‹ Les précurseurs de la réforme aux Pays-Bas (volume 2)Chapitre 7 sur 85 · SON LIVRE CONTRE LES TURCS — CONTRE LES COMMUNISTES · texte numérisé non relu

SON LIVRE CONTRE LES TURCS — CONTRE LES COMMUNISTES

voulait en faire au xvi* siècle. « Les apôtres laissaient à chacun la liberté absolue de mettre ou de ne pas mettre leurs biens en commun, pour soutenir leurs frères, tandis que les anabaptistes ne laissaient aucune place à la liberté, à la charité ni à la bienfaisance. Est-ce que la vertu, l'intelligence, la prévoyance, le jugement sont les mêmes chez tous les hommes? Y a-t-il chez eux communauté de force, de santé, de figure, d'âge? Toutes ces choses sont des qualités qui ne peuvent pas être communes, et il en est tout autant des dons extérieurs. Je suis un littérateur, vous êtes un guerrier; mes livres et vos armes doivent-ils être mis en commun? — Les uns sont des maîtres, les autres des domestiques, d'autres encore des magistrats et des bourgeois ; faut-il que tous nous soyons tout cela à la fois? Non, car Dieu a donné aux hommes différents besoins et différents moyens d'utiliser les biens de la terre, de sorte qu'il faut autant de diversité dans la possession des biens que de facultés, de dispositions dans l'homme. Parlons plus clairement : ne voyez-vous pas que nous sommes divisés en enfants, jeunes gens, adultes, vieillards, hommes, femmes, forts, faibles, sains, malades, agiles, actifs, paresseux? Et pensez-vous que tous ceux-là aient identiquement les mêmes droits et les mêmes devoirs? La même nourriture convient-elle au bœuf, à l'âne, au cheval et à l'éléphant? Que si à tout prix vous voulez réaliser votre communauté, demandez à Dieu une autre création; peut-être alors vous réussirez. Jusque-là, croyez-moi, vous êtes en contradiction flagrante avec toute la nature, et votre communisme, s'il pouvait avoir lieu actuellement, ne durerait pas deux jours. Les uns mangent leur bien et sont d'autant moins riches, les autres sont économes et d'autant plus à leur aise. Votre communisme est une source d'éternelles spoliations! Ah! retournez à la communauté de Jésus-Christ, c'est-à-dire au communisme de l'amour et de la charité f). >>

(*) De Bosch-Kemper, p. 15-18.

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Vives accuse indirectement Luther d'être la cause première du communisme anabaptiste; sous un rapport, il avait raison. Luther, en proclamant la liberté chrétienne, n'avait-il pas prêché l'émancipation de l'esprit humain et la destruction du joug sous lequel l'humanité avait gémi depuis tant de siècles? N'avait-il pas communiqué au peuple les lumières des Écritures, et comment, dès lors, celui-ci aurait-il voulu continuer de gémir sous le despotisme des nobles et des prêtres qui en ce temps-là était parvenu à son paroxysme? A une époque où les passions excitées ne connaissent d'autres arguments que le fer et le feu, faut-il s'étonner des fureurs de l'anabaptisme et de sa propagande, qui entraîna plus d'un honnête homme dans son tourbillon f)?

Vives, du reste, avait beau jeu contre les communistes de son siècle* Appuyé sur l'Évangile, il lui était facile de leur démontrer que le Christ, en faisant de la charité un devoir, n'avait parlé que d'une charité libre, volontaire, et non pas d'un système qui ne pouvait s'établir que par une dépossession violente de tous ceux qui avaient quelque chose.

Les déchirements de toute espèce de l'époque où il vivait lui inspirèrent encore Quatre livres sur la concorde et la discorde qui comptent parmi ses œuvres les plus remarquables. Cet esprit de discorde était alimenté par ceux-là même qui semblaient être destinés à l'apaiser : les littérateurs, les philosophes et les théologiens. « Les uns se battent avec acharnement pour une lettre, pour une faute typographique ; les autres, en traitant de la charité, se conduisent comme des gladiateurs. Dans ces mêlées, ce ne sont qu'invectives, incriminations, récriminations, épigrammes, apologies, antopclogies, épîtres, dialogues, le plus souvent pour des vétilles. Et tout cela sans fin ni trêve. Mais c'est bien pis quand les princes en viennent aux mains : alors, les champs sont ravagés, les habitants appauvris, le commerce se paralyse,

(*) Francken, p. 165.

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