SON LIVRE SUR LA CONCORDE
Fagriculture languit, la valeur de l'argent diminue au point que ceux qui auparavant étaient riches avec 100 francs ne le sont pas maintenant avec 1,000, et que l'excessive cherté des vivres engendre les misères, maladies et troubles (^). »
Ce bel ouvrage, animé du souffle de celui « qui n'a voulu régner que par l'amour et qui par l'amour a conquis le monde », avait été terminé à Bruges en 1526; Vives eut le courage de le dédier (1*'' juillet 1529) à Charles-Quint, qui en fut courroucé et n'épargna pas à l'auteur les reproches les plus amers. Cela se comprend de la part d'un prince qui n'a pas rougi d'introduire chez ses compatriotes une inquisition plus implacable que celle d'Espagne. Mais, sans se laisser intimider par les colères impériales. Vives porta sur un terrain plus scabreux encore ses avertissements et ses conseils : il publia son livre sur la pacification de l'Église f), où il montra que le moyen le plus sûr de remédier aux maux de l'Église, c'était de rétablir une discipline sévère parmi le clergé et de renoncer à tout esprit de persécution. Aussi écrivit-il au pape Adrien VI : « Il importe de statuer d'abord sur ce qui concerne les bonnes mœurs. Toutes les discussions, toutes les controverses en dehors de ce point peuvent convenir aux écoles; mais ni la religion ni la morale ne perdraient à la manière dont elles seraient terminées. C'est donc dans cette sphère et dans les cercles des disputeurs qu'il faut les circonscrire et y permettre la liberté des opinions et des sectes f). »
Vives recommande surtout au clergé catholique de travailler de toutes ses forces au retour de lunion dans le monde : ce II faut qu'il prêche sur les toits que personne ne peut être appelé catholique, saint, chrétien par excellence {christianissimus)^ défenseur de la foi, sans faire ce qui constitue le chrétien : aimer. Il n'y a point de christianisme sans
(^) Francken, l. c, p. 128 et suiv.
(*) 0pp., t. II, p. 862 et suiv.
(») 0pp., t. II, p. 938. — De Bosch-Kemper, p. 24 et 39.
amour. Voilà ce que doivent comprendre tous les prêtres, et particulièrement les papes, ces représentants plus directs du Christ e^ des apôtres (^). »
Vives adressa son livre sur la pacification de l'Eglise à Diego Alphonse Manrique, archevêque de Séville et inquisiteur général, en lui représentant quiil valait mieux perdre toute gloire et tout honneur que la réputation d'homme de paix; qu'il devait inspirer cet esprit de concorde à l'empereur, se montrer en tout le digne successeur de Jésus-Christ et, principalement comme inquisiteur, n'écouter que les conseils de la douceur et ne jamais suivre ceux de la passion {^. » Ces conseils, malheureusement, ne devaient pas être suivis. Quoique, dans l'origine, Manrique eût partagé les doctrines d'Érasme et qu'il se fût donné toutes les apparences de la modération, il n'en supprima pas moins, pendant son inquisitoriat (1522-1538), toute liberté de pensée et de conscience, et il livra, de plus, 220 personnes aux flammes du bûcher (^.
Philosophe, Vives s'attachait à l'essence du christianisme, à l'amour fraternel de tous les hommes; catholique, il subordonnait tous ses jugements au jugement de l'Eglise; mais jamais il ne cessa de recommander ce qui d'après lui constitue la base fondamentale du christianisme et dont il a si bien traité dans son Introduction à la sagesse ('^), à savoir que le Christ est venu pour mettre un terme aux divisions semées dans le genre humain et pour ne faire de tous les peuples qu'une seule famille f). Le même esprit philosophique et humanitaire éclate dans ses Méditations sur la prière, éditées à Anvers en 1558.
c< Lorsque la féodalité et la chevalerie furent mortes, et
(') Franckkn, p. 148.
(*) Id., p. 44.
('; Id., p. 44 et 45.
(*) Ad sapientiam introductio (Anvers, 1531, mais daté de Bruges, 1524), opp., t. II, f. 70-94.
(^) De Bosch-Kempkr, p. 19-21.