‹ Les précieuses ridicules; comédie. Nouv. éd., conforme à l'éd. originale, avec les variantes, une notice sur la pièce, le sommaire de Voltaire, un appendice et un commentaire historique, philologique et littéraireChapitre 63 sur 155 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

lAGDELON, CATHOS, GORGIBUS.

GORGIBUS

Il est bien nécessaire, vrayement', de faire tant de dépence ^ pour vous graisser le museau. Dites-moy un peu ce que vous avez fait à ces messieurs, que* je les voy sortir avec tant de froideur? vous avois-je* pas

1. C'est l'ancienne orthographe du mot: « Le roy pensa longuement et me dit : vraiement oyl. » (Joinville, 288.) « Pour vraiement la manièi-e comprendre. » (Cl. Marot, I, 295.) Elle est d'accord avec l'ëtymologie, les adverbes de HMinière de ce genre étant tirés en général de l'adjectif féminin auquel on ajoute le suffixe ■menl, formé lui-même de l'ablatif latin mente. Voy. Chassang, Gr. fr., par. 143, rem. I.

a. Orthographe contraire à rét;;xivlogie : lat. depensum, de dependere.

3. Que, dans les constructions de ce genre, est elliptique et tient la place d'une locution adverbiale, pour que, de sorte que, tellement que. Il s'emploie ainsi dans le style comique ou familier. Molière dit de même [Femm. sav., V, 5) :

Par un prompt désespoir souvent on se marie Qtt'on s'en repent après tout le temps de sa vie.

Et Saint-Simon (281, 72) : « Quand Le Camus disoit mon frère le cardinal, il se rengorgeoit que c'étoit un plaisir. »

4. Molière et ses contemporains suppriment très souvent ne devant pas, point, dans les tours interrogatifs, en prose comme en vers. Ainsi {Ec. des Femmes, III, 4) :

L'amour sait-il pas l'art d'aiguiser les esprits?

« Pourrois-je point m'éclaircir doucement s'il y est encore ? » [George Dandin, II, 8.) De même Racine {Esth., II, 7) :

Esther, que craignez-vous ? Suis-je pas votre frère?

Vaugelas {Rem. sur la langue franc., édit. Chassang, 1. 1, p. 342) dit, en parlant de la négation dans cette construction : « Il est d'ordinaire plus élégant de ne la pas mettre. » l'Académie ne fut ])oint de cet avis : « Toute l'assemblée a été pour la négative, et plusieurs ne se sont pas 'contentés de traiter de négligence la suppression de cette négative ; ils lui ont donné le nom de faute. »

Ce tour est tombé en désuétude, et il est regrettable. Cependant nos auteurs contemporains l'emploient encore quelquefois. Ainsi Victor Hugo {les Feuilles d'automne, 37, la Prière pour tous) : Enfant! quand vous prierez, prierez-vous pas pour moi?

commandé de les recevoii comme des personnes, que je voulois vous donner pour maris?

Et quelle estime, mon père, voulez-vous que nous fassions du procédé irregulier de ces gens-là*?

CATHOS

Le moyen, mon oncle, qu'une fille un peu raisonnable se pust accommoder de leur personne?

GORGIBUS

Et qu'y trouvez-vous à redire?

MAGDELON

La belle galenterie* que ïa leur! quoy débuter d'abord par le mariage ?

GORGIBUS

Et par où veux-tu donc qu'ils débutent, par le concubinage? n'est-ce pas un procédé, dont vous avez sujet de vous loiièr toutes deux, aussi bien que moy? est-il rien de plus obligeant que cela? et ce lien sacré où ils aspirent n'est-il pas un témoignage de l'honnesteté' de leurs intentions?

MAGDELON

Ah mon père, ce que vous dites là est du dernier bourgeois*. Cela me fait honte de vous oùir parler

1. « Ces gens-là ne font pas les choses comme il faut : Ces genslà ont un procédé tout à fait irrégulier. » (Somaize, p. XLiii.)

2. Substitution de Ve à l'a contraire à rétymologie [galant, partiticipe présent du verbe galer, venant lui-même de gale, réjouissance : ane. haut allem. geil, orgueilleux, et anglo-saxon gâl, gai).

3. De honnête, venant lui-même du lat. honeslus, d'où Vs étymologique.

4. Expression relevée par Somaize (p. XLiii), qui la traduit par

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