WICLEF ET JEAN IILSS
naissant génie des révolutions modernes {'); mais Wiclef, en l'inspirant, a contribué pour sa part à lancer l'humanité européenne dans les voies nouvelles, qu'elle n'a plus quittées depuis (-).
L'Eglise prêcha l'externiination des Fr(Tesf/eI?o/u^mc insurgés contre la messe, la prière pour les morts, les honneurs des saints et surtout la puissance du pape f). La Belgique, particulièrement le Hainaut et la principauté de Liège, fournirent leurs contingents d'infanterie et de cavalerie à cette croisade (1119-1454). Excité par la parole ardente du cardinal Brandon de Cortillon, évéque de Plaisance et légat apostolique, le Brabant ne resta pas en arrière. Wenceslas T'Serclaes, conduisit en 1421, une troupe nombreuse de Brabançons à renq)ereur Sigismond, qui assiégeait Prague f). Les victoires de Jean Ziska, le terrible chef des husites (1427 et 1431) lefroidirent le zèle des croisés, qui, s'enquérant des doctrines qu'ils étaient allés combattre par le fer et le feu, revinrent chez eux avec d'autres idées sur une Église à laquelle ils avaient obéi jusqu'à verser leur sang pour sa cause, sans l'avoir examinée. Cette nouvelle propagande i-eleva le courage des Yaudois en Belgique, mais provoqua aussi conti'e eux de nouvelles persécutions, notamment à Douai : les faibles abjurèi*ent, les forts moul urent en braves (^).
Malgré la circulation de toutes ces idées hétérodoxes dans nos provinces, l'opposition ne sortait pas, généralement parlant, des limites tracées par la hiérarchie et les dogmes de l'Église. Elle se contentait d'attaquer les abus.
Du l este, depuis le xn" siècle, il se manifestait partout des tendances à restaurer le christianisme du cœur, de l'esprit
(') L. Blanc, Histoire de la Récolution française, t. I, p. 16, édit. de Bruxelles.
(2j J. Friedrich, /. c, p. v, (S) BossuET, p. 205.
('') Henné et Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, t. I, p. 213. (^) BoxHORN, Merle d'Aubigné, Van der Elst,
IIÉGIINES KT lt!.(;il\UI)S.
et de l'action, c'est-à-dire de la simplicité, de l'amour et de l'abnégalioii. On vil s'établir, à côté des connnunautés de moines, d'autres communautés d'hommes et de femmes destinées à réaliser ce que les couvents n'avaient pas réalisé. Ce sont ces associations chiétiennes du moyen âge, qui, ressemblant pour l'extérieur à la vie monacale, n'en subissaient pas la contrainte hiérarchique et étaient animées d'un esprit plus sérieux et plus profondément évangélique. D'abord, vers la fin du XII* siècle, nous voyons se former en Belgique, l'établissement des béguines, dont le but primitif fut d'éloigner le sexe des séductions du monde et de contribuer à la propagation d'un christianisme apostolique dans la pratique (^). Les béguines, en effet, se livraient au travail et à l'instruction des pauvres sans s'astreindre à des vœux ; elles devaient promettre obéissance et chasteté, et, sans vivre d'une vie claustrale, elles n'en formaient pas moins un monde à part f).
Les Béghards (en flamand Bogaerden), qui datent aussi du \if siècle, formaient également une association religieuse. On n'y admettait que des célibataires, qui priaient, travaillaient et mangeaient en commun, toutefois sans communauté de biens. Ils n'avaient point de règle et pouvaient quitter l'association suivant leur bon plaisir f). Mais dans la suite, ils firent partie du tiers ordre de Saint-François (^).
(') Les béguines furent instituées le 26 mars 1 184, â Liège, par un prêtre nommé Lambert li Bègues ; il y en eut à Tirlemont, en 1202 ; à Nivelles, en 1226 ; à Gand, en 1227 ; à Anvers, en 1230 ; à Louvain et à Bruges, en 1234 ; â Bruxelles, en 1250; à Malines, en 1257. Voy. Hallmaxn, Die Geschichte des XJrsprungs der bi'îgischen Beghinen. Berlin, 1843. — Giesei.er, t. Il, p. 364-366. — Bethmann, Zeitschrift fur Geschichtevcissenschafï von Adolf Schmidt, t. Il, p. 68 et suiv.
(■^; Ullmann, l. c. t. II, p. 15. — Conf. Rapport sur les béguinages de Gand présenté au collège échevinal, Gand, 1862, p. 24 et 25, et " Le Béguinage tie Mons » par Hachez, dans \q Messager des sciences historiques de Belgique, 1849, p. 277-302.
('j Hallmann, p. 121-124. — Bethmaxn (1. 1., p. 78; en rattache l'origine à celle des béguines.
