‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 40 sur 155 · CROIX · texte numérisé non relu

CROIX

3. La gaflerle du Palais de Justice, fameuse au dix-septième siècle comme promenoir et lieu de rendez-vous, fréquentée non seulement

M.DC.LX. Avec privilège du Roy. — Le volume, de format in-12, est composé de 4 feuillets non chiffrés et de 135 pages, avec l'extrait du privilège an verso de la dernière page. L'achevé d'imprimer est du 29 janvier 1660. Le privilège, daté du 19 janvier 1660, est au nom de Guillaume de Luyne, qui en fait part à Charles de Sercy et Claude Barbin. Il y a donc trois sortes d'exemplaires de cette édition, au nom d'un des trois libraires, de Luyne, de Sercy et Barbin. Ces éditions ne sont pas tout à fait semblables entre elles, bien qu'elles aient le même nombre de pages; elles offrent même des différences assez notables, qui prouvent que, si la même composition a servi pour toutes les trois, elle a été tantôt remaniée, tantôt refaite en partie. Les plus importantes de ces différences sont relevées en note *.

Molière n'aurait nullement terni à pubHer sa pièce; comme ses confrères, il voulait attendre que le succès fût épuisé. En effet, selon les usages du temps, les comédiens jouaient de droit, sans redevance à l'auteur, tout ce qui était imprimé. Publier les Précieuses, c'était les abandonner aux troupes rivales^. Mais il fut obligé, pour prévenir une publication frauduleuse, de prendre les devants. Avant qu'un privilège ne fût obtenu par Guillaume de Luyne, un autre libraire, Jean Ribou, fort peu scrupuleux, comme on l'était à cette époque en fait de propriété littéraire, avait tenté d'imprimer les Précieuses à l'insu de l'auteur, et obtenu, dans ce but, un privilège daté du 12 janvier 1660. Molière s'empressa donc (le solliciter à son tour, par l'entremise de G. de Luyne, b^ privilège que l'on vient de voir plus haut et de faire annuler celui de Ribou 3. C'est à cette tentative frauduleuse qu'il fait

par les plaideurs et les gens de loi, mais par les oisifs et les gens du bel air. Elle était bordée de boutiques de libraires, parmi lesquelles celle du fameux Barbin, d'étalages de parfumerie, de gants, de dentelles, etc. Corneille y place la scène d'une de ses comédies, à laquelle il donne pour titre la Galerie du Palais. Le frontispice de l'édition originale, celui d'Arlequin lingère du palais dans le Théâtre italien de Gherardi, et une curieuse estampe d'ABRAHAJi Bosse montrent quelle était alors la physionomie de cette galerie, qui s'appelait encore Galerie mercière ou des Merciers à cause des boutiques qui la bordaient. Voy. la notice de M. Ch. M ar.t y-Lave aux sur la Galerie du Palais, dans son édition de Corneille, t. II, p. 3 et suiv.

1. Voy. la comparaison de ces divers tirages dans la Bibliographie moliéresque de M. P. Lacroix , n» 3.

2. Voy., à ce sujet, J. Bgnnassies, les Auteurs dramatiques et la Comédie-Française aux dix-septième et dix-huitième siècles, p. 3-G.

3. Registre de la compagnie des libraires, premier volume, aux

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allusion dans sa préface, lorsqu'il parle de la t copie dérobée do sa pièce » et du « privilège obtenu par surprise ».

Celui-ci s'appliquait à « deux livres intitulés, l'un les Précieuses ridicules, et l'autre les Véritables Précieuses ». Celui-ci n'est autre que la pièce de Molière versifiée par Somaize. Ne pouvant imprimer le premier, Ribou s'empresse de faire paraître le second, avec un nouveau privilège, au nom de Somaize, du 3 mars 1660, conçu en termes bien singuliers, si l'on considère qu'il s'agit d'une véritable contrefaçon : « 11 est permis au sieur de Somaize de faire imprimer... les Précieuses ridicules mises en vers j représentées au Petit-Bourbon, pendant l'espace de cinq ans, et défense à tous autres de les contrefaire. > Aussitôt, de Luyne fait un procès à Ribou. Somaize nous l'apprend dans une note qui se trouve à la fin de la préface de ses Précleusefj mises en vers, toujours avec ce ton d'efl'ronterie tranquille et comme inconsciente qui lui est habituel: « Il faut, disaitil, que les procès plaisent merveilleusement aux libraires du Palais, puisqu'à peine le Dictionnaire des Précieuses est en vente, et cette comédie achevée d'imprimer, que de Luynes, Sercy et Barbin, malgré le privilège que M. le chancelier m'en a donné avec toute la complaisance possible, ne laissent pas de faire signifier une opposition à mon libraire : comme si jusques ici les versions avoient été défendues, et qu'il ne fût pas permis de mettre le Pater noster français en vers. » Un accommodement singulier eut lieu, tout commercial, où de Luyne, Sercy et Barbin songèrent simplement à leur intérêt, sans s'inquiéter le moins du monde des griefs légitimes de Molière contre Somaize : ils abandonnèrent à Ribou le droit de vendre les Précieuses en vers, à condition qu'il les associerait à la seconde édition du Dictionnaire historique, etc., des Précieuses, édition qui ne fut jamais faite.

