‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 28 sur 155 · Satire X · texte numérisé non relu

Satire X

3. Sur Mlle Dupré et Mlle de la Vigne, voy. l'abbé A. Fabre, la Jeûneuse de Fléchier, t. I, chap. vin et t. II, chap. ix àxii. Cet utile ouvrage comble une lacune dans l'histoire de la société précieuse, qui, bien connue de 1630 à 1660, restait assez obscure de 1660 à 1680. Il y aurait encore à mentionner, vers le même temps, le P. Bouhours, docteur et grammairien de la nouvelle société précieuse, qui nous édifie complètement sur le tour d'esprit de ses airsis dans ses Entretiens d'Ariste et d'Eugène (1671; et dans sa Manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit fltmi)

de Phèdre, en 1677, en marque une autre*. L'insuccès de ia tragédie de Racine est positivement la revanche du succès de la comédie de Molière. L'hôtel de Rambouillet renaît pour ainsi dire dans l'hôtel de Bouillon. Marquis et Précieuses, qui cabalent maintenant pour Pradon, sont les mêmes qui jadis ont cabale contre Molièrew^. A mesure que le siècle avance vers sa (In, la société précieuse se rassure de plus en plus et prend de nouvelles forces. Elle a bientôt son Voiture dans Fontenelle, qui est son grand homme; elle a aussi son hôtel de Rambouillet à la cour de Sceaux chez la duchesse du Maine, et au palais Mazarin chez la marquise de Lambert. Dès lors, le précieux est conmie réhabilité; il exercera sur la première moitié du dix-huitième siècle une influence à laquelle peu d'écrivains de cette époque échapperont tout à fait'. Mais nous n'avons pas à le suivre dans cette nouvelle période de son histoire, où se retrouveraient, 'lu reste, les phases de celle que nous venons d'étudier: utilité, excès et réaction.

1. BoiLEAU disait encore, dans le portrait de la même Amaryllis ;

C'est chez elle toujours que les fades auteurs

S'en vont se consoler du mépris des lecteurs.

Elle y reçoit leur plainte; et sa docte demeure

Aux Perrins, aux Coras est ouvert^ à toute heure.

Là, du faux bel esprit se tiennent les bureaux.

Là, tous les vers sont bons, pourvu qu'ils soient nouveaux.

Au mauvais goût public la belle y fait la guerre :

Plaint Pradon opprimé des sifflets du parterre;

Rit des vains amateurs du grec et du latin ;

Dans la balance met Aristote et Cotin...

2. F. Brunetière, Nouv. et. crit. sur l'Iiist. de la littérature française, p. 5.

3. Voy., sur cette reprise du précieux, D. Nisard, Histoire de la littcralure française, liv. IV, chap. ii, et ci-après, le Sommaire des l'rccicases ridicules par Voltaire.

La distribution originale des Précieuses ridicules fut la suivante :

La Grange, S i , , *

Du Croisy, \ ^"^ ^^^^"^s ^^ "^^"^^ ^^^•

GoRGiBus, L'Espy.

Magdelon, Madeleine Béjart(?)

Cathos, Mlle de Brie, puis

Mlle du Parc (?) Marotte, L'actrice du même nom, ou

Mlle Hervé, ou Marie Ra-

gueneau(?) Almanzor, DeBrie(?}

Le marquis de Mascarille, Molière.

Le vicomte de Jodelet, Jodelet, puis du Parc, Un porteur de chaise, Du Parc*.

Nous avons parlé plus haut ^ de La Grange, ce type du comédien aussi u honnête homme » qu'excellent dans son art. 11 suffira d'ajouter qu'il jouait dans les deux genres, mais que, vers 1680, il quitta la tragédie et s'en tint aux rôles de haut comique; il tenait particulièrement les amoureux, avec une élégance noble et aisée. On trouve dans la première scène de Vlmpromptu de Versailles une marque de l'estime que Molière avait pour lui ; en donnant à ses camarades des conseils pour la représentation, il adresse à La Grange cette simple phrase : « Pour vous, je n'ai rien à vous dire. )> Il ne faut pas s'étonner que, comme du Croisy, La Grange ait paru sous son nom dans les Précieuses : « Tous deux n'ayant figuré jusqu'en 1659 que dans des

1. Pour La Grange, du Croisy, Mascarille et Jodelet, les témoignages des contemporains, d'accord avec les noms des rôles, nous renseignent pleinement. Pour les autres, nous adoptons la distribution qui semble la plus vraisemblable d'après la composition de la troupe. — Voy., sur la troupe de Molière, H. -A. SoLt-uioL, Molière et sa troupe, Paris, 1858, et le luxueux ouvrage de M. F. Hillemacher, Galerie historique des Porlrails des comédiens de la troupe de .Volièrc, avec gravures, Lyon, 1858 et 1869.

troupes de campagne, leur nom d'emprunt* devait ôtre encore inconnu à Paris, et, n'ayant d'ailleurs rien de burlesque, convenait et au rôle qu'ils jouaient dans les Précieuses et au genre sérieux auquel ils se consacraient. Ce nom de l'acteur, devenant celui du rôle, n'avait rien d'exlraordinaire alors, puisque, dans la môme pièce, .lotlelet, connu sous ce nom depuis bien des années,, le donnait au vicomie dont il représentait le personnage, et l'avafl donné antérieurement aux pièces que Scarron avait faites pourlui^. »

Philbert Gassot, sieur du Croisy, était un gentilhomme de Beauce, que l'amour du théâtre fit entrer dans une troupe de campagne, dont il était le chef lorsqu'il passa, en 1659, dans celle de Molière. On a peu de renseignements sur lui, mais, par la confiance que lui témoigna Molière en lui donnant le rôle de Tartuffe, on peut préjuger son talent pour la comédie^.

On sait très peu de choses sur l'Espy; il est surtout connu par son frère Jodelet, dont nous allons parler. Il avait au moins cinquante-sept ans lors de la première représentation des Précieuses ridicules, car La Grange nous apprend* qu'il avait * plus de soixante ans » lorsqu'il se retira du théâtre, en 1663. Son vrai nom était Bedeau, et il se faisait appeler M. de l'Espy.

Madeleine Béjart était sœur de quatre des camarades de Molière, deux acteurs et deux actrices, dont l'une, Armande, devint la femme du poète»; elle avait fait partie de la première troupe où il joua, Vlllustre Théâtre, et couru avec lui la province. Elle tenait les reines avec beaucoup de noblesse et d'autorité, les soubrettes avec une verve et une gaieté charmantes, et, pendant trente-cinq ans qu'elle resta au théâtre, elle conserva la faveur du public. Femme de tète et de cœur, amie active et dévouée, elle semble avoir

1. Le nom véritable de La Grange était Varlet (voy. ci-dessus, p. 3, n. 8); pour du Croisy, voy. ci-après.

2. Œuvres de Molière, t. II, p. 39. Voy. ci-après, p. 61, n. 1.

3. Tandis que le nom de La Gi'ange n'était qu'un pseudonyme de théâtre, celui de du Croisy était véritable et venait d'un petit fief de la Beauce. Quant au premier nom de du Croisy, c'est Gassot et non Gassaud, comme on l'écrit d'ordinaire; voy. le Dict. crit. de A Jal.

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