche de Cathos , de Magdelon et de Mascarille : l'achevé d'imprimer des Précieuses ridicules est du 29 janvier 1660 et celui de la première édition du Dictionnaire

nécessaire d'ajouter que l'invention de Somaize, faisant de Molière l'acquéreur argent comptant de l'esprit de Guillot Gorju, ne mérite même pas réfutation? Il en est de même d'une autre du même genre, due à l'auteur de la Descente de Molière aux Champs-Elysées (1674), qui prétendait que Molière avait acheté les papiers d'un charlatan, Topérateur Braquette, à son bouffon Prosper. Au reste, les accusations de plagiat pleuvent, au dix-septième siècle, contre Molière, comme à toutes les époques contre les auteurs dramatiques féconds et heureux; voy., à ce sujet, V. Fournel, les Contemporains ci' Molière, t. I, p. 314, n. 1. Ce qui est certain, c'est que Molière, comme tous les inventeurs, lisait, écoutait et imitait beaucoup.

1. Voy., à l'Appendice, II, p. 198 et suiv., un échantillon de ces vers.

2. M. Livet voit dans ce loué une faute d'impression et propose de lire joué. Loué se comprend, si l'on y voit une ironie.

des Précieuses (car le livre en eut deux, comino, au rosto, les Précieuses mises en vers) du 12 avril du la mcMiic année. Bien au contraire, c'est Souiaize qui, une fois de [)lus, pille Molière et lait entrer dans son dictionnaire les piu-ascs les plus plaisantes du trio précieux >. Toutefois, s'il faut l'en croire, il aurait travaillé sur pièces anthenli(iues : « (lomnic le fonds des Précieuses est inépuisable, dit-il, les ministres de leur empire ayant su que je Iravailiois au bien de leur république et que je rendois ce livre célèbre à toute la lerre par ce Dictionnaire, ont pris soin de m'envoyer des mémoires utiles à ce dessein. » Nous aurions ainsi dans ce livre, tout din'us et mal ordonné qu'il est, une part des archives de la société précieuse.

Ce premier dictionnaire n'est que le prélude d'un second, beaucoup plus considérable. Les mémoires fournis par les Précieuses sont venus à Somai/.e « de tant d'endroits et en si grand nombre », dit-il dans sa préface, qu'il se voit « contraint » d'ajouter un second dictionnaire au premier; et il l'annonce, en prenant soin de rappeler aux Précieuses que t les ridicules se débitent en vers pour divertir les véritables ». Il le définit assez exactement dans une sorte de prospectus. Là, dit-il, on pourra « satisfaire tout ce que la curiosité peut exiger sur le chapitre des Précieuses; car ce nouveau dictionnaire contiendra leur histoire, leur poétique, leur cosmographie, leur chronologie; on y verra de plus toutes les prédictions astrologiques qui concernent leurs états et empires; l'on y connaîtra aussi ce que c'est que les Précieuses et leurs mœurs. 11 y aura, de plus, un sommaire de leur oiigine, progrès, guerres, conquêtes et victoires, etc., avec un dénombrement des villes plus remarquables et des princesses du royaume des Précieuses, comme aussi des autres personnes illustres de ce pays, ensemble les éloges de ceux et celles qui ont excellé en quelque chose; outre ^ela, un traité des hérésies qui s'y sont glissées, ensemble la description de tous leurs états, em[)ires, villes, provinces, îles, mers, Qeuves, fontaines, et leur géographie tant ancienne que moderne. » Le livre est, en elVet, rédigé sur ce plan bizarre. Que Ion imagine les portraits d'un Cijrus mal écrit, découpés et rangés par ordre alphabétique, avec

1. Nous relevons, au fur et à mesure, dans le commentaire des Pri'cieuses ridicules, les expressions empruntées à Molière par Suinaize. >

un ceiiain nombre de dissertations allégoriques sur l'histoire et la géographie du précieux , des prédictions faites après coup, quelques phrases d'auteurs précieux ajoutées sans ordre à la suite de chaque lettre, et l'on aura une idée assez exacte du Grand Dictionnaire des Précieuses, historique, poétique, géographique, cosmographique, cronologique et armoirique^, dédié au duc de Guise et précédé de cette préface apologétique d'un « ami de l'auteur » dont nous parlions plus haut. Nous avons indiqué quel était le genre d'intérêt de cet ouvrage; nous n'y reviendrons pas; quant à sa valeur httéraire, elle est nulle. 11 serait difficile de plus mal écrire et de plus mal composer que Somaize; diffus, décousu, prétentieux, plat, son livre représente le dernier degré de cette littérature languissante et délayée dont Mlle de Scudéry est le grand écrivain. Cette fois, cependant, il y laisse Molière tranquille; il y est à peine question de lui.

Mais la question soulevée par les Précieuses ridicules est une mine inépuisable ; Somaize continue de l'exploiter. Il publie encore le Procès des Précieuses en vers burlesques, dédié à la marquise de Monlouet. C'est une comédie en vers de huit syllabes, non représentée, aussi dénuée d'invention, de comique et de style que les Véritables Précieuses. Somaize y met en scène les tribulations d'un gentilhomme manceau, Ribercour, député à Paris par la noblesse du Mans, afin de plaider devant l'Académie française contre le précieux qui a envahi sa province. Berné par un « professeur de la langue précieuse », Pancrace, par de faux académiciens, Ribercour revient en poste au Mans avec sa courte honte. Il y aun abîme entre cette longue et plate rapsodie sur les Précieuses de province et la spirituelle peinture que Chapelle et Rachaumont font, en quelques lignes, de celles de Montpellier.

