SA BÉATIFICATION UKFLS^IE A HOME
bre Jacques Boonen, archevêque de Mal 'mes, déterra
solennellement le corps de Uuysbjoeclî, le mit dans une châsse de bois et le plaça devant le maître-autel dans un mausolée mai>nifi(|ue, que rinf'anle Isalxdle fit oi'iier h ses frais, api'ès avoir «Ué, le 17 novembre, visiter à (ji oenenda(;l ces vénérables ieli(jues. Elles y furent conservées jus(|u'à la lin du xvuf siècle. On assure qu'après la suppression du monastère (1784), elles furent déposées dans l'église Sainte- Gudule, à Bruxelles (^).
En JC^i, sur les instances du père général de la congrégation de Windesheim, du prieur et des religieux de Groenendael, Boonen donna au savant Aubert Le Mire, doyen de la cathédrale d'Anvers, une commission spéciale pour commencer le procès informatif sur la vie et les miracles de Ruysbroeck. La congrégation des rites, après avoir examiné ce procès préparatoire, décréta qu'on avait pleinement satisfait à l'inquisition générale requise par les saints canons, et qu'on pouvait procéder à faire des recherches ultérieures. Elle donna anssi, le 10 mai 1620, des lettres rcmissioriales et compnlsatoriolcs en vertu desquelles une nouvelle enquête fut faite par les juges et les commissaires que la congrégation des rites avait nommés pour poursuivre cette cause. Toutes les pièces de ce procès informatif se conservent encore aux archives de l'archevêché de Malines
Non seulement Boonen, mais encore Isabelle avait sollicité de Grégoire XV la canonisation de Ruysbroeck (^). De la part du républicain janséniste Boonen, cela se comprend; mais Rome ne se laissa pas éblouir, comme l'Infante, par les miracles de Ruysbroeck, et elle refusa de donner suite au projet de béatification : le précurseur du quiétisme (^) ne
(') Butler, Vies des saints, éd. de De Ram, t. VI, p. 307. {■■') Id., l. c.
(') La lettre est conservée aux ai'chives du royaume, conseil d'Etat.
(') Il y eut dans quelques-uns de ses ouvrages extatiques, ditFoppens, des expressions si sublimes qu'elles semblent approcher du quiétisme. » Histoire ecclésiastique des Pai/s-Bas. (Manuscrit cité de la Bibliothèque de Bourgocrne, f. 215.)
RUYSnUOECK ET LE MYSTICISME.
pouvait pas être un de ses élus ('). Peut-être aussi se souvenait-on (le ïauler, de Staupitz et de Lutlier.
Heureusement, ce refus ne ternit en rien la gloire de Ruysbrocck, qui restera le plus grand inyslique et le plus grand prosateur llainand des Pays-Bas au moyen âge.
Quant aux doctrines de cet homme extraordinaire, Ruysbroeck prend pour point de départ l'être divin ; puis il en arrive à l'homme et s'efforce de prouver comment l'homine devient un avec Dieu sans perdre son individualité. « Dieu, dit-il, est la substance surnaturelle de tout ce qui existe, reposant éternellement en lui-même, et en même temps le principe vital et le moteur de tout ce qu'il a créé. D'après son essence, Dieu est le repos éternel ; il n'y a, dans lui, ni espace ni temps, ni passé ni avenir, ni désir ni avoir, ni lumières ni ténèbres ; ce qui ne l'empêche pas de se manifester par les actes éternels de connaître, de vouloir et d'aimer, qui le constituent. Quoiqu'il repose dans son essence, il n'en agit pas moins de toute éternité sur la nature. En lui, le repos et l'activité sont remplis d'une clarté simple et transparente. Par sa libre volonté et par sa sagesse infinie. Dieu a tiré du néant le ciel, la terre et toutes choses, en un mot f).
« Les hommes se divisent en bons et en mauvais, selon l'usage qu'ils font de leur libre arbitre ; même parmi les bons, il y a une grande variété, quoique tous les mortels tiennent de la nature la même divinité, la même liberté, la même noblesse. Ce qui produit parmi eux la variété, ce sont le sol, le climat, le tempérament, etc. f).
« Le libre arbitre de l'honniie, voilà l'instrument par lequel Dieu opère dans lui. C'est le libre arbitre qui, joint à la grâce divine, nous rend libres, nous élève au-dessus de nous-mêmes
(') Foppens dit (ibid., f. 215 et 216) qu'il fut mis au nombre des bienheureux, quoiqu'il n'ait pas été formellement béatifié. — Conf. De Eendrcifft, derde jaergang, p. 64.
(-) IvNGELHARDT, p. 173 et 174. — Ullmann, p. 40. (') E.NGEI.HARDT, p. 183 et 184
SA DOCTIU.NK.
et nous imil à Dieu dans la vie contemplative. Aussi tout dépend de la volonté : <|ue l'on veuille aideunncnt l'amour et l'humanité et on les aura, Dieu même ne pourra pas nous les enlever. Mais il faut (jne la volonté soit pure, c'est-à-dire ((ue tout ce qu'elle fait soit uni(piement en l'honneur de Dieu. Pour cela, il est nécessaire que l'honnne s'abstienne de pécher et qu'il recherche toujours la grâce de Dieu, (le ne sera que par la réunion de cette grâce et du libre arbitre que l'honiuie acconq)lira sa destinée et fera de son âme un royaume où la volonté, libi-e par la nature, mais plus libre encore par la grâce, sera roi, un roi qui aura pour diadème l'amour, pour vêtement la force du Saint-Espiit, pour conseillers l'intelligence et le discernement, pour juge la justice dans la prudence, pour sujets toutes les puissances de l'âme. Aussi quiconque veut jouir de la contemplation éternelle doit posséder trois choses, la grâce de Dieu, une volonté libre, une conscience sans tache (^). »
« Le Christ vient d'en haut, comme un donateur bienfaisant et tout-puissant; l'honnne, au contraire, vient d'en bas, comme un pauvre hère qui ne peut rien par lui-même et qui a besoin de toutes choses. La ffrâce et la liberté sont corrélatives, tel est l'ordre établi par Dieu. La grâce agit dès que le libre arbitre se tourne vers elle. Point de vie spirituelle sans grâce, point de grâce sans vie spirituelle. Dieu n'habitera dans nous avec sa grâce qu'aussi longtemps que nous nous exercerons à toutes les vertus, que nous dompterons toutes nos passions par les prières et par les pénitences et surtout que nous ferons des bonnes œuvres ; car la charité, voilà la solution du mystère de l'action réciproque de la grâce et du libre arbitre f). »
Ruysbroeck insistait spécialement sur cette partie de sa doctrine, tellement qu'un jour, suivant sa coutume, étant occupé à travailler dans son monastère et à donner des
(') E.NGKi.HARDT, p. 183, 187, 350. — Ullmann, p. 42 et 43. (-) BoHKiNGER, Die cleutschen Mystiher, p. 489-491.
HO