PERSÉCUTIONS DES RHÉTORICIENS
arts et aux sciences? » La chambre de rhétorique de Bruxelles, la Guirlande de Marie, obtint du magistrat un subside de 2,000 florins pour assisfter à ce concours ; elle y éclipsa toutes les sociétés par son luxe et sa magnificence. On évalua à 4fO,000 florins la dépense que lui occasionna cette fête. La chambre dite la Fleur de blé assista au liaegspel^ concours auquel cette ville avait invité les sociétés qui n'avaient pas voulu prendre part au précédent. La question proposée était ainsi conçue : « Quel est le métier qui, tout en étant le plus profitable et le plus honorable, est cependant peu estimé ? » La Fleur de blé remporta à la fois le prix de la plus belle entrée, du plus bel ébattement, du plus beau jeu et du plus beau personnage (*).
Déjà Philippe le Bon avait voulu mettre un frein aux licences aristophanesques de ces républiques littéraires, familiarisées avec l'antiquité classique, mais où les fous jouaient un rôle considérable; c'est pourquoi il leur défendit en 1445 de faire des refrains et des chansons satiriques. Cette défense était dirigée contre la faction nobiliaire des hoeks et contre celle des cabeliaux, qui, dans Harlem, n'avaient pas rougi de soumettre la duchesse Isabelle, femme de Philippe, et les dames de la cour, à des perquisitions corporelles, en ne respectant pas même leurs vastes robes traînantes. Le duc, pour étouffer leurs discordes sanglantes, voulut non seulement leur faire déposer les armes, mais encore les empêcher de se servir de la verve des rhétoriciens f).
Philippe, toutefois, se montra plus sensé que Louis XI, qui, quelques années après, s'effrayant d'un autre genre de satire, fit pendre toutes les pies et autres oiseaux de cage de Paris, parce qu'on leur avait appris à chanter toute sorte de mots injurieux et autres qui auraient pu lui rappeler sa malencontreuse aventure de Péronne.
En 1565, la chambre des Violieren destina un prix au
(<) Henné et Wautbrs, Histoire de Bruxelles, t. II, p. 392 et 393. (*) Van Kampkn, 1. 1, p. 216 et 217.
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maître-fou, c'est-à-dire à celui qui ferait le fou de la manière la plus complète et la plus naïve, sans choquer la pudeur et sans tourner en ridicule des personnes connues. Il est probable que, dans cette occasion, le prix fut gagné par maître Jean Wielen Oomken. Du moins, il existe une médaille frappée cette année en son honneur. Il y figure revêtu d'un habit de rhétoricien et d'une écharpe, avec cette devise : Jan Walravem. Niet zonder urielle, Oom^ c'est-à-dire : « Jean, fils de Walravens. Rien sans roue, mon oncle », et avec cette légende : Maître Oomken, prince couronné des docteurs à quatre oreilles. Aetatis 56. 1565. Parmi ces quatre oreilles, on comptait, sans doute, celles de la marotte de ces plaisants de profession f).
Les chambres de rhétorique n'étaient pas disposées à supporter les velléités despotiques de Philippe le Bon. Les sujets de morale et de religion mis au concours ou en scène devaient nécessairement attirer l'attention ou les discussions du peuple sur ces graves matières et produire une indépendance de pensée et de langage qui, tôt ou tard, briserait les résistances. La réforme du xvi* siècle était depuis longtemps dans l'esprit des Flamands. C'était un feu qui couvait sous la cendre (^. Aussi Charles-Quint ordonna-t-il des persécutions sévères contre les rhétoriciens. L'un d'eux, de la ville d'Anvers, fut mis à mort en 1547, pour avoir écrit une ballade contre quelques faits et gestes des Frères mineurs ; d'autres furent condamnés à des pèlerinages ou à des amendes honorables. L'empereur fit défendre quelques-unes de leurs représentations. Mais Charles, en ordonnant la traduction de la Bible en langue flamande (1548), stimula leur zèle sans le vouloir.
Ils avaient produit, au xvi* siècle, des légions de libres-
(^) Van Loon, Histoire métallique des XYII provinces des Pays-Bas, La Haie, 1732-37, t. I, f. 62 et 63. — Van Kampbn, Beknopte geschiedenis der letteren en voetenschappen in de Nedet^landen, t. I, p. 37. — Snkllaert, p. 150 et 169.
(*) Van Kampen, p. 39 et 40. — Snellaert, p. 147 et 156. — Blommabrt, Geschiedénis der Rhetorijkkamer de Fonteine te Ge7it. Gent, 1847, p. 15.