‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 26 sur 155 · Scène II · texte numérisé non relu

Scène II

ment littéraire s'est passé à Paris et qu'il serait grand temps, comme disait Ménage, de brûler ce que l'on avait adoré. A Vichy, rendez-vous de la bonne société des environs, Fiéchier reçoit la visite de deux Précieuses et la raconte en détail. Nous avons là le pendant du piquant tableau des Précieuses de Montpellier ^ :

« Faire des vers et venir de Paris sont deux choses qui donnent bien de la réputation dans ces lieux éloignés, et c'est là le comble de l'honneur d'un homme d'esprit. Ce bruit de ma poésie fit un grand éclat, et m'attira deux ou trois Précieuses languissantes, qui recherchèrent mon amitié, et qui crurent qu'elles passeroient pour savantes dès qu'on les auroit vues avec moi, et que le bel esprit se prenoit aussi par contagion. L'une étoit d'une taille qui approchoit un peu de celle des anciens géants, et son visage n'élant point proportionné à sa taille, elle avoit la figure d'une laide amazone: l'autre étoit, au contraire, fort petite, et son visage étoit si couvert de mouches, que je ne pus juger autre chose, sinon qu'elle avoit un nez et des yeux. Je pris garde m.ôme qu'elle étoit un peu boiteuse, et surtout je remarquai que l'une et l'autre se croyoient belles. Ces deux figures me firent peur, et je les pris pour deux mauvais anges qui tàchoient de se déguiser en anges de lumière; je me rassurai le mieux que je pus, et ne sachant encore comme leur parler, jattendis leur compliment de pied ferme. La petite, comme plus âgée, et de plus mariée, s'adressa à moi : K Ayant de si beaux livres que vous avez, me dit-elle, et en » faisant d'aussi beaux vers que vous en faites, comme nous » a dit le révérend père RaphaëP, il est probable, monsieur, » que vous tenez, dans Paris, un des premiers rangs parmi » les beaux esprits, et que vous êtes sur le pied de ne céder » à aucun de Messieurs de l'Académie. C'est, monsieur, ce » qui nous a obligées de venir vous témoigner l'estime que » nous faisons de vous. Nous avons si peu de gens polis et » bien tournés dans ce pays barbare, que, lorsqu'il en vient » quelqu'un de la Cour et du grand monde, on ne sauroit » assez le considérer. — Pour moi, reprit la grande jeune, » quelque indifférente et quelque froide que je paroisse, j'ai » toujours aimé l'esprit avec passion, et ayant toujours » trouvé que les abbés en ont plus que les autres, j'ai tou-

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