{*j " Saint François d'Assise, s'apercevant que le nombre de ceux qui suivaient sa règle augmentait de jour en jour, crut devoir la modifier ; il rangea ses imitateurs
LA SATIRE ET LES PllEMIÈRES HÉRÉSIES.
Dès lors, sans vouloir se retirer du monde, ils se soumirent à quelques légères observances et prirent la ceinture de corde des franciscains proprement dits.
Quoi qu'il en soit, dès le commencement du xiv"= siècle, les bëghards furent chaudement poursuivis par Henri de Yirnenbourg, archevêque de Cologne. Voici les paroles dont Clément V se sert à leur égard : « Nous avons appris avec une extrême douleur qu'il s'est élevé, en Allemagne, une secte abominable de quelques hommes malins, appelés béguins, et de quelques fenmies infidèles, appelées béguines, qui enseignent les erreurs suivantes : 1° que l'homme pendant cette vie peut acquérir un assez haut degré de perfection pour devenir impeccable et ne pouvoir plus faire de progrès ultérieurs dans la grâce; car, disent-ils, s'il pouvait en faire davantage, il deviendrait plus parfait que Jésus-Christ; 2" que l'homme ne doit ni jeûner ni prier quand il a acquis ce degré de perfection, parce que la sensualité est alors si parfaitement soumise à l'esprit et à la raison que l'homme peut accorder librement au corps tout ce qui lui plaît; 5" que ceux qui ont atteint ce degré de perfection et cet esprit de liberté ne sont plus assujettis à l'obéissance humaine, ni engagés par aucune loi de l'Église, parce que, comme ils disent, là où est l'esprit du Seigneur là est la liberté ; 4" que, dès cette terre, l'homme peut être aussi pleinement heureux qu'il le sera dans le Ciel ; 5° que toute nature intellectuelle est naturellement heureuse en elle-même et qu'elle n'a pas besoin de la lumière de la gloire pour s'élever à Dieu, pour le voir et pour jouir de lui ; 6" que c'est une imperfection de s'exercer à des actes de vertu
en trois classes : les frères mineurs de la stricte observance; les filles et les veuves dévotes, sous la direction de sainte Claire, nommées dans la suite Clarisses ; les individus des deux sexes qui, sans abandonner leur famille, voulaient participer aux grâces spirituelles que promettait son institut. On nommait ceux-ci du tiers ordre de saint François. Les béghards appartenaient à la dernière classe. (Aniiuaire de la province du Limboiirg , rédigé par la société des sciences, lettres et arts établie à Maestricht, 1830, p. 183.)
BÉGUINES ET BÉGIIARDS.
et qu'une àme parfaite licencie les vertus (/tmi/iaf a se virtules); T que le baiser d'une femme est un péché mortel si l'inclination n'y porte pas, mais que l'acte charnel, quand la nature y porte, n'est pas un péché, surtout si celui qui exerce cet acte est tenté {maxime ienlntus cxercens); 8" qu'à l'élévation du corps de Jésus-Christ, on ne doit ni se lever, ni lui donner aucune marque de vénération, parce que ce serait une imperfection de descendre de la pureté et de la sublimité de la contemplation pour penser au mystère et au sacrement de l'eucharistie et s'occuper de la passion de l'humanité de Jésus- Christ {'). »
Comme les béghards soutenaient que leur règle les obligeait à une pauvreté absolue, et que la rigoureuse observation de cette règle n'accommodait pas tous les moines de Saint-François, il s'éleva entre eux de vifs débats. « Les papes cherchèrent des expédients pour terminer cette guerre monacale; ils en trouvèrent un fort ingénieux, c'est que tout ce qui serait donné aux franciscains appartiendrait en propre à l'Église et que ces religieux n'en auraient que l'usage. Cet expédient ne contenta pas le tiei'S ordre, et les bégards ne voulurent point reconnaître aux papes le pouvoir d'expliquer leur règle, pas plus que de la limiter ou d'en dispenser. Ce fut alors qu'on les déclara hérétiques et que l'on commença à les faire biûler comme tels. Nier l'autorité suprême du pape, c'était commettre le plus grand de tous les crimes; c'était abjurer la foi chrétienne et retomber dans le paganisme. Mais les supplices ne firent qu'irriter le zèle des moines. Ils dirent hautement que l'Église était la meurtrière des saints et la prostituée de l'Apocalypse. Ils traitèrent Jean XXII, qui les avaient condamnés, d'antéchrist mystique, de précurseur du grand Antéchrist, de démon du Midi, de loup ravissant. » Ce pontife leur répondit en les qualifiant d'animaux stupides, de pernicieux renardeaux, qui en impo-
(') h-ETiVKHi, Histoire de la guerre des Uussitcs, Amst. 1731, t. I, p. 30 et 31.