Voy. ci-dessus, p. 133, n
3. La phrase toute entière depuis «Il faudroit être » est reproduite par SoMAiZE {Dict., p. Liii). Il nous apprend (p. liv) que Pans s'appelait aussi, en langage précieux, « le centre de la belle galanterie ». Comp. les Lois de la galanterie (I, p. 1) : « C'est dans Paris, ville capitale en toutes façons, qu'il en faut chercher la source (de la galanterie). Les esprits provinciaux n'auront point aussi l'air du grand monde sans y avoir fait leur cour en propreté, civilité, politesse, éloquence, adresse, accortise, prudence mondaine, et s'être acquis toutes les autres habitudes dont la vraie galanterie se compose. Encore avec tout cela ne pourront-ils pas exercer notre art illustre dans leurs villes éloignées, pour ce qu'il n'a cours véritablement que dans Paris, ville incomparable ou sans pair, de laquelle lorsque les vrais galants sont éloignés, ils se trouveront comme les grands poissons de la mer dans une petite mare où ils ne peuvent nager faute d'eau. » — h'antipode (àvxtuouç) est celui qui se trouve à l'extrémité d'un diamètre de la terre, par opposition à celui qui est à l'autre extrémité. Antipode de la raison est resté dans la langue; ainsi Fénelon (Exist. de Dieu, II, 12) : « Pour faire en sorte que tout ce qui est en nous ne soit qu'erreur, il faut que Dieu ait formé tout exprès de rien un être tout nouveau qui soit Vantipode de la raison. » — Bureau d'esprit se disait, au dix-septième siècle, des sociétés où l'on s'occupait de littérature (de bureau ou bure, étoffe grossière dont étaient couvertes les tables de travail, de conférence, etc.). Magdelon fait de cette expression un élosce; mais elle se prit ensuite en mauvaise part, au sens de coterie. Ainsi Boileau {Sat. X) ;
Là du fauoc bel esprit se tiennent les bureaux,
Paris est le grand bureau des merveilles, le centre du bon goust, du bel esprit et de la galanterie.
MASCARILLE
Pour moy, je tiens* que hors de Paris, il n'y a point de salut pour les honnestes gens^
CATHOS
C'est une vérité incontestable.
1. Comme je soutiens que, je professe. Fréquent au dix-septième siècle. Ainsi Malherbe (IV, 6) :
Mais je suis généreux et tiens cette maxime Que
2. « Honnête homme, au dix-septième siècle, ne signifiait pas la chose toute simple et toute grave que le mot exprime aujourd'hui. Ce mot a eu bien des sens en français, un peu comme celui de sage en grec. Aux époques de loisir, on y mêlait beaucoup de superflu; nous Tavons réduit au strict nécessaire. L'honnête homme, en son large sens, c'était l'homme comme il faut, et le comme il faut, le quod decet, varie avec les goûts et les opinions de la société ellemême. » (Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. III, p. 87.) Un contemporain le définit ainsi : « L'honnête homme est un homme poli et qui sait vivre. » (Bussy-Rabutin, lettre du 6 mars 1679.) Et La Rochefoucauld {Maximes, 203) : « Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien. » Pascal dit au même sens (Pensées, IV, 15 ter) : « Il faut qu'on n'en puisse dire (d'un homme), ni il est mathématicien, ni prédicateur, ni éloquent; mais il est honnête homme; cette qualité universelle me plaît seule. >? Et Molière encore {Crit. de VEc. des Fem., se. VII) : « C'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens. »
Dans le recueil cité plus haut, Sainte-Beuve a étudié en détail, d'après le chevalier de Méré, ce que c'était que Vhonnête homme au dix-septième siècle (p. 85-128). D'autre part, V. Cousin marque ainsi ses traits essentiels dans la haute société: «L'honnête homme devait avoir des sentiments élevés : il devait être brave, il devait être galant, il devait être libéral, avoir de l'esprit et de belles manières, mais tout cela sans aucune ombre de pédanterie, d'une façon tout aisée et familière. » [Madame de Longueville, p. 126.) D'après lui le mot daterait de 1630 environ, et c'est l'influence de l'hôtel de Rambouillet qui aurait proposé cet idéal « à l'admiration publique et à l'imitation des gens qui se piquaient d'être comme il faut ». Voy. aussi une page ingénieuse sur le même sujet de M. Ch. Gidel, Eltide sur Saint-Evi^emond, p. 5, en tête de son édition des Œuvres choisies. — Nicolas Faret avait publié en 1633 un traité de l'Honnête homme ou l'Art di plaire à la cour} M. Livet en donne l'analyse, p. 120 de son édition du Misanthrope.