‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 25 sur 155 · Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessus, p

3. Il parut dans Tannée qui suivit les Précieuses, en 1659, une petite mascarade assez médiocre, la Déroute des Précieuses, d'auteur inconnu, qui peut-être n"a jamais été représentée, mais qui est curieuse comme une des premières marques de l'état de l'opinion à l'égard de ces Précieuses jadis si vantées. En voici le sujet : « L'Amour voyant que ses lois, qui avoient toujours été fort respectées de tout le monde, n'étoient plus en grande considération... depuis que les Précieuses s'étoient introduites dans les compagnies, d'où elles avoient résolu de le bannir entièrement », ordonne à ses fidèles sujets de le venger; ceux-ci « crurent ne le pouvoir pas mieux faire qu'en les décréditant parmi le peuple, dépeignant dans un Almanach leurs figures grotesques et leurs belles occupations ». La vente de cet almanach est un prétexte à danses et chansons (sur cet almanach, voy. ci-après, p. 169, n. 1). Dans une de celles-ci, l'hôtel de Rambouillet est désigné par son nom :

Rambouillet, et vous, d'Aumale, Quoi! ne verrons-nous jamais I/amour et votre cabale Faire un bon traité de paix.

(Variante dans le chansonnier Maurepas, Bib. nat., inss.f t. XXIII).

La Déroute des Précieuses a été réimprimée par M. V. Pournel au t. II, p. 499-508, de ses Contemporains de Molière et par M. L. MoLANP au t. III, p. 209-215, de son édition des Œuvres de Molière,

NOTICE HISTORIQUE îO

meilleurs, c est-à-dire une nouvelle révolution du goût. Au lendemain de la représentation des Précieuses , les pt-lils vers et les grands romans perdirent singulièrement dans l'estime du public lettré. Un pauvre libraire, Joly, en fit l'expérience : il venait, en 1G59, d'acheter le fonds romanesque de son confrère Courbé *, et il allait faire |)araitre le Pharamond de La Calprenède : l'opération fut désastreuse et le ruina ^. D'autre i)art, ce nom de Précieuses, dont on se faisait gloire, est devenu trop compromettant; on l'échange contre celui d'Illuslres; mais celui-ci n'a pas grand succès, car, tandis que l'on continue à railler les Précieuses, nul ne s'occupe des Illustres; on ignore leur existence, ce qui, en pareille matière, est le pire de tout. Mais, la [)reuve que le précieux nest pas mort, c'est que Molière, après sa première grande victoire, ne considère pas la guerre comme terminée. Toutes les fois que l'occasion s'en présente, il recommence l'attaque. Ainsi dans la Critique de VÉcole des Femmes, où il met en scène une Magdelon honteuse, dans cette (.limène, « Précieuse, à prendre le mot dans sa plus mauvaise signification », qji « se défend du nom, mais non pas de la chose, car enfin elle l'est depuis les pieds jusqu'à la tête, et la plus grande façonnière du monde > 2; dans VImpromptu de Versailles avec Mlle du Parc, « marquise façonnière », et Mlle Hervé, « servante précieuse »; dans le Misanthrope avec Oronte, l'homme au sonnet; dans la Comtesse d'Escarbagnas , dont l'héroïne n'est autre chose qu'une Précieuse de province; enfin, dans lesFe7n?ne.s savantes, représentées l'année qui précède sa mort et dans lesquelles il reprend, pour en faire une grande comédie de mœurs, le petit acte par lequel il avait débuté.

Au temps des Précieuses, la province retardait beaucoup sur Paris. Aussi voyons-nous, cinq ans après leur représentation, l'esprit précieux régner encore en maître dans une ville de province, dont les Grands jours d'Auvergne (1665) de Fléchier nous apprennent le goût et les passe-temps littéraires. On ne semble pas se douter à Clermont qu'un grand événe-

1. S'il faut en croire Pradoii (Xoiiv. remarques sur les ouvr. du sieur p***, c'est-à-dire Despréaux, p. 104), le Grand Cyrus de Mlle de Scudéry avait fait gagner cent mille écus à Courbé.

2. Longeruana (anecdotes d'après l'abbé de Longuerue, antiquaire et historien), cité par Taschereau, His/oire de la vie et des ouvrages de Molière, p. 220.

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