Il y eut plusieurs contrefaçons des Précieuses ridicules^ imprimées en province, entre autres la suivante : Jouxte la copie imprimée à Paris chez Claude Barbin, ou chez Gin7laume de Luyne, 1660, in- 12 de 6 ff. prélim. et 96 pages.

Il y eut aussi plusieurs éditions de Hollande , notamment : Suivant la copie imprimée à Paris, chez Charles de Sercy, 1660, in-12, 63 p.; — sur l'imprimé à Paris,

mss. de la Bibliothèque nationale. On peut voir un extrait de ce registre sur cette affaire dans le Molière de E. Despris, t. II, p. 42-43.

Amsterdam, Raiihael Smilh, iii-12, 4 ft". et 130 p.; —suivant la copie imprimée à Paris (Elzevicr, IGGO, pet. in-12); — Elzevier, 1674 (in-12, 48 p.) et 1679; — Amsterdam, Jacques le Jeune, 1683; — Bruxelles, 1694, in-12.

En Allemagne, les Précieuses ridicules sont publiées dans leur texte original à Berlin, par Rob. Roger, 1698, in-8; — en Angleterre, à Londres, par W. S. Johnson, in-8, 1841; -^ en Suisse, à Schaffhouse, par Hurter, in-8, 1868; en Danemark, par Kjobenhavn, in-8, 1874.

Plusieurs éditions séparées en France, au dix-huitième et au dix-neuvième siècle, notamment dans les diverses collections de pièces de théâtre. Il convient de mentionner à part la réimpression textuelle de l'éditwn originale, donnée en 1867, à Paris, par M. Louis Lacour.

Enfin, tout récemment (janvier 1884), M. Ch.-L. Livet, qui avait déjà publié, avec d'importants commentaires, l'Avare, le Misanthrope et le Tartuffe, a fait paraître en même temps les Précieuses ridicules et les Femmes savantes, qui se complètent, en eiïet, mutuellement. Nous avons beaucoup profité, non seulement de son édition des Précieuses, mais encore de ses éditions des autres pièces; sa profonde connaissance de la littérature du dix-septième siècle en général, et de la littérature précieuse en particulier, lui a permis d'ajoutei" beaucoup à ce que l'on savait déjà sur les alentours de Molière et de ses pièces. Ses éditions des Précieuses ridicules et des Femmes savantes sont précédées d'une introduction, commune aux deux pièces, pleine de détails intéressants, mais dont nous ne saurions accepter l'idée générale et les conclusions. Défenseur de la société précieuse, dont il s'est depuis longtemps constitué l'avocat, M. Livet ne veut voir dans les Précieuses « ridicules » que des Précieuses bourgeoises, dont ne seraient ni Mlle de Scudéry ni ses amies; quant aux Précieuses de cour, non seulement elles ne seraient pas en cause, mais encore Molière aurait été leur partisan' et leur continuateur. Cette thèse ressemble assez, comme on le voit, à celle de V. Cousin; malgré les arguments nouveaux avec lesquels la soutient M. Livet, elle n'est guère accei)table. Où il voit une question de catégories sociales, nous voyons surtout une question de dates et d'époques différentes.

La liste des éditions des œuvres de Molière serait très longue; nous nous contenterons de citer les suivantes, comme contemporaines du poète ou pour le soin apporté

à rétablissement du texte,, ou pour l'importance du commentaire.

Les Œuvres de Monsj,eur Molière, Paris, Gabriel Quinet, 1666, 2 vol. in-12,avec deux frontispices gravés par Fr. Chauveau, représentant l'un Mascarillc et Sganarclle, l'autre Arnolphe et Agnès, c'est-à-dire Molière et sa femme, couronnés par Thalie. Cette édition contient les Précieuses, Sganarelle, {'Étourdi, le Dépit amoureux, le Fâcheux, l'École des Maris, ÏÉcole des Femmes, la Critique de VÉcole des Femmes et la Princesse d'Élide avec les Plaisirs de l'Ile enchantée.

