SA DOCTRINE THÉOSOPHIQUE
Dieu, source de toute vérité. C'est, non pas la langue, mais le cœur qui est le siège de toute vérité; ce n'est pas la raison^ c'est la volonté qui nous unit à Dieu. » Les armes d'Agrippa sont dirigées contre les ennemis de la science divine, et il veut qu'on le considère comme un professeur de cette science f). En partant de ce point de vue, il a beaucoup d'objections à faire contre la pratique des sciences mondaines qu'il énumère. Contre les mathématiques, il fait observer qu'il n'y a dans la nature ni cercle, ni globe parfaits f). La philosophie lui est suspecte parce qu'elle tire son origine des poètes et qu'elle se partage en sectes nombreuses. Il ignore s'il faut compter les philosophes parmi les hommes ou parmi les bêtes; il est vrai qu'ils ont de la raison, mais ils ne s'en servent que pour s'agiter dans des opinions incertaines. La philosophie est la mère de toutes les hérésies f). Quant à la théologie, il l'édifie sur l'Écriture sainte et il en veut grandement aux théologiens pour avoir privé le peuple de cette source précieuse de la religion (^) ; mais^ il ne faut pas que l'Écriture soit comprise littéralement; l'illuinination du Saint-Esprit peut seule en révéler le vrai sens (^. Il prend à partie la philosophie scolastique, et particulièrement la Sorbonne, qu'il accuse d'avoir engendré un centaure formé d'oracles divins et de raisons philosophiques et engraissé de formes barbares f). Il ne ménage pas le pape et ses décrets, il déteste également Luther, qu'il range parmi les entremetteurs f)et dont il ne peut approuver les doctrines, parce que cet hérésiarque dénie aux œuvres de la religion leur force et leur valeur. La clef universelle de la vérité, c'est la parole de Dieu. Dieu seul est vrai, tous les hommes sont
(*) De inc&i't, et van, scient., dedic, p. i.
(*) Ibid., p. II.
(3) i&td., p. 49 et 53.
{*) Ibid., p. 100.
(^) Ibid., p. 98.
(«) Ibid., p. 97.
(') ïbid.,^. 64.
menteurs. Par nôtre raison, qui spécule à tort et à travers, nous ne devons pas corrompre la vérité de la parole divine f ). Rien n'est plus contraire à la religion chrétienne que la science; la renaissance des lettres n'a fait que troubler la paix de l'Église f).
A travers ces exagérations et ces colères, on voit apparaître le vrai dessein d'Agrippa, qui voulait qu'une part plus large fût faite dans la science à l'expérience. Lui-même cependant n'a pas encore progressé sous ce rapport, mais au moins, ce qu'il a tenté a servi d'exemple et de stimulant à d'autres. D'ailleurs, en ramenant la théosophie à la carrière scientifique, il se distingue de cette nombreuse classe de savants qui s'enfermaient dans leurs chambres pour se livrer à l'étude des sciences occultes sans songer à lever le voile de la vérité f).
Agrippa voudrait oublier à jamais l'astronomie, si le besoin et les avantages matériels ne le portaient pas à l'étudier pour exploiter les grands et les riches. L'alchimie n'est pour lui que de la fourberie. Sur la magie, il pense comme Platon; il est convaincu qu'elle ne peut produire que des images trompeuses.
Malgré toutes ces critiques. Agrippa reste théosophe; même ses doutes sont fondés quelquefois sur les principes de la théosophie. Si, d'une part, il vante la large liberté de la vérité, « qui ne peut être approfondie par aucune science, et qui ne peut être saisie que par la foi », d'autre part, il n'est pas satisfait de ce qu'on nomme communément la foi. Il lui faut une foi plus haute, « Notre foi, dit-il, doit être dirigée par Dieu ; Dieu seul est vrai; c'est avec lui que nous sommes en connexité par la foi. Il nous révèle tout; il nous fait tout voir en lui. Il ne nous manque qu'une chose, c'est de pouvoir nous élever jusqu'à lui d'une manière perma-
(^) De incert. et van, scient., p. 100.
(2) Ibid., p. 101. — RiTTER, p. 330-333.
(') De incert, et van. scient., p. 47. — Ritter, p. 333 et 334.