‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 2)Chapitre 5 sur 85 · SON LIVRE SUR L*ASSISTANCE DES PAUVRES · texte numérisé non relu

SON LIVRE SUR L*ASSISTANCE DES PAUVRES

lement, les bélîtres, truans, etc., avec leur garces de legière vie et leur suite, se retirent aussi bien souvent vers le soir, les aucuns es hôpitaux et aultres es tavernes et lieux deshonnêtes, où ils font grosse chière, jouent, s'enivrent, estriveut et combattent, menans vie dissolute et deshonnête ; à cause de quoy advient chascun jour que plusieurs compagnons de mestier, se mettent à ladite bliterye, habandonnans et délaissant leurdit mestier, en manière que les censiers et aultres ne savent recouvrer varlets, meschines, ni ouvriers, pour labourer leur-s terres, ni en temps d'esté, aider à mettre les foings, bleds, avoines et aultres grains en grange ». En conséquence, l'Empereur ordonnait de les battre de verges, de leur couper les cheveux jusque par dessus les oreilles, de les dénoncer publiquement par leurs noms f ). A la vue de cette plaie hideuse, l'opinion publique s'était vivement émue : une réforme radicale fut sollicitée de toutes parts avec une unanimité qui prouve que le mal était profond et qu'il exigeait l'emploi de remèdes prompts et vigoureux (^.

Déjà le duc de Bourgogne Philippe le Bon avait ordonné, le 14 août 1459, de prendre au corps tous les fainéants valides, pour les tenir au pain et à l'eau pendant deux mois et les renvoyer ensuite au lieu de leur domicile. Par une ordonnance du 22 septembre 1506, Philippe le Beau avait statué que ceux qu'on appelait « ribaux, coquins ou truants non affolés de leurs membres et qui vivaient de bliteiie et truandise, devaient quitter le pays dans la huitaine, sous peine d'être pilorisés, l'espace de quatre heures et après battus et fustigés et bannis à toujours. » Ils ne pouvaient être reçus en nul cabaret, taverne ou hôpital sous peine de dix livres d'amende pour ceux qui les recevraient^ saulf toutefois que les vrais pèlerins et autres pauvres aveugles débilités ou affollés de leurs membres, passant le pays, pourraient être logés es dits hôpitaux seulement et non es tavernes, en apportant pour chaque fois de l'offi-

(*) Carton, Bulletin de la Commission centrale de statistique^ t. IV, p. 52.

(*) Van der Meersch, Annales de la Société royale, etc , de Gand, t. IV, p. 16.

cier du lieu congé et enseignement soufj^sant. Ils devaient être tondus à piiette afin que, par ce, chacun les pût d'autant mieux connaître et les appréhender pour en faiie justice en cas de récidive (^).

«c Le déplacement de certaines industries, telles que la draperie, qui nourrissait naguère des milliers d'ouvriers; de fréquentes interruptions du commerce, d'incessants chômages dans les ports et dans les ateliers, renchérissement des vivres, les guerres désœuvrant une foule d'artisans, l'accroissement des impôts, le défiant de garantie pour les fruits du travail, constituaient autant de causes de nature à étendre la misère publique* Or, la misère engendre toujours la paresse ; là où elle domine, on trouve la singulière anomalie du manque de travailleurs à côté du développement de la mendicité et du vagabondage. Ainsi, en 1506, le procureur général de la Flandre, en réclamant des mesures répressives de la mendicité, exposait les difficultés éprouvées par les fer-^ miers à se procurer des ouvriers pour l'agriculture. Ainsi encore, vingt ans plus tard, la plupart des industriels se plaignaient de la pénurie de bms ; les fabricants de soieries, à Bruges, offraient en vain un salaire et la nourriture aux enfants qui voudraient s'employer à tourner leurs rouets : « Ils nous rapportent davantage en mendiant, » disaient leurs parents {^, »

Dans de telles extrémités, il est aisé de comprendre l'importance du livre de Vives f), dont la préface révélait déjà un Éait significatif : l'auteur y déclarait que Jean, seigneur de Praet, bailli de Bruges, l'avait, alors qu'il était encore eai Angleterre, sollicité d'écrire sur les moyens de secourir la

Q) H. DE Kerchove, Législation et culte de la bienfaisance en Belgique, Louvain, 1852, p. 98 et 99.

(*) Henné, Histoire du règne de Charles-Quint ^n Belgique^ t. V, p. 194 et 19©.

^) Je préviens le lecteur que, pour lui faire connaître €e livre, je me servirai de la traduction et de l'analyse qui en ont été faites par MM. de Bosch-Kemper : Johannes-Ludaoîcus Vtufis, Amsterdam, 1851, et Francken (ouvrage cité), mais surtout par M. Orts, dans le second volume {1854j de la Revue trimestrielle^

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