‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 2)Chapitre 58 sur 85 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

On dit avec raison que le lien qui tenait étroitement unis les trois grands botanistes du xvi" siècle, Dodonée, de l'Escluse et de Lobel, était Christophe Plantin. Cet illustre imprimeur avait, en 1550, adopté la Belgique pour patrie, et jamais il ne consentit à la quitter, malgré les invitations du roi de France à venir se mettre à la tête de son imprimerie de Paris, et malgré les troubles même qui désolèrent la ville où il avait établi le principal siège de son industrie et le forcèrent plus d'une fois à suspendre ses publications les plus importantes f).

Christophe Plantin était né en 1514, à Mont-Louis, près de Tours. On s'accorde à dire que son habileté et son extrême diligence ne tardèrent pas à lui faire une grande réputation et à lui procurer une belle fortune.

Sa maison était l'asile de tous les savants, attirés chez lui par les facilités qu'il leur procurait pour l'impression de leurs ouvrages, faisant de fortes avances à ceux dont il n'achetait pas immédiatement les productions; leur donnant accès à une des plus belles et des plus riches bibliothèques que pût posséder un particulier ; assurant des traitements honorables à plusieurs d'entre eux pour les retenir chez eux et les occuper à la correction des textes qu'il imprimait; ayant toujours à sa table quelques-uns des hommes de lettres les plus distingués de cette époque si fertile en grands talents. Pour se faire une idée du mérite des hommes qu'il employait comme correcteurs, il suffit de mentionner ceux dont

{*) Van Hulst, Christophe Plantin, p. 7 et 8.

Mirœus a rappelé les noms : Victor Giselin Q, également distingué comme médecin et comme littératem*; Théodore Poelman, sur lequel je reviendrai; Corneille Kilian, de Dufifel, auteur de Yexcellent Etymotogicum teutonicœ linguœ et qui traduisit en flamand les Mémoires de Commines et la Descrijdion des Pays-Bas de Guichardin ; François Van Ravelinghen, né en 1539, le grand orientaliste, qui étant venu d'Angleterre à Anvers pour acheter des livres chez Plantin, y fut retenu quelques jours par sa charmante hospitalité et devint un de ses correcteurs et bientôt son gendre f).

En 1560, parut chez Plantin un joli volume imprimé en petit romain et comparable aux plus beaux elzévirs : il ouvrait toute une série de livres classiques, d'une forme portative, collationnés sur manuscrits, enrichis de notes marginales, revus et corrigés par des hommes instruits, et surtout par Théodore Poelman. C'est ce que nous appellerions aujourdHiui une bibliothèque de poche. Poelman (Pw/mannus) f), que ses rudes travauif de foulon n'empêchaient pas de s'occuper de l'étude des belles-lettres, étant correcteur chez Plantin, lui avait suggéré Tidée de cette collection. C'est lui qui, le premier en Belgique, se livra à la critique paléographique des auteurs latins. Il publia ainsi, l'une après l'autre, des éditions soigneusement annotées de Virgile, Prudence, Lucain, Juvénal, Perse, Horace, Ausone, Claudien, Aviène, Suétone, Boèce, Térence, Catulle, Ovide et autres (^j.

En 1553, Plantin avait conçu lé projet de composer un dictionnaire flamand, mais il y renonça quand il apprit que

(') Né près d'Ostende le 23 mars 1543 et mort à Berg-Saint-Winoc en 1591 .

(*) A. Thiele, dans le Bibliophile belge de 1869. p. 141 et 142. — Van Hulst, p. 10-12, et la Biographie du royaume des Pays-Bas, par Delvenné. Pour compléter l'excellente notice de M. Van Hulst sur Plantin, je renvoie à un article de M. Vincent, dans le Bulletin du Bibliophile belge, t. VI, 2, p. 157 et suiv. ; aux Annales de l'imprimerie plantinienne, publiées par MM. De Backer et Ruclens dans le même bulletin, t. V, 2, et suiv.; enfin, à une notice de ReifFenberg, dans YAnnuaire de la Bibliothèque royale de Belgique, 1845, p. 219-225.

^') Né vers 1530, à Cranenbourg, au pays de Clèves.

(*) RuELKNS et De Backer, Annales pi aniiniennes, première partie, p. 32.

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