Julien Bedeau, dit Jodelet
7. Il figure à ce titre dans un précieux tableau qui est au foyer intérieur de la Comédie-Française et qui porte pour inscription : Farceurs français et italiens depuis 60 ans et plus points en 1670. On y
son frère TEspy, à Pâques 1659, il venait du thëàlrc (lu Marais. Auparavant, camarade de Tiirlupin et de Gros-Guillaunic, il jouait la farce improvisée, sur des tréteaux, à la porte du théâtre, avec un esprit dont les contemporains nous ont conservé quelques saillies vraiment très plaisantes. Son nom était devenu synonyme du type narquois, comique à froid, qu'il avait créé et sur le patron duquel les auteurs avaient iini par laillirles pièces où il devait jouera Grand et maigre, avec un long nez et de fortes moustaches, la figure enfarinée, tous les traits marqués et comiques, u il n'avait qu'à se montrer pour exciter les éclats de rire; il savait les augmenter encore par la surprise qu'il témoignait en voyant rire les spectateurs. 11 parhiit du nez, et ce défaut rendait son débit beaucoup plus burlesque qu'on ne peut se l'imaginer. Il parait que le public le regardait alors comme une grâce de plus pour les rôles que jouait Jodelet^». Comme la plupart des pièces où il paraissait, les Précieuses contenaient des allusions à sa tournure grotesque et à son visage enfariné : « Ne vous étonnez pas, disait Mascarille, de voir le vicomte de la sorte : il ne fait que sortir d'une maladie qui lui a rendu le visage pâle comme vous le voyez. » Jodelct répondait : «Ce sont fruits des veilles de la cour et des fatigues de la guerre. » Les rires du parterre devaient souligner cette réplique 3, car la chronique scandaleuse du temps donnait une cause beaucoup moins glorieuse à sa maigreur et à son nasillement. Il était, du reste, bien vieux au moment où il créa le rôle ; il n'avait guère moins
voit, de gauche à droite, Molière, Poisson, Jodelet, Turlupin, le capitan Matamore, Gautier Garguille, Guillot Gorju, Gros-Guillaume, Arlequin, le docteur Gratien Balourd, Polichinel, Pantalon, Briguelle, Trivelin, Scaramouche, Philippin. Voy., sur cette toile, P. Lacroix, Iconographie moliéresque, no 14, R. Delorme, le Mnsée de la Comédie française, p. 57-63, et une étude de M. A, Vitu dans le Moliériste de novembre 1879.
1. La plus connue de ces pièces est Jodelet ou le Maître valet (1645), de ScARRON. On a dit, à tort, que Jodelet devait son nom à celle-ci; c'est le contraire: la Gazette deFrance du 15 décembre 1634 nomme, à cette date, Jodelet parmi les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne.
2. Lemazurier, Galerie historique des acteurs du théâtre français, t. I, p. 291. Voy. aussi Tallemant, t. III, p. 391 et suiv., et laiVodce du Menteur par M. Martv-Laveaux, au t. IV, p. 122 et suiv., de son édition des Œuvres de Corneille dans la collection des Grands Écrivains.