'Après cette série d'ouvrages, on n'entend plus parler de Somaize ; on perd même sa trace et on ne sait trop ce qu'il devient. Les autres pièces de Molière, qui se succèdent rapidement, ne le font pas sortir de son silence.

Voyons, cependant, ce que valait son accusation de plagiat contre les Précieuses ridicules. Elles auraient

1. Le privilège est du 15 février 1661, l'achevé d'imprimer du 28 juin de la même année. — Nous distinguons les deux dictionnaires en appelant le premier le Dictionnaire des Précieuses et le second le Grand Dictionnaire des Précieuses.

été prises, suivant lui, à l'abbé de Pure', auteur dune comédie intitulée la Précieuse y jouée par les comédiens italiens en 1656 , et probablement tirée elle-môme d'un roman du même auteur, la Précieuse ou le Mystère de la ruelle, publié la môme année. Cette pièce est perdue; mais on sait qu'elle était tout entière écrite en italien^; aussi n'était-ce sans doute qu'un de ces canevas sur lesquels s'exerçait librement l'improvisation des acteurs ^. Il est tout à fait invraisemblable, non seulement que Molière l'ait imitée, mais même qu'il Tait connue. D'abord, si les contemporains avaient pu croire au plagiat, ne se serait-on pas empressé, pour en donner une preuve irrécusable, d'imprimer ou la pièce ou le canevas? De plus, en 1656, Molière était dans le Languedoc, quil ne quitta point*. Comment aurait-il pu connaître, pour l'imiter deux ans plus tard, une pièce qui n'était pas imprimée et qu'il ne put entendre, puisqu'elle se jouait à Paris? La seule preuve alléguée par Somaize à l'appui de son dire est l'allusion suivante par laquelle, du moins, nous apprenons la donnée du canevas de l'abbé. Un des personnaoes des Véritables Précieuses dit, à propos de [j. pièce iiv Molière : « Mascarille pourtant soutient n'avoir imité en rien celle des Italiens. » Son interlocuteur répond : t Ah! que dites-vous là? C'est la même chose, ce sont deux valets tout de même qui se déguisent pour plaire à deux

1. L'abbé Michel de Pure (1634-1680) vivait tranquillement et obscurément dans la culture des lettres et la fréquentation des cercles précieux, lorsque Boileau, le croyant l'auteur d'un pamphlet contre lui, l'attaqua vivement dans ses satires. Il disait notamment dans lu satire II. à Molière :

Si je veux d'un galant dépeindre la figure, Ma plume pour rimer trouve l'abbé de Pure.

Dans une note de la sixième, il le traite d' « ennuyeux célèbre ».

2. LoRET parle, en effet, dans sa Muse royale (3 mai 1660), de nés Précieuses,

Qu'un génie assez éclatant, Savoir le sieur abbé de Pure, En langue ioscane fort pure.

Fit dans Bourbon parler jadis.

3. Sur ces canevas, voy. ci-dessus, p. 2, n. 2. — Quoique fort anodine, à ce qu'il semble, la comédie de la Précieuse inquiéta beaucoup la société qu'elle peignait. Somaize nous l'apprend dans les Prédictions de son Grand Dictionnaire (xix à xxi, t. I, p. 188). L'auteur se tira d'affaire en protestant qu'il n'avait voulu attaquer que les fausses Précieuses, et, sans doute, il disait vrai.

4. Voy. .1. LoiSELEUR, les Points obscurs de la vie de Molière^ p. 185 et suiv.

femme? et que leurs maîtres battent à la fm : il y a seulement celte petite diiîérence, que dans la première les valets le font à l'insu de leurs maîtres, et que dans la dernière ce sont eux qui leur font faire*. » E. Despois répond judicieusement : Œ II semble que cette petite différence est assez notable, et que tout l'intérêt de la légère intrigue qui fait le fonds des Précieuses ridicules est précisément dans la vengeance que les maîtres rebutés tirent des Précieuses^. » Le même auteur fait observer en outre que, s'il s'agit seulement de l'idée d'un valet se substituant à son maître , avec ou sans son consentement, elle se trouvait déjà, bien avant \ci Précieuse , dans une comédie de Soarron, Jodelct ou le Maître valet, jouée avec grand succès en 1645.

Mais ce qui prouve mieux encore qu'il ne pouvait y avoir aucun rapport entre la pièce de l'abbé de Pure et celle de IMolière, c'est ce roman môme de la Précieuse, d'où la première était vraisemblablement tirée ^. Ce roman n'est pas une satire des Piécieuses et des Précieux; bien au contraire, autant qu'on en puisse juger,— car rien n'est plus ambigu et plus entortillé; plus prétentieux et plus fade que cet étrange livre, sans intrigue^ diffus, obscur de parti pris*, — c'est une apologie de la société précieuse, celle de Mlle de Scudéry, où fréquentait l'auteur^, entremêlée de railleries à l'adresse des sociétés secondaires qui imitaient mal la première '■'. Il suffira, pour juger du style et du ton général, do

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