Œuvres de Monsieur de Molière, Paris, Claude Barbm, 1G73, 7 vol. in-12, avec un privilège obtenu le 18 mars 1G71 par Molière pour faire imprimer ses œuvres complètes; commencée par les soins du 'poète chez Denis TJiierry, elle ne fut achevée qu'après la mort de Molière par les soins de Barbin (1674-76); il y a de cette édition plusieurs remaniements, des réimpressions de Hollande et des contrefaçons françaises.

Les Œuvres de Monsieur de Molière, revues, corrigées et augmentées (par La Grange et Vinot), enrichies de figures en taille-douce (grav. par Sauvé, d'après P. Brissart). Paris, Denys Thierry, Claude Barbin et Pierre Trabouillet, 1G82, 8 vol. in-i2. Cette édition est précédée d'une importante préface que nous avons déjà signalée; on y trouve pour la première fois les six comédies suivantes, restées inédites parce qu'elles ne se jouaient plus : Don Garde de Navarre, Don Juan, Mélicerte , l'Impromptu de Versailles, les Amants magnifiques, la Comtesse d'Escarbagnas. Les éditeurs avaient à leur disposition les manuscrits originaux de Molière; aussi remarqne-t-on entre leur texte et cebii des précédentes éditions des différences assez notables, qui ne sont pas toutes justifiées, car, parmi les variantes des éditions antérieures, la plupart étaient le fait de Molière lui-môme, qui avait plus ou moins remanié ses pièces pour la représentation et l'impression. En outre, cédant à un préjugé trop comnxun de leur temps, ils firent subir au texte un certain nombre de corrections assez malheureuses. Par contre, ils donnèrent, sur les jeux de scène, de précieuses indications, qui sont, grâce à l'expérience théâtrale de La Grange, d'une grande' sûreté. Enfin, la police exigea, surtout dans les tomes VU et VIII, contenant Don Juan et Tartuffe, des suppressions qui nécessitèrent de nombreux carions. lioureusement. deux exemplaires, dont l'un apparle-

nait au lieutenant général de police La Reynie, échappèrent à cette mutilation'.

Les divers états de cette édition ont été le point de départ et le modèle de la plupart de celles qui se sont succédé en très grand nombre jusqu'à nos jours. Parmi ces dernières nous citerons :

1725, Amsterdam, 4 vol. in-12, avec figures d'après G. Schontez et une bonne vie de Molière, par Bruzen de la Martinière ;

1734, Paris, Prault, 6 vol. in-4, texte établi par Marc- Antoine Joly2, et Mémoires sur la vie et les ouvrages de Molière, par de La Serre; portrait d'après Coypel, par Lépicié, et une superbe suite d'estampes gravées par Laurent Cars et JouUain, d'après Fr. Boucher, Oppenor et Blondel 3 ; en 1739, nouvelle édition, moins belle au point de vue typographique, mais améliorée pour le texte;

1765, Amsterdam et Leipzig, Arsktée et Merkus, 6 vol. in-12, avec la vie de Molière et des remarques historiques et critiques par Voltaire*; fig. de Punt;

1776, Paris, Compagnie des hbraires associés, 6 vol. in-8, avec un commentaire par Bret et des figures d'après Moreau ; le travail de Bret fut longtemps très estimé, mais il est plus ingénieux que profond ;

1819-1825, Paris, Desoer, 9 vol. in-8, avec un commentaire par Auger et des figures d'après Horace Vernet: le travail d'Auger a été trop déprécié; s'il est faible au point de vuo historique et grammatical, la partie littéraire est très estimable ^ ;

1823-1824, Paris, Lheureux, 8 vol. in-8, avec un commentaire de J. Taschereau, excellent travail critique plein d(* faits nouveaux, dans lequel Fauteur préludait à sa célèbre. Histoire de la vie et des ouvrages de Molière;

1824-1826, Paris, Lefèvre, 8 vol. in-8, avec un commentaire de L. Aimé Martin et des figures d'après Desonne. Le travail d'Aimé ÎNIartin, si vanté, est intéressant et d'une

1. Voy., sur cette édition, pour plus de détails, P. Lacroix, BibliO' graphie moliéresque, n» 